Immersion dans les profondeurs de la troisième dimension québécoise (3)

Troisième partie : En attendant la quatrième Dans l’espoir de faire ressortir un portrait cohérent de la stéréoscopie au cinéma, technologie…
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Troisième partie : En attendant la quatrième

Dans l’espoir de faire ressortir un portrait cohérent de la stéréoscopie au cinéma, technologie parfois négligée et dont les secrets peuvent être difficiles à percer pour le néophyte, j’ai tenté de me pencher sur les initiatives les plus prometteuses des dernières années. Une innovation brillante qui n’a pas fini de nous étonner. Deuxième texte d’une série de trois.

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Télévision en  3D, sports filmés en 3D, imageries médicales 3D, films d’animation en 3D et remakes en 3D. Cette technologie si longtemps sous-estimée envahit nos écrans. Reste à savoir si le public suivra, si les créateurs pourront continuer de l’utiliser de façon novatrice. Mais surtout, il faut se demander si le milieu du cinéma est prêt pour cette petite révolution comparable à celle de l’avènement du cinéma parlant et de la couleur. Luc Dussault, cofondateur du Groupe Numérique, connaît très bien le milieu des techniciens québécois. Il déplore le peu d’artisans formés à cette technologie au Québec. « Il n’y a pas d’école technique au Québec. L’Université du Québec à Montréal et l’Institut national de l’image et du son commencent à s’intéresser à la technologie. Il y a un besoin de formation criant. » Le département de cinéma de l’UQAM n’aborde pas les technologies 3D et ses professeurs avouent majoritairement ne pas du tout s’y connaître. Pour le moment, le modèle de référence, c’est de former uniquement les techniciens qui ont à travailler sur une production 3D, un peu avant le tournage. C’est justement le Groupe Numérique qui, généralement, se charge de donner ces ateliers de quelques jours. Le reste s’apprend sur le tas. Lire entre les lignes : les techniciens compétents en la matière au Québec ne sont pas légion. Luc Dussault et René Villeneuve s’entendent tous deux pour dire que c’est une forme de crainte face à l’inconnu qui justifie le peu d’intérêt que portent les techniciens à ce genre de formation.

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Sky is the limit

Pour la suite des choses, souvenons-nous que la 3D comme nous la connaissons reste très jeune. Les longs-métrages en 3D de qualité n’abondent pas. Pina, le film de Wim Wenders sur la danseuse Pina Bausch fait pour le moment figure « d’exemple de ce qui s’en vient », prédit Philippe Baylaucq. Avec plus de 35 000 entrées, seulement au Québec, il devient clair qu’il y a un public pour les œuvres inventives en trois dimensions. On ne fait plus que des films de producteur avec la 3D, il y a désormais place à une vision, à un cinéma d’auteur. René Villeneuve parle même d’un changement complet du rapport au cinéma pour l’avenir. « Le cinéma pourrait devenir comme le théâtre », s’exclame-t-il. Lors d’un voyage au Japon, il a pu apercevoir les prototypes d’une technologie encore plus performante permettant de déceler la profondeur sans lunettes. Il parle aussi d’hologrammes, déjà utilisés au théâtre (par la compagnie 4D art, par exemple). Il ne resterait qu’à changer la scène à l’italienne pour projeter les images sur un écran circulaire, par exemple. Ce ne sont pour le moment que de vagues spéculations, mais qui aurait cru à la 3D il y a 100 ans? D’autre part, Philip Szporer, Marlene Millar et Philip Baylaucq planchent déjà sur l’élaboration d’autres projets 3D, toujours en quête de producteurs. Plus de doute, nous allons voir apparaître des objets cinématographiques extraordinaires au cours des prochaines années. Surtout que, comme le dit René Villeneuve, « les règles sont aussi définies par ce que les producteurs et les distributeurs jugent acceptable de présenter au public ». Plus les cinéphiles s’habitueront à la 3D et plus les producteurs se permettront d’innover. On ne peut que commencer à imaginer ce que nous allons voir apparaître dans quelques décennies. À voir tout ça, j’ai envie d’imiter l’optimisme du producteur d’Ora, René Chenier. « Sky is the limit! »

Corps fugace sur le site de l’ONF : http://www.onf.ca/film/corps_fugace/
ORA sur le site de l’OFN : http://www.onf.ca/selection/ora/

Thomas Dupont-Buist

Jadis sous les projecteurs, il lui aura fallu un certain temps pour se rendre compte que l’on était finalement bien mieux parmi le public, à regarder le talent s’épanouir. Un chantre des arts de la scène qui aime se dire que la vie ne prend tout son sens que lorsqu’elle a été écrite.