Déception. Oui, c’est le mot juste dans tout ce qu’il contient de désolation. Déception. Comparativement à ce qu’on ventait comme étant l’événement de l’année dans le théâtre pluridisciplinaire, aux shows burlesques du Salon de l’érotisme ou des compétitions de pole dancing, Les Érotisseries ont été particulièrement frileuses – non pas dans leur méthode vaguement in your face si populaire à La Chapelle cette année, mais dans leur propos. De la nudité pour de la nudité, de faux halètements, des bruits de jouissance non crédibles et des coïts risibles.

«Sec ou mouillé?» Avant le spectacle, c’est la question qu’on me pose à la sortie d’un couloir couvert de plumes et de gants de latex blancs qui mène à la salle. Ma réponse à cette question déterminera l’endroit où je m’assoirai ainsi que mon implication dans le spectacle. Je viens de passer une demi-heure à attendre l’ouverture des portes dans le hall en compagnie de personnages de cirque plus burlesques les uns que les autres. Ce soir-là, me sentant plus curieuse qu’exhibitionniste, je réponds «Sec». On me dirige vers les sièges habituels. Je m’installe, je crois être prête à affronter cette tempête d’érotisme et de performances hedgy que nous ont tant promis les communiqués de presse.
Je vais être franche: si j’avais payé mon billet, j’aurais demandé un remboursement. Les Érotisseries n’était en fait qu’un collage plus ou moins réussi d’éléments disparates et dissonants. On a semblé vouloir mettre de l’avant des numéros acrobatiques, y ajouter des sketchs sur le thème de l’érotisme et tenter de lier le tout avec une geisha chinoise à mi-chemin entre la cérémonie sacrificielle et un nô plus que sommaire. Heureusement, les numéros d’acrobates étaient à couper le souffle. Quand une femme enceinte s’est mise à virevolter aux dessus des spectateurs, un ange est passé dans la salle. Puis il a trébuché et s’est cassé le nez par terre. Quinze minutes d’émerveillement pour une heure trente d’ennui.

Le thème du sexe ne doit pourtant pas être déjà épuisé. Le thème du cirque ou du carnaval non plus d’ailleurs! Le propre de ceux-ci n’est-il pas de nous montrer ce qu’il y a de plus étrange, exotique et troublant venant de partout dans le monde? Le rôle du cirque n’est-il pas de nous renvoyer à notre propre perversion de vouloir toujours en voir plus, d’apprécier ce qui est laid comme étant beau ou sinon fascinant? Rien ne m’a surprise chez Carmagnole. Tapez «sexe» dans Google, vous trouverez bien pire dans les trois premiers liens. Les concepteurs ne se sont pas mouillés, eux. On aurait pu explorer des avenues moins débroussaillées, émettre une opinion, un fait, quelque chose. On a plutôt choisi d’imiter pauvrement les débuts d’une soirée orgiaque où il manquera de vin.
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Les Érotisseries des Productions Carmagnole était présenté du 19 au 22 février 2014 au théâtre La Chapelle.
Article par Corinne Pulgar. Bachelière en art dramatique, parfois régisseur, metteur en scène et conseillère dramaturgique. Aussi végétarienne, humaniste, addict de la parrhésie et numéricienne lettrée.