Absences de Carole Laganière : entrevue avec la réalisatrice

Une chambre d’hôtel et des conversations téléphoniques avec un être cher: c’était bien le nouveau point de départ créatif de…
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Une chambre d’hôtel et des conversations téléphoniques avec un être cher: c’était bien le nouveau point de départ créatif de la cinéaste Carole Laganière qui avait l’habitude d’appeler sa mère lorsqu’elle se retrouvait dans ces endroits temporaires. «Elle aimait toujours savoir où j’étais, et ça lui plaisait beaucoup que je lui décrive les villes dans lesquelles je me trouvais. Ça faisait toujours des bons moments.»

C’est le début de son nouveau projet de long métrage, Absences. Carole Laganière est une cinéaste chevronnée qui s’est découvert une passion pour le septième art alors qu’elle était aux études en Belgique. Elle réalise un premier documentaire, un court métrage sur la Sœur Sourire, une chanteuse belge populaire dans les années 1960. Elle tombe immédiatement sous le charme des libertés propres au documentaire. «Le documentaire donne beaucoup de liberté. Il y a aussi quelque chose de très spontané.»

Absences, présenté en première mondiale dans la compétition du Festival des Films du Monde, marque une nouveauté dans la démarche scénaristique de la cinéaste. «Habituellement, mes projets débutent à partir d’un sujet. Cette fois, je suis partie d’une image. J’aimais l’idée d’une chambre d’hôtel où l’on peut vivre des émotions, mais où elles sont balayées tous les jours». Cette idée de perte de contact prendra finalement la forme d’un long métrage puissant sur les plans émotifs et visuels, qui, une étape la fois, dévoile les parcours marqués par la résilience de Colette, d’Inès, de Nathalie et de Deni.

Il y a Colette, la mère de la cinéaste. Colette, qui peut laisser jusqu’à dix messages sur la boîte vocale de sa fille dans une journée. Colette, qui a l’habitude de prendre les choses à la légère malgré les graves épreuves qu’elle a traversées dans sa vie. Colette, qui manifeste une attachante joie de vivre. Colette, qui est atteinte de la maladie d’Alzheimer. «Enregistrer des moments où je retrouve la lumière de cette femme que j’ai toujours connue, voilà le propos du film.» La cinéaste est consciente de l’inévitable fatalité qui s’est emparée de sa mère. «Je suis en train de vivre une absence, je la sens partir, je la sens s’éloigner de moi. J’ai eu envie de mettre ça en parallèle avec des absences vécues par d’autres personnes.»

C’est alors qu’entre en scène Inès. Cette dernière revisite les lieux de son enfance, qui fut marquée par la guerre d’ex-Yougoslavie. Comme Carole Laganière, Inès a vécu une absence qui a grandement affecté ses émotions, celle de sa mère. Elle devra retourner dans le pays de son enfance pour la retrouver.

Il y a quelques années, Marilyn Bergeron a disparu. Les circonstances de cette volatilisation sont très louches. Marilyn s’entendait très bien avec sa famille, et en particulier avec sa sœur Nathalie. Cette dernière a décidé de mener sa propre enquête. Ses indices la mèneront à Toronto, une région reconnue pour l’importante propagation des réseaux de prostitution. «C’est quand même terrible que tout donne à penser qu’elle est encore vivante. Quand tu ne sais pas où elle est, que la personne a disparu, tu ne peux pas faire ton deuil. C’est une situation très difficile», affirme Carole Laganière. La quête de Nathalie présente d’importantes similitudes avec le propos que désire partager la cinéaste dans son nouveau film, principalement parce que le récit inspire de la résilience. Carole ne cache pas son intention d’assister Nathalie dans ses recherches avec sa caméra dans ses projets.

Deni Yvan Béchard, écrivain qui voyage beaucoup, a vécu une relation particulière avec son père. Il a aussi été victime d’une absence, celle de ses origines et de tous les autres membres de sa famille. L’histoire peu commune de l’auteur apporte au film de Carole Laganière une «absence» plus authentique, mais très pertinente pour servir le propos de son film, celle d’un déracinement causé son père. «Probablement le plus grand vol de sa vie», ne manque pas de signaler Deni Yvan Béchard. Malgré les graves erreurs qu’il a commises, le père est grandement apprécié par son fils. Jusqu’au point où il lui a consacré un livre. «On ne peut pas avoir une quête sans absence, on ne peut pas chercher quelque chose qui est présent», affirme-t-il. Il n’aurait pas pu mieux résumer la réflexion proposée par le nouveau long métrage de Carole Laganière.

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Image tirée du film.

Quatre personnages attachants livrent un combat similaire malgré les différences dans leurs parcours respectifs. La lourdeur est incontestable dans les épreuves émotives qu’ils doivent traverser. La cinéaste capte cependant certaines situations qui viennent détendre l’atmosphère par une légèreté humoristique. Il en résulte des ambiances beaucoup plus touchantes que dramatiques. «L’humour, c’est la politesse du désespoir», déclare la réalisatrice en citant Boris Vian. C’est dans cet esprit que la cinéaste mêle quelques séquences humoristiques captées spontanément durant les scènes avec Colette, elle qui apporte une amusante légèreté au documentaire. Cette dernière affiche une charmante sérénité lorsqu’elle sympathise avec sa fille, tout en étant consciente que l’avenir s’annonce de plus en plus sombre. «Dans tous mes films, même dans les moments difficiles, il y a de l’humour.» Telle mère, telle fille. «Elle m’a transmis une capacité à bien absorber les coups difficiles de la vie», ajoute-t-elle enfin.

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L’Artichaut remercie la réalisatrice d’avoir pris le temps de s’entretenir avec l’auteur.

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Absences
, en salle au cinéma l’Excentris depuis le 20 septembre, sera présenté le 22 septembre au Cinéma Cartier, à Québec, à l’occasion du Festival de cinéma de la ville de Québec.

Article par Émile Mercille Brunelle.

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