Audace et fraîcheur. Queue cerise, à la salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d’aujourd’hui

L'auteure de Queue Cerise, Amélie Dallaire, a écrit un texte qui rappelle, par ses dialogues oniriques et impulsifs, l’écriture automatique. Elle prend plaisir à déconstruire les formes dramaturgiques plus connues pour défricher cette partie inconsciente de l’humain. Tout est flou dans cette pièce, on est mystifiés devant tant d’étrangeté et l’absence de contenu concret. On assiste à la création d’une réalité qui nous échappe et qui ouvre la porte vers un univers inconnu.
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L’auteure de Queue Cerise, Amélie Dallaire, propose un texte qui rappelle, par ses dialogues oniriques et impulsifs, l’écriture automatique. Elle prend plaisir à déconstruire les formes dramaturgiques plus connues pour défricher cette partie inconsciente de l’humain. Tout est flou dans cette pièce, on est mystifiés devant tant d’étrangeté et l’absence de contenu concret. On assiste à la création d’une réalité qui nous échappe et qui ouvre la porte vers un univers inconnu.

Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.
Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.

C’est sur les petites chaises de la salle Jean-Claude-Germain que s’entame notre voyage inusité. Michelle, nouvelle employée du bureau, ne comprend pas son rôle au sein de sa nouvelle équipe. Ses collègues lui donnent une indication claire : ne pas aller au sous-sol. Curieuse, la jeune femme est tentée, descend voir ce qu’elle peut y trouver et rencontre un jeune homme duquel elle s’amourache. Ainsi débute une quête personnelle guidée par un tourbillon de fantasmes, de rêves, d’illusions, de divagations et d’hallucinations. Oscillant sur la ligne entre réalité et imaginaire, les différentes scènes apportent des situations loufoques et décalées.

Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.
Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.

On flotte dans des images floues, explorant l’intériorité de Michelle, mais les personnages, eux, ont chacun une couleur bien définie. Julien Stiorni interprète un dragueur hors pair à l’humour douteux. C’est avec lui que Michelle vivra des moments torrides en explorant les abîmes d’une sexualité nouvelle. Olivier Morin est le patron du bureau, mais aussi, un psychologue. Il écoute les problèmes des employés avec une compétence qu’on peut remettre en doute. Karine Gonthier-Hyndman est la bitch passive agressive. Elle ne manque pas de rabaisser les autres et semble être insensible à ce qui l’entoure. Pourtant, lorsqu’elle rencontre le psychologue, on la trouve désemparée et très sentimentale. Est-ce Michelle qui imagine celle-ci pleurer devant son psy ou une situation réelle ? Allons savoir. Ce n’est qu’un moment de plus où on laisse le spectateur nourrir l’histoire de son interprétation. Amélie Dallaire, auteure de la pièce, a choisi d’être l’employée naïve et une narratrice. Cela dit, la narration n’est pas conventionnelle, elle est utilisée ironiquement et n’a pas de but précis. On ne raconte pas une histoire, on présente plutôt l’inconscient des personnages.

Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.
Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.

La mise en scène épurée est signée Olivier Morin. C’est avec un grand respect du texte qu’il laisse la petite scène vide, poussant le spectateur à remplir l’espace de son propre subconscient. Les grands tapis, qui forment les rideaux de scène, sont superposés de manière à créer des entrées sorties rapides, peu importe où les comédiens sont situés. La lumière crée différentes ambiances en imposant des couleurs comme le rouge, le violet ou le vert. Lors des monologues, un projecteur de poursuite souligne la présence du comédien. Les mouvements des personnages sont rares, quand l’un d’entre eux parle, souvent, les autres l’écoutent en position statique. Cette approche antinaturelle donne un effet d’étrangeté. C’est en liaison avec le texte que s’installe ce désir de briser une tradition du réalisme québécois qui domine encore nos scènes de théâtre.

Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.
Queue Cerise. Crédit photographique: David Ospina.

Queue cerise est une création Québécoise jeune et rafraîchissante. La prise de risque est considérable et l’exploration qu’ils proposent touche un thème d’une importance majeure. La cohérence entre les différents éléments crée un monde parallèle qui sait troubler le public. Les jours qui suivent la représentation, on se surprend à réfléchir à cet objet théâtral comme vecteur d’expérience unique et étrangère. Le contrat est donc rempli. En ne racontant pourtant aucune histoire claire, Amélie Dallaire et Olivier Morin présentent un spectacle post-moderne expérimental qui, on l’espère, annonce d’autres explorations aussi intéressantes, sortant des sentiers battus.
Le spectacle Queue Cerise, d’Amélie Dallaire et Olivier Morin était présenté du 26 janvier au 13 février 2016 à la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Article par Steave Ruel. Étudiant en Études Théâtrales, j’aime ce qui est acerbe, irrévérencieux, satirique, ironique, sarcastique et cathartique. Tout ça pis manger.

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