Bang bang ou l’effort du spectacle

L’édition 2017 du Festival TransAmériques (FTA) bat son plein et c’est dans le cadre de sa programmation que le nouveau…
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L’édition 2017 du Festival TransAmériques (FTA) bat son plein et c’est dans le cadre de sa programmation que le nouveau solo du chorégraphe et interprète montréalais Manuel Roque, intitulé bang bang, était présenté au Prospero.

Récemment, plusieurs projets chorégraphiques semblent explorer de nouveau le rythme et la répétition du mouvement. Alessandro Sciarroni et sa pièce Folk-s / Will you still love me tomorrow? à l’Usine C en février dernier, Human Synthesizer de Katie Ward à Tangente, ainsi que Shudder de Jackson, Fury et Coster, et même le spectacle de Frederick Gravel présenté la veille, aussi dans le cadre du FTA. Tous utilisent la répétition du mouvement ou le synchronisme comme outil esthétique. Ce choix chorégraphique met souvent la performance physique de l’avant puisque la précision et la technique sont alors essentielles.

C’est donc après quelques minutes où résonne un fort rythme sourd que Manuel Roque entre sur la scène du Prospero. Celle-ci est complètement vide, tout y est peint en noir et les éclairages blancs, bruts, illuminent l’ensemble de la salle. Les lumières éclairant le public ne s’éteindront d’ailleurs qu’après un bon moment.

Roque se plie et se déplie, saute, bat des jambes, tourne, enchaine les pas. La sueur coule sur son corps pour revoler sur le sol et laisser des traces de son parcours sur scène. Commence ainsi un long travail de précision où l’effort transparait et où le danseur cherche à disparaître à travers le mouvement répété et quasi mathématique. Car, pour cette nouvelle création, le chorégraphe et interprète a voulu explorer la perte de soi. C’est en se perdant dans sa gestuelle méthodique qu’il invite le spectateur à oublier le danseur, à ne le percevoir que comme « matière mouvante ».

Dans le passé, Manuel Roque nous a habitués à une interprétation bien personnelle et singulière. Son corps, fortement imprégné de son engagement dans des compagnies comme Marie Chouinard ou Sylvain Émard Danse, est non seulement expérimenté, mais il a su se réapproprier une gestuelle qui lui est propre. Et le public l’aime pour cela. La proposition actuelle est donc déstabilisante et, malgré l’impressionnant travail chorégraphique et d’exécution, elle peut en ennuyer plusieurs.

De belles images s’y retrouvent tout de même. Dans une deuxième partie du spectacle, de la fumée envahit la scène et Roque tournoie les bras levés à travers celle-ci, ce qui le fait apparaitre et disparaitre par moment. Ou encore, le t-shirt avec un dessin au trait noir qu’il porte dès le début, à cause de la sueur, se couvre de larges taches informes de couleur rouge, bleue ou verte.

Gracieuseté du FTA. Crédit photographique: Marilène Bastien

Sa proposition est complètement assumée et il l’accomplit jusqu’au bout. Toutefois, elle se laisse davantage envisager comme un défi personnel d’interprète et de chorégraphe, que pour le plaisir d’un public qui souhaite assister, non seulement au savoir-faire de Manuel Roque, mais à son style et à son imaginaire singulier.

Bang bang, une pièce de Manuel Roque, était présenté au Prospero dans le cadre du Festival TranAmérique 2017.

Artichaut magazine

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