Une soirée de duos singuliers. Corps avides à Tangente.

Le travail de commissaire de Dena Davida prend tout son sens devant une soirée comme celle de Corps avides/Fervid Bodies.…
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Le travail de commissaire de Dena Davida prend tout son sens devant une soirée comme celle de Corps avides/Fervid Bodies. Les trois pièces se déploient autour de la musique live, d’une gestualité rythmée et d’une énergie survoltée. Les créations de Jessica Serli, Louise Michel Jackson et Ben Fury, ainsi que celle de Jason Martin étaient présentées au Monument National par Tangente, du 3 au 6 novembre dernier.

Cofondatrice de Tangente, Dena Davida insiste depuis plusieurs années sur l’importance de la reconnaissance et du métier de commissaire des arts de la scène. Cette position, peu exploitée dans le domaine, permet la création de programmes de qualité qui dialoguent sur un même thème ou une même esthétique. Comme son titre l’indique, la fonction du commissaire rassemble celle de directrice artistique, de diffuseur, de médiatrice culturelle. Bref, elle cherche à concevoir un évènement dans l’ensemble de ces choix artistiques, tout comme le fait un ou une commissaire d’exposition en art visuel.

Faille

La soirée débutait donc avec Faille: deux corps sur le comptoir, duo performé par Jessica Serli et Nicolas Labelle, qui commence d’une étrange façon et fascine vite les spectateurs. Les deux danseurs, dans leur carré de lumière respectif, ont de longs câbles électriques attachés à la taille qui se déroulent jusqu’aux coulisses. Sursautant puis se relâchant, leurs mains se contractent involontairement comme sous l’effet d’influx nerveux. Les mouvements secs des poignets et des avants-bras semblent réagir aux rythmes des basses musicales d’une musique créée en direct par Antoine Berthiaume, lui-même situé dans l’ombre en arrière-scène. Durant de longues minutes, le public pourra tenter d’assouvir sa curiosité et de comprendre comment cette gestuelle originale s’effectue. Le regard des danseurs est vide, et leurs réponses kinesthésiques sont identiques. Ils finissent par se retourner, et on distingue alors les fils bleus et rouges rattachés à leurs bras.

Crédit photographique: Claudia Chan Tak
Crédit photographique: Claudia Chan Tak

Comme eux-mêmes le décrivent, « ce duo « électrosensible » » questionne le système nerveux et le flux de ses agitations » (Tangente). Nous tirant d’une contemplation magnétique, ils poursuivent alors leur recherche du mouvement sans la présence concrète des électrochocs, mais tout en conservant ces tressaillements musculaires qui renvoient maintenant davantage aux tics, aux réflexes d’anxiété et à une agitation interne des corps, physiologiques ou psychologiques. Serli explique vouloir explorer le « moi profond », les réponses physiques très personnelles face aux « malaises sociaux, troubles affectifs, blessures, traumas et mécanismes de défense ». Toutefois le mouvement est moins précis, et la deuxième partie quelque peu confuse comparée à l’ouverture. Une finale sentimentale conclut cette pièce où des corps en crise trouvent du réconfort l’un envers l’autre.

Shudder

La deuxième performance, Shudder, est l’œuvre de superbes interprètes et la suite de Stroke, présentée au OFFTA en 2015. Tous deux ont dansé pour le célèbre chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui et travaillent aujourd’hui à des projets plus personnels. Avec de solides formations, l’une de ballet et de contemporain, et l’autre principalement de breakdance, ils présentent une pièce d’une rigueur et d’une agilité renversante.

Crédit photographique: Aurore B. Pictures
Crédit photographique: Aurore B. Pictures

Leur étude minimaliste du mouvement se révèle dans une gestuelle rythmée et tout en pulsion. Les visages sont neutres et les deux corps, d’allures plutôt différentes. Côte à côte et sur la musique, les danseurs plient un genou en cadence, puis l’autre, puis les deux. La répétition est rapide, précise et les changements de postures brusques. Les flexions sont complètement synchronisées et rappellent la performance de discothèque. Ils se déplacent finalement avec vigueur dans l’espace, ne s’éloignant jamais l’un de l’autre et reproduisant un même mouvement pulsionnel. L’ensemble hypnotise par la justesse de leur danse, leur concordance et la puissance de la musique pop-industrielle de Rodolphe Coster. Une douce euphorie berce le public jusqu’à une fin malheureusement un peu quelconque. Mais il doit être difficile de conclure une exploration formelle si bien dosée, et on ne veut, de toute façon, point qu’elle s’achève.

Untamed

Finalement, il peut être ingrat de partager la soirée avec deux propositions aussi travaillées et captivantes. La dernière création de Jason Martin, Untamed, est un show de jeux de lumière et d’attitude rock. Deux danseurs évoluent autour d’Étienne Paclow Vezina, guitariste aux cheveux longs et vêtu d’un pantalon scintillant, incarnant tous les clichés possibles du rock star. La gestuelle est très, voire trop inspirée par l’œuvre du danseur et chorégraphe israélien Hofesh Shechter. L’interprète, Kim Henry, laisse transparaitre son adresse et sa spontanéité, mais ne parvient pas à partager, avec son partenaire Jean-Benoit Labrecque, l’intention de la pièce. Le spectacle se présente malheureusement comme une coquille vide qui échoue à inviter son public à la fête…

Crédit photographique: Frederic Chais
Crédit photographique: Frederic Chais

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Corps avides/Fervid bodies était présentée par Tangente au Studio hydro-Québec du Monument-National du 3 au 6 novembre 2016.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM