Depuis 1993, dans la ville ouvrière de Juárez au Mexique, des centaines de jeunes femmes y sont retrouvées mortes, violées, étranglées et enfouies dans le sable. Seule en scène, une femme raconte cette réalité et tente de comprendre pourquoi. Comprendre le contexte. Ces sources de questionnement et ce sentiment d’impuissance face à la situation la guident à travers une profonde réflexion sur notre monde. Chaîne de montage, présenté du 27 octobre au 21 novembre au Théâtre de Quat’Sous, s’avère une judicieuse et touchante réflexion sur les effets de la mondialisation, du capitalisme et de notre société de consommation.
La pièce débute au son d’une voix douce et posée qui énumère le nom de plusieurs jeunes femmes, leur âge, ainsi que l’année de leur décès ou de leur disparition. Au même moment, une femme (Linda Laplante) monte sur scène et sort de son sac des paires de souliers qu’elle dépose minutieusement le long de la scène, les unes à côté des autres, telle une chaîne de montage. Chaque paire de souliers fait écho à une de ces jeunes femmes, à son absence. Débute alors le monologue de cette femme, pourtant bien loin du Mexique, qui tente de comprendre ce qui se passe à Juárez.
De nombreuses maquiladoras, usines où travaillent uniquement des femmes, opèrent dans cette ville frontalière. Des ouvrières à la chaîne y travaillent sans relâche et doivent respecter des quotas de production extrêmement exigeants. Des efforts considérables pour recevoir un salaire qui équivaut à la modique somme de six dollars par jour. Ce sont ces mêmes femmes qui sont victimes des horribles meurtres qui ont lieu dans la ville depuis beaucoup trop longtemps. Les victimes ont plusieurs points en commun: elles sont jeunes et jolies, ont les cheveux longs et, surtout, elles vivent dans la pauvreté. Des enquêtes ont été ouvertes à ce sujet, certains suspects ont été arrêtés, mais les meurtres et les disparitions n’ont jamais cessé. Le mystère demeure intact.
Réflexions sur notre monde
Le texte de Suzanne Lebeau est très recherché et met en lumière une réalité peu connue du public. En plus de faire ressortir les causes potentielles de ces meurtres et le contexte dans lequel ils sont perpétrés, la réflexion de l’auteur s’étend au Nord. C’est dans ce rapprochement d’éléments qui peuvent paraitre très éloignés au départ que tout le sens émerge. Est-ce que l’ALENA est en partie responsable? Ce traité de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique crée-t-il plutôt un mur entre le Nord et le Sud? Mais plus largement, est-ce de l’ordre de la mondialisation, de l’industrialisation, du capitalisme ou bien de notre société de consommation? À qui incombe la responsabilité? De ce fait, sommes-nous tous un peu responsables de ce qui arrive à Juárez – en achetant, par exemple, des produits issus de ces usines appartenant à Électrolux et Bombardier, pour ne nommer que ceux-là? Plusieurs pistes de réflexion sont abordées dans la pièce.
La mise en scène en subtilités et délicatesse de Gervais Gaudreault met réellement en valeur le texte de Suzanne Lebeau. L’attention du spectateur est alors principalement centrée sur l’histoire racontée par cette femme et le processus de réflexion qui l’accompagne est mis de l’avant. Chacun des gestes de l’actrice est justifié et soutient le discours de façon cohérente. Le tout se déroule dans un décor simple mais évocateur. La femme se tient debout devant un mur imposant composé de nombreuses bouteilles d’eau, celles utilisées dans les refroidisseurs d’eau. Empilées de manière ordonnée, ces bouteilles de plastique contextualisent bien l’histoire, en faisant par le fait même directement référence au titre de la pièce. Tous ces objets, produits à la chaîne dans des usines bien loin des magasins où ils sont vendus, n’accordent pas aux gens qui les fabriquent une bonne qualité de vie.
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La pièce Chaîne de montage, mise en scène par Gervais Gaudreault, est présenté au théâtre de Quat’Sous, du 21 octobre au 27 novembre 2014. Elle est le fruit d’une collaboration entre le théâtre de Quat’Sous et la compagnie de théâtre Le Carrousel.
Article par Isabelle Neveu. Passionnée par l’écriture, Isabelle Neveu étudie actuellement au BAC en communication-journalisme à l’UQAM. Elle s’implique au sein du Journal des citoyens, le journal communautaire des villes de Prévost, Piedmont et Ste-Anne-des-Lacs, depuis l’âge de 11 ans. Aujourd’hui âgée de 19 ans, Isabelle a terminé en mai 2014 ses études collégiales en journalisme et communication au Cégep de Saint-Jérôme. Au cours de l’année 2013, elle a collaboré à la pige avec le Journal Le Nord, un hebdomadaire de la région de Saint-Jérôme. Ainsi, elle rêve de faire le métier de journalisme depuis un très jeune âge et c’est pourquoi elle accumule les expériences dans l’espoir que son rêve devienne réalité.
