Le théâtre tente toujours de se réinventer. Il innove, il mélange et il surprend. Cette fois, pour ouvrir la présente saison du Théâtre du Nouveau Monde : une pièce nouveau genre qui tente la fusion entre théâtre et cirque. Un défi de taille.
Le murmure du coquelicot, c’est l’histoire d’un homme sans succès : Raymond Lemieure, l’homme raté, interprété par Rémy Girard (pour qui la pièce a d’ailleurs été spécialement écrite par Sébastien Soldevila et Michel Vézina). Le personnage en question se présente un bon matin à une audition pour « le rôle de sa vie ». Madame B., un personnage sévère très caricatural interprété par Pascale Montpetit, se charge de la lui faire passer. Aux côtés de ces deux grands comédiens : la célèbre troupe d’acrobates, Les 7 doigts de la main. Acrobates qui, disons-le, ajoutent une touche de féérie à l’ensemble de cette pièce tout en lui donnant une couleur particulière.

On retrace dans cette pièce les grands amours du personnage, son enfance et sa carrière ratée en tant que comédien de second plan. Cette histoire, racontée par Raymond Lemieure, est soutenue et imagée par la bande de jeunes acrobates qui, au passage, font vivre aux spectateurs de beaux moments de haute voltige. Le spectateur en est d’ailleurs tellement captivé, qu’il en vient à oublier le côté théâtral du spectacle.

En croyant me retrouver devant l’union parfaite entre théâtre et cirque, je me suis vite aperçu que j’étais plutôt confronté à un mélange hétérogène. En fait, le jeu de Rémy Girard et celui de la troupe donnent l’impression de tracer des lignes parallèles qui ne se touchent qu’à peu de reprises. D’un côté, Rémy Girard qui peine à se concentrer et de l’autre, les acrobates qui s’efforcent d’émerveiller le spectateur à force de prouesses. On sent ainsi le jeu du comédien s’effacer derrière les pirouettes les plus épatantes. D’autant plus que Girard, par moment, semple se débattre avec le texte, laissant tomber à plat plus d’un jeu de mots. Tout ceci, au détriment de ce que l’on imagine être l’essence de la pièce. En voulant plaire à tout le monde, aux amateurs de cirque et à ceux de théâtre, Le murmure du coquelicot ne satisfait pleinement personne.

Malgré ce décalage, le décor, la musique, les chorégraphies, la mise en scène, bref tout le reste, était pour la plupart impeccable, impressionnant à plusieurs égards. Mon grand coup de cœur va au décor, simple, mais efficace et puissant. Notons, par contre, la désynchronisation de l’une des acrobates de la troupe qui faisait perdre beaucoup de rythme à la pièce. Il faut dire aussi que quand des acrobates se mêlent de jeu, il y a fort à parier, comme c’est le cas ici, que la qualité de l’interprétation s’en ressentira. Peut-être eut-il fallu que ces derniers aient moins d’espace en tant que comédiens, ne les obligeant pas ainsi à se mesurer à deux grosses pointures comme Girard et Montpetit.
Hormis tout cela, Le murmure du coquelicot reste une pièce légère, remplie d’humour et qui saura divertir. Et ce, même si on se demande par moment, qui sera le premier à tomber : l’acrobate de son perchoir ou le comédien de son tréteau.
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Le murmure du coquelicot de Sébastien Soldevila en collaboration avec Michel Vézina, présenté du 17 septembre au 12 octobre au Théâtre du Nouveau Monde. M.E.S. Sébastien Soldevila et Shana Carroll.
Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.