Dans le mille. Mommy de Xavier Dolan

«Les sceptiques seront confondus», lâche une Anne Dorval à l’allure défraîchie, entre deux mastications peu élégantes. Dans la peau de…
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«Les sceptiques seront confondus», lâche une Anne Dorval à l’allure défraîchie, entre deux mastications peu élégantes. Dans la peau de Diane D.I.E Després, elle énonce d’entrée de jeu ce qu’est Mommy, le drame de Xavier Dolan sorti le 19 septembre dernier: une surprise pour les plus grands détracteurs du jeune cinéaste.

Antoine-Olivier Pilon
Crédit photographique: site officiel de Mommy

Dans la banalité du quotidien rive-sudien mis en scène par Dolan, Steve (Antoine-Olivier Pilon) retourne vivre chez sa mère (Anne Dorval) après s’être fait montrer la porte de son centre d’accueil. D.I.E se retrouve aux prises avec cet ado impulsif et turbulent aux tendances impétueuses, dont le TDAH ne s’est pas calmé depuis la mort de son père, au contraire. Cette relation dynamite, où les moments de complicité sont vite éclipsés par de violentes altercations, trouve son équilibre grâce à Kyla, l’énigmatique voisine bègue incarnée par Suzanne Clément.

C’est ce trio rafraîchissant et attendrissant, dirigé avec brio par Dolan, qui fait la force du film. Mommy est en soi un vibrant hommage à la vie, dans ses zones d’ombres comme dans ses jours glorieux, porté à bouts de bras par de solides interprètes qui donnent toute la couleur au récit. Ce long métrage semble représenter le timing idéal pour la rencontre de ces trois acteurs, qui ont tous été par le passé à l’avant-scène d’une œuvre de Dolan. Ce dernier présente judicieusement chaque personnage comme un élément fondamental de l’histoire; la chute d’un amenant inévitablement celle des autres.

La recette Dolan revisitée

Du haut de ses 25 ans, Xavier Dolan présente avec Mommy son film le plus accompli, qui saura conquérir un plus vaste public. Le jeune cinéaste a su adoucir certains éléments qui, par le passé, semblaient à plusieurs excessifs, criards, voire prétentieux, sans pour autant perdre de sa magie.

Si son succès autobiographique J’ai tué ma mère a pu irriter par ses dialogues explosifs et ses montées tragiques, Mommy contraste par ses répliques tantôt touchantes, tantôt hilarantes. Oui, il y a des engueulades virulentes, des pleurs et des rires, mais Dolan sait doser comme il ne l’avait encore jamais fait, montrant un talent pour la scénarisation sans pareil. La langue de Diane D.I.E. Després et de Steve est réaliste, vivante, proche de nous. C’est un québécois assumé qui s’éloigne des expressions parfois présomptueuses qu’on retrouvait dans certaines de ses œuvres.

Xavier Dolan, Anne Dorval et Suzanne Clément (de dos)
Crédit photographique: site officiel de Mommy

Comme avec Laurence Anyways, le rythme du film est plutôt lent (2h19), mais le cinéaste ne nous perd pas avec des longueurs, chaque minute nous permettant de voir comment se développe et se solidifie la relation du trio principal. Mais le tour de force réalisé par Dolan se trouve sur le plan artistique, avec des choix originaux qui ne relèvent pas nécessairement d’un souci esthétique. Visuellement, ce n’est pas toujours beau, symétrique, coloré. Les personnages ne nous semblent pas tout droit sorti d’un Urban Outfitters, dans un décor à l’aspect léché. Toutes ces distractions sont laissées de côté pour focaliser sur l’émotion, simplement. Le choix du format 1 :1 n’agace pas; au contraire, il sert le propos. Le cadrage resserré met l’accent sur les personnages, déjà présentés plus souvent qu’autrement par des gros plans. Quand Steve étire les bras et repousse les bandes noires pour rétablir le format original, on n’y voit pas un choix maladroit. Dolan ramène avec habileté le format 1 :1 sans que le spectateur n’en soit choqué, démontrant qu’il s’agit d’un choix bien plus qu’esthétique: c’est une décision qui colle à l’histoire et qui y contribue.

Avec Mommy, Dolan fait contrepoids à sa première oeuvre, J’ai tué ma mère, ramenant la thématique de la maternité et de l’émancipation. Récompensée par le prix du jury à Cannes puis nominée pour représenter le Canada à la prochaine cérémonie des Academy Awards, c’est une œuvre authentique, poignante et qui va droit au cœur.

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Mommy, drame de Xavier Dolan, avec Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine-Olivier Pilon. 2h19. À l’affiche partout au Québec.

Article par Valérie Boisclair. Entre freckles et 7e art, elle tente de combler et d’extérioriser son insatiable curiosité par les lettres.

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