La jeune fille et la mort

Toutes espérances rationnelles portent à croire que lorsqu’on pénètre dans une salle de spectacle,  c’est pour se retrouver devant une…
1 Min Read 0 146
© Robert Bouthillier

Toutes espérances rationnelles portent à croire que lorsqu’on pénètre dans une salle de spectacle,  c’est pour se retrouver devant une scène et un traditionnel rideau rouge. Pourtant, avec La jeune fille et la mort, il en est tout autrement.

En effet, dès l’entrée dans la salle au look très industriel, il semble évident que l’on s’ajoute à un décor très interactif. D’ailleurs, la pièce est ainsi montée afin que quiconque souhaite trottiner dans le décor avant le début du jeu puisse s’y laisser aller et observer ce que les acteurs appellent l’exposition. Cette dernière se tient dans la réplique d’une salle de classe désordonnée, hantée par des objets épars et incongrus tels de vieilles planches de bois ornées de clous rouillés, des souliers à talons de bois dévernis et plusieurs œuvres d’arts hors du commun. Et par hors du commun, on entend de vieux combinés de téléphone en forme de pistolet, plusieurs représentation de femmes nues embrassant «La Mort» ou alors des oiseaux empaillés sodomisés par des flutes à bec. Des objets artistiquement déstabilisants.

« Si vous êtes déstabilisés, profitez-en », m’annonce d’ailleurs Laurence Brunelle-Côté lorsque je lui demande s’il y a une morale à la pièce. Selon elle, l’idée directrice est de faire vivre une expérience différente au spectateur, en l’interpellant à maintes reprises et en l’incitant à prendre part à cette folie qu’est la représentation artistique du manuel inspiré des Premiers matériaux pour une théorie de la Jeune-Fille du collectif Tiqqun.  En soi, la pièce n’en est pas une. En effet, comme l’affirme Laurence Brunelle-Côté, il ne s’agit pas ici de théâtre. Mais bien d’art indiscipliné, de message sous forme artistique.  On a d’ailleurs l’impression d’assister à une lecture, à un cours magistral donné par plusieurs professeurs à saveur marginale. Lorsqu’on s’assoit à notre place, on retrouve à notre droite le manuel du cours. Un livre qu’on se surprend à suivre au rythme des indications données par les artistes multidisciplinaires offrant le cours. Un livre dans lequel on retrouve un amalgame de photographies, de poésie et de dessins, et qui nous aide, somme toute, à comprendre et à suivre le spectacle.

Cœurs sensibles ou amoureux incertains du nouveau genre, s’abstenir. La déstabilisation est un art dans La jeune fille et la mort. On y retrouve de la nudité, des acteurs portant d’énormes têtes d’ânes, des scènes de danse contemporaines nues et beaucoup de répétition de texte dans un style lecture de poésie.  Il s’agit d’un spectacle qui présente autant un rap sur le thème du cool, un intermède musical métal donné par un homme en tutu, comme des effets visuels impressionnants, notamment un certain effet qui dépeint une jeune fille coincée sous une cloche de verre dans laquelle il souffle une tempête de boules de styromousse blanc. Ce-dernier, artistiquement réussi, illustre sans contredits l’isolement, la tempête émotionnelle de la jeune fille. Somme toute, si l’on souhaite se dépayser, sortir de sa zone de confort habituelle et tirer une leçon sur la « jeune-fillisation » du monde, La jeune fille et la mort est parfait.

La jeune fille et la mort est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 octobre.

Article par Gabrielle Lauzier-Hudon.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM