Tout ça m’assassine, la pièce mise en scène par Dominic Champagne est de nouveau à l’affiche à la Place des Arts jusqu’au 20 octobre 2012 et sera ensuite en tournée dans quelques villes du Québec. L’œuvre écrite par Patrice Desbiens, Pierre Lefebvre et Dominic Champagne a été proclamée « Pièce de l’année 2011 » par le quotidien La Presse et adorée du public. Selon le metteur en scène, quand la pièce est sortie l’automne dernier, le moment était parfait. « C’est une pièce d’indignation, et on l’a joué à la Place des Arts, en plein au moment où les indignés sont sortis dans la rue. La coïncidence entre la prise de parole de la pièce et celle qui se passait sur la place publique était belle à voir », renchérit-il. La pièce a aussi été présentée l’hiver dernier, en même temps que le début du soulèvement étudiant. La population s’est donc sentie interpellée par le message qu’on a voulu faire passer par la pièce.
Ce qui est particulier, c’est qu’un auteur va souvent s’inspirer de l’actualité pour écrire, mais dans le cas présent, la pièce était écrite avant que les événements se produisent. Le metteur en scène se qualifie de chanceux, car il dit que le succès de sa pièce est en partie dû au mouvement d’indignation populaire. « On ne peut pas se faire traiter d’opportuniste, car on avait déjà écrit la pièce avant que le 99% sorte dans la rue pour manifester son désaccord à la société », affirme Dominic Champagne. Au printemps, l’équipe de Tout ça m’assassine a également vécu un beau moment durant le printemps érable. Le metteur en scène explique qu’au mois de mars, ils ont performé devant une salle pleine d’étudiants qui riait aux éclats et réagissait. Les acteurs ont même discuté avec les étudiants à la fin de la pièce. « Ce moment était un appel à la liberté, la fraternité et l’égalité. »
Le metteur en scène trouve également ironique, alors que la pièce est rejouée à la Place des Arts au mois d’octobre, que d’autres coïncidences étranges s’ajoutent au lot. Cet automne sera célébré le 25e anniversaire du décès de René Lévesque, et la pièce raconte, entre autres, la journée de deux hommes qui s’en vont aux funérailles de l’ancien Premier ministre. Bel hommage pour un des personnages marquants de l’histoire du Québec et de la vie de Dominic Champagne.
Pour ajouter à la coïncidence, le 4 septembre 2012, l’histoire du Québec a été marquée par l’élection de la première femme Première ministre de la province, Pauline Marois. La pièce parle de tout ce qui assassine la quête de liberté des canadiens français, explique Dominique Champagne. « C’est assez particulier qu’on écrive une pièce qui s’appelle tout ça m’assassine et qu’on la reprenne cette automne, au lendemain d’une tentative d’assassinat sur la Première ministre du Québec, lors de l’élection du Parti québécois, ajoute-t-il. On peut dire que l’histoire nous fait un clin d’œil assez cruel. »

Politiquement engagé
Pour le metteur en scène, le Québec a été la scène d’un important éveil de la population à la politique, aux causes environnementales et à la condition de la vie en général. La prise de parole de la jeunesse était inattendue de tous, mais ne doit pas être oubliée, selon lui. «Qu’on soit d’accord ou non avec la hausse des frais de scolarité, les questions qu’ont soulevé les étudiants sur le système dans lequel on vit ne devraient pas être reléguées aux oubliettes. Le débat s’est étendu plus loin que seulement sur la question des droits de scolarité. » Les indignés ont également mis le doigt sur un problème, selon lui, le partage des richesses qui reste un enjeu important dans la société. Non seulement Dominic Champagne est préoccupé par le partage des richesses au plan économique, mais également par l’utilisation des ressources naturelles. « J’habite à la campagne, dans un des foyers des gaz de schiste et je me suis beaucoup battu avec les gens de ma région pour protéger nos terres, explique le metteur en scène. Ce qui est triste c’est de voir que même lors du rassemblement de 300 000 personnes dans les rues de Montréal pour le Jour de la Terre, le gouvernement qui était au pouvoir n’a pas bronché. »
Dominic Champagne a publié, cet automne, le fruit de ses réflexions politiques dans un livre qui s’appelle Le gouvernement invisible. «Dans cet ouvrage, j’essaie de prendre conscience, car mon éveil est assez récent, des failles dans la façon dont notre pays est géré », informe l’auteur. Il est d’avis que les partis politiques québécois ne font que diviser le Québec, alors qu’en ce moment la province a besoin d’un ralliement de sa population. Pour Dominic Champagne, le résultat de l’élection du 4 septembre n’est que le fruit de cette inquiétante division. « Présentement il y a un manque, car les discours auxquels on a eu droit durant la dernière campagne électorale étaient creux. Les partis ne misaient que sur des stratégies de charme et de séduction. La preuve, les questions cruciales soulevées par les étudiants au printemps dernier, ne sont pas ressorties dans les campagnes. »
« Dans un monde idéal, on ne donnerait pas le pouvoir à un parti pendant 4 ans en le laissant faire ce qu’il veut. On lui donnerait un mandat bien précis qui traduit la volonté populaire, ajoute Dominique Champagne. La démocratie a besoin de nous. »
Article par Alexandra Piché.