Vous connaissez ce vide? Vous savez, celui qui nous fait perdre tous nos repères. Celui de la perte d’un être cher. Celui que l’on craint tous. Le deuil finit toujours par nous toucher un jour ou l’autre, qu’on s’y attende ou non. C’est ce type d’émotion que l’on a voulu faire vivre aux spectateurs de la pièce de La fête à Jean, présentée jusqu’au 26 janvier au théâtre Denise Pelletier, à la salle Fred-Barry.
Jamais présentée auparavant, la pièce de Pier-Luc Lasalle raconte un moment bien précis dans la vie de Jean (Denis Gravereaux). Sa famille et ses amis sont venus festoyer dans son jardin pour une dernière fois en sa compagnie. Se voyant privé petit à petit de sa motricité, mal en point, Jean en est rendu à constater l’inexistence de sa qualité de vie et décide de mettre un terme à ce qui n’est désormais plus que souffrance.
La fête à Jean, risquée et audacieuse, aborde un sujet d’actualité qui ne laisse personne indifférent; le suicide assisté. Appuyés sur des confidences recueillies par les auteurs auprès de familles ayant eu à vivre la mort d’un proche, les textes rendus par les acteurs auraient pu, par un plus grand souci du réalisme, être beaucoup plus touchants. Malheureusement, sauf exception, le jeu des acteurs laisse une impression plutôt décevante. La mauvaise interprétation ne faisait qu’allonger la pièce, ralentir le rythme et mettre de l’avant les comédiens, qui eux-mêmes ne semblaient pas croire à leurs histoires.
Cette fête, à laquelle personne n’aurait voulu assister, est l’occasion pour l’hôte de revoir parents et amis avant sa mort planifiée. S’enchaineront une suite de confidences, révélations, monologues, laissant l’auditoire complètement de glace. Parlez-en à mon voisin de chaise qui s’est fait un plaisir de somnoler durant une bonne partie de la représentation.

Notons malgré tout (exception), la prestation magistrale de Nathalie Gascon, qui joue avec une très grande sensibilité la femme de Jean, Marie, constituant ainsi l’une des forces de la pièce. La justesse du jeu de cette grande dame de théâtre permet à l’auditoire de saisir la douleur immense que peut vivre la conjointe d’une personne qui en vient à vouloir s’enlever la vie. Il en va de même pour le jeu de l’excellent Denis Graveraux. Le comédien réussit à nous présenter un personnage avoisinant le vieil oncle grincheux de la famille, mais chez qui se dégagent une inquiétude et une tristesse d’un réalisme troublant, particulièrement dans les moments de silence du personnage.
La pièce est d’une simplicité désarmante à première vue, tant du côté de la mise en scène (pilotée par André-Marie Coudou) que des jeux de lumière. À cela contribue le minimalisme du décor, laissant ainsi une grande place au jeu, qui n’arrive malheureusement pas à remplir son office. Les musiciens présents sur scène, quant à eux, donnent la curieuse impression de n’être là que pour remplir la scène, de façon superflue. Notons aussi la grande lenteur du début de la pièce où le rythme et l’émotion peinent à s’installer et des chorégraphies qui semblent avoir été mises en place seulement aux fins d’une symbolique douteuse, en plus d’être bâclées par les comédiens.
La lourdeur du sujet aurait pu facilement créer une pièce moralisatrice. Heureusement, le metteur en scène et l’auteur ont évité ce piège et ont su exploiter le sujet sous un autre angle. Par chance, quelques pointes d’humour réussissent à nous faire décrocher quelques minutes, allégeant la pièce.
On s’attendait à beaucoup de la part de ces comédiens, qui possèdent, pour la plupart, un bagage théâtral assez important. Malheureusement, la qualité de la performance laisse à désirer et l’expérience dans son ensemble laisse un goût amer au spectateur qui, convié à la fête ou non, en ressort totalement indifférent.
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La fête à Jean, de Pierre-Luc Lasalle en collaboration avec Marie-Pierre Poirier du 9 au 26 janvier 2013, Denise-Pelletier, salle Fred-Barry. M.E.S. de André-Marie Coudou.
Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.