Dans une mise en scène de René Richard Cyr, Le Balcon de Jean Genet reprend vie au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’à la fin novembre. Le spectateur est convié à pénétrer au cœur d’un univers anachronique où le décor prend le pas sur l’histoire. Voulant servir le texte, les mécanismes architecturaux et les effets spéciaux en viennent plutôt à plomber l’œuvre du dramaturge français.

Dehors, c’est le chaos d’un peuple en révolte. Contre qui, contre quoi? Le pouvoir bien sûr. À savoir lequel, cela n’a que peu d’importance. Au centre de cette tempête, un endroit clôt à l’abri de la fureur qui gronde et qui au fond n’est peut-être que l’invention de ceux qui sont au bordel, à la «maison d’illusion» de madame Irma. Cette maison, Le Balcon, est bien plus qu’un simple bordel. Chacun, l’instant d’un scénario peut devenir celui qu’il a toujours désiré d’être. Demandez et vous obtiendrez. Mais n’oubliez pas que toutes ces mises en scène seront au final cher payées.

René Richard Cyr a l’œil du metteur en scène. Il sait comment mettre ses comédiens au service d’une pièce. Seulement cette fois, la magie n’opère pas. Des déplacements statiques, des mouvements robotisés, des costumes encombrants forment la majorité du spectacle. Heureusement, quelques perles persistent. Se détache la scène du capitaine allant à la guerre sur son cheval, notamment. L’action y est représentée par de simples gestes de poignet rappelant la chevauchée. Comme quoi la simplicité peut être gage de réussite.

La douce folie musicale est l’œuvre d’Alain Dauphinais. Anachronique elle aussi, elle est plus qu’intéressante lorsqu’utilisée en tant qu’espèce de générique. Malheureusement, le choix esthétique de dramatiser certains passages par un effet sonore n’obtient peut-être pas le résultat escompté. Loin d’enrichir l’espace déjà chargé, cela casse ce qu’il reste de rythme.
Le TNM a des ressources quasi inépuisables qui lui permettent de réunir plusieurs grosses pointures sur une même scène. C’est encore le cas, comme vous vous en doutez, pour Le Balcon. En tenancière de la maison de prostitution, Marie-Thérèse Fortin livre une fois de plus une performance théâtrale s’apparentant à la prouesse. Il faut dire qu’elle est soutenue par les solides piliers que sont Roger La Rue, Bernard Fortin, Éric Bernier et Julie Le Breton. Bien que chacun apporte une couleur et une justesse plus qu’intéressante, la cohésion n’est pas au rendez-vous.

L’ensemble a un je-ne-sais-quoi de lourdeur et manque définitivement de rythme, malgré la bonne volonté et l’effort soutenu de la distribution. La pièce se décline ainsi en trois temps et les changements de décor entre ceux-ci accentuent les problèmes de rythme. Bien que visuellement recherchée, la scénographie aurait gagné à rester plus sobre. Après approximativement deux heures de représentation, une grande part du texte semble s’être perdue dans les décors et la fin ne paraît pas aussi percutante qu’elle aurait dû l’être.
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Le Balcon de Jean Genet est présenté au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 30 novembre. M.E.S. René Richard Cyr.
Article par Marie-Michelle Borduas. Animatrice et chroniqueuse radio, amoureuse de théâtre et consommatrice avertie de musique! Je partage mon temps entre tous les théâtres et les salles de spectacles montréalais. 1001 projets parce que la tête bouillonne. Oh et j’ai aussi ce petit papier qui indique: bachelière en journalisme.