La première fois que j’ai vu Jean-Philippe Baril-Guérard, c’était à Cégeps en Spectacle édition 2009, sur les planches maskoutaines. À l’époque, moi-même étudiant en arts et lettres profil théâtre, je savourais avec admiration la découverte de son conte urbain Attache ta tuque. Alors que je débutais, lui de son côté, terminait l’école professionnelle de théâtre. Cette histoire raconté avec brio de coursier à vélo chargé d’une tâche douteuse, n’a pas quitté ma mémoire depuis.Du coin de l’œil, je continuais de suivre la progression du finissant, sans pourtant avoir la chance d’y assister réellement. Ce fut donc un grand plaisir, lundi dernier à l’occasion du Zoofest, de retrouver l’écriture à l’oral de Baril-Guérard, l’interprétation laissée cette fois-ci à quelques-uns de ses amis, presque tous issus de la même école.
Mais, trêve de nostalgie, place aux Ménageries, une série de quatre contes à ne jamais raconter à vos enfants, de peur de voir la DPJ surgir soudainement afin de vous les rafler pour cause de déviance. Malgré l’aspect animalier, les Ménageries sont à ne pas confondre avec Lafontaine. Je consens l’effort de l’auteur pour ajouter une valeur morale à ses écrits, mais il faut avouer que son point fort se situe plutôt dans le trash, pas trop classe, ni édifiant. Et comme nos âmes d’adulte sont elles aussi bien friandes de telles perversités, c’est très bien comme ça. Qui plus est, avec les enfants dans les parages, nous n’aurions pas pu savourer une bonne bière durant la présentation. Autant de bonnes raisons qui justifient l’importance des contes urbains.

Mais revenons à nos chers animaux. Un cougar, un porc, un grizzly et une licorne, comme chacun le sait, sont à ne pas placer dans une même cage. C’est pourtant ce que fait, sans scrupules, Baril-Guérard. Avec l’effet que l’on découvre, c’est un réel bonheur de pouvoir l’observer sans avoir à être dans la cage. Comme souvent, c’est au benjamin que revient le premier tour, alors que fait son entrée David Strasbourg, en joueur de hockey, baveux à souhait, ne reculant devant rien pour voir sa carrière décoller malgré son peu de talent. Mêlez à cela une Milf (Mother I’d Like to Fuck) de Moncton et vous verrez que le cocktail est explosif. On a ensuite le droit à une Andrée-Anne Lacasse en Maskoutaine qui n’arrive tellement pas à « se faire baiser » qu’elle fini par consentir à une baignade dans la célèbre rivière la plus polluée du Québec, tout cela pour un porc. Jusque-là, malgré les thèmes très durs qui sont traités sans prendre de gants blancs, les rires fusent dans le petit cabaret de la Balustrade, au Monument National.
Le ton change assez rapidement quand le grizzly fait son entrée, alias Jean-Sébastien Lavoie, aîné de la bande. On rit un peu au début, mais rapidement le malaise s’installe, alors que viols, sida et homosexualité se mêlent, portés par cet acteur à la carrure impressionnante. Quand la chute vient, les applaudissements se font attendre un peu plus longtemps, et ce n’est clairement pas parce que c’était moins bon. Heureusement pour le moral, le meilleur reste pour la fin, incarné par la magnifique Isabeau Blanche qui aime et n’aime pas les licornes. Morale de l’histoire : on haït les fausses boules tant qu’on n’a pas les moyens de se les payer.
Si Ménageries captive, c’est parce que Jean-Philippe Baril-Guérard s’adresse à son public en cherchant à croiser son regard, faisant fi de la gravité de ce qu’il a à confier. C’est aussi parce que les contes de ce Fred Pellerin du trash sont portés par des acteurs de sa trempe. Le calibre est très haut, mais sans conteste, l’interprétation d’Isabeau Blanche s’élève encore un peu au-dessus, formidable par sa présence hors normes. C’est vous dire à quel point je ne pourrai plus me contenter de suivre d’un seul œil le Théâtre En Petites Coupures. Désormais, j’aurai les deux yeux rivés sur ce théâtre de création jusqu’à ce qu’on me les ramène à La Licorne pour quelques contes urbains avant les fêtes. Espérons très fort que mon souhait deviendra le leur et qu’il sera exaucé, même si je sais que ces animaux n’ont probablement pas été des enfants de choeur cette année.
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Ménageries est présentée à la Balustrade du Monument National dans le cadre du Zoofest tous les soirs du 15 au 24 juillet à 22h15.