Le concept d’obsolescence programmée est une planification préétablie de la durée de vie d’un objet, généralement technologique. En d’autres mots, c’est la production en masse d’objets conçus pour expirer, pour être remplacés. Dans le spectacle Obsolescence programmée de Nans Bortuzzo, le concepteur et metteur en scène applique ce phénomène aux relations amoureuses. Dès les premiers signes de défectuosité d’un couple, le besoin de remplacer l’autre surgit.

Nous connaissons le créateur Nans Bortuzzo principalement pour les ambiances sonores qu’il a conçues pour Warning et Over my Dead Body de Dave Saint-Pierre. La forme que prend Obsolescence programmée, se voulant une synthèse entre la danse, les arts visuels, la musique et l’écriture, rappelle précisément celle de ce musicien, vidéaste et maintenant metteur en scène.
Pour ce faire, le tapis de danse devient le point de rencontre des différentes disciplines artistiques. Occupant la majorité de la scène du Théâtre La Chapelle, ce carré blanc légèrement surélevé se transforme en écran sur lequel sont projetées la vidéo et les illustrations graphiques produites par Bortuzzo. Les projections sont déclenchées par un capteur de mouvement qui permet aux images de suivre la danseuse Miriah Brennan. Un jeu s’installe progressivement entre la chorégraphie conçue par Virginie Brunelle et Catherine Gaudet et lesdites projections.
À certains moments, ne savons plus si la danseuse est celle qui engendre ces images ou si ce sont ces dernières qui cadrent la danse. Par exemple, il y a toute une scène où son ombre devient l’objet du tableau. Elle est grossie, fragmentée et effacée. Ne se reconnaissant plus, la jeune femme entreprend par le biais d’une bande-son, une réflexion sur elle-même et sur le couple, un texte signé Alexa-Jeanne Dubé. De ce texte, une idée ressort du lot: est-ce possible de «congeler» les bons moments passés avec l’être aimé avant que la relation ne devienne désuète? La femme chercherait donc à arrêter cette course vers la péremption inévitable des relations amoureuses. À défaut d’avoir une réponse à cette question, elle exprime son angoisse par la convulsion et la torsion de son corps.

Le fil dramaturgique du spectacle se veut être une introspection à la fois dans les pensées de la danseuse et dans son corps. En ouverture de la pièce, la danseuse couchée au sol est encerclée d’images de vaisseaux sanguins. Elle bouge difficilement, comme si le poids des ces images corporelles l’atterrait. Les projections se joignent à la danse et génèrent des atmosphères soutenant les différents états psychologiques dans lesquels se trouve la danseuse. Il est difficile de savoir si Miriah Brennan est le pinceau ou une tache de ce tableau. Cette ambigüité témoigne d’une interrelation possible entre les pratiques artistiques qui participent toutes aux rouages du dispositif. Néanmoins, une hiérarchie entre les disciplines s’installe malgré la volonté de Burtozzo de les synthétiser. En effet, l’écran prend parfois trop de place pour que nous regardions la danseuse et encore moins pour que nous écoutions le texte.
À cet égard, on se demande ce qui motive cette rencontre entre la danse et le numérique. La présence de l’interprète en scène semble être la seule justification de ce dispositif interactif. Dans une séquence où la perspective réaliste de la projection du quai de métro donne l’impression qu’elle y est réellement, toute la poésie du spectacle est évacuée. Pis encore, lorsque c’est elle qui donne le sens aux projections, leur facticité est soudainement beaucoup trop évidente. On peut dire, en somme, que la puissance des images d’Obsolescence programmée est en quelque sorte sa force tout comme sa faiblesse.
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Le spectacle Obsolescence programmée de Nans Bortuzzo a été présenté au Théâtre La Chapelle du 18 au 22 novembre 2014.
Article par Émilie Lessard-Malette.