L’artiste Marc-Antoine K. Phaneuf présentait une nouvelle série d’œuvres au centre d’art contemporain Optica, du 24 janvier au 21 mars 2015. En visitant Études préparatoires. Dessins d’explosions 2012-2015, on a pu découvrir une enfilade de dessins, autant de petites catastrophes défigurant la mémoire d’un passé idyllique, déflagration d’un univers tombé en désuétude s’effondrant finalement en mode multicolore. Compte-rendu d’une petite fin du monde.

Crayon de bois sur papier, page de livre, 28 x 22 cm.
Avec l’aimable permission de l’artiste.
Crédit photographique: Paul Litherland
Avec un brin de moquerie, MAKP fait table rase du passé dans cette dernière exposition. Tout y passe dans une succession de scènes constituées de contrastes divers. Le ludisme du dessin s’oppose à l’aridité de la photo d’archive; la couleur en impose au noir et blanc; le trait de crayon artificiel compose avec la ligne naturelle du sujet photographique. L’entrée dans la salle d’exposition ne laisse rien présager de la douce furie destructrice de l’artiste tant on croirait plutôt pénétrer dans un laboratoire. Les œuvres sagement alignées sur les quatre murs de la salle font davantage figure de pièces à conviction: ensachées, identifiées, regroupées. En résulte une enfilade de capsules, dispositif presque archivistique emprisonnant chacune des explosions, les ordonnant, les assujettissant à une logique proche de celle de la ligne du temps. C’est ce fil qui permet le passage entre les images et crée la cohésion de l’ensemble: l’impression de voyager sur une trame temporelle tissée de la destruction des symboles qui furent les plus chers au vingtième siècle.

Série Violence au hochey, 2012-2015, crayon de bois sur papier, page de livre, 19,2 x 13,1 cm.
Avec l’aimable permission de l’artiste.
Photo: Paul Litherland
Le visiteur les découvre à l’unité, puis en sections thématiques, puis en ensemble: progression lente et expansive d’un travail qui s’apprécie autant dans la répétition du motif que dans le détail de la représentation. Chaque capsule renferme sa singulière explosion, minutieusement dessinée et coloriée sur un support photographique tiré des pages d’un livre. Les sujets ne manquent pas, on s’y retrouve à peine: écrasements d’avion, lieux de villégiature, dessins architecturaux et natures mortes servent de décor dans cette corrosive fresque d’époque. Joueurs de hockey, vedettes hollywoodiennes et politiciens jouent les protagonistes de cette allégorie d’un univers en voie de disparition. Sans ressentir le «boom» retentissant annoncé par l’artiste, on a bel et bien l’impression d’en observer l’après-coup, de voir scintiller les braises parmi ces décombres fastidieusement classifiés. L’œuvre se présente comme une ultime tentative de comprendre où et comment tout a déraillé, comment la puissante perfection promise par la modernité a pu s’écraser aussi brutalement. À moins, bien sûr, que tout n’ait été qu’artifice dès la première étincelle…

Série Otto Wagner, 2012-2015. Crayon de bois sur papier, page de livre, 28 x 22,8 cm.
Avec l’aimable permission de l’artiste.
Photo: Paul Litherland
En appréciant la démarche de Marc-Antoine K. Phaneuf, on a rapidement le sentiment d’avoir affaire à un art empruntant au Pop Art à la Warhol, particulièrement dans ses qualités picturales et par son interprétation ludique des codes de la culture populaire d’une époque. Le propos post-apocalyptique de l’exposition demeure toutefois résolument contemporain, ce début de 21e siècle carbure aux images de destruction et d’horreur, on les trouve ici détournées par la voie de l’autodérision, s’inscrivant tout à fait dans la lignée du travail antérieur de l’artiste. L’œuvre de MAKP s’apparente également à la poésie de l’artiste aux éditions Le Quartanier. Le tout a quelque chose de l’écriture automatique, de la pensée qui vagabonde librement d’une idée à l’autre, un mot provoquant le suivant, le sens se manifestant dans les interstices et dans le soubresaut de l’ensemble. Chaque image porte en elle une vérité qui ne se dévoile que dans le passage de l’une à l’autre. C’est peut-être finalement ce qui permet l’espoir après l’effondrement: le savoir d’un sens existant hors du matériel, d’une continuité de l’histoire se logeant hors de la mémoire photographique.
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L’exposition Études préparatoires. Dessins d’explosions 2012-2015 de Marc-Antoine K. Phaneuf était présentée du 24 janvier au 21 mars 2015 au centre d’art contemporain Optica, situé au 5445 avenue de Gaspé, espace 106, à Montréal.
Article par Priscilla Lamontagne. Décrocheuse de ses études en art et histoire de l’art, Priscilla persiste à vouloir écrire sur le sujet, pour le simple plaisir de partager sa fascination pour l’art actuel sous toutes ses formes.