L’Homme et la bête. Moby Dick de Bryan Perro et Dominic Champagne au TNM

Du 22 septembre au 17 octobre, le TNM laisse toute la liberté à Moby Dick d’emporter le spectateur dans les profondeurs d’une pièce sombre au récit toujours très actuel.
1 Min Read 0 209

Le rapport de force entre l’homme et la nature est une source continuelle d’inspiration au théâtre et en littérature. Du 22 septembre au 17 octobre, le TNM laisse toute la liberté à Moby Dick d’emporter le spectateur dans les profondeurs d’une pièce sombre au récit toujours très actuel.

Adaptée au théâtre par Dominic Champagne et Bryan Perro, Moby Dick est le fruit de plus de deux ans de travail acharné pour donner vie aux 135 chapitres de la plus importante œuvre de l’auteur américain Herman Melville. Dans cette pièce, la nature ne subit plus passivement les actions de l’Homme. Désormais, les rôles se trouvent inversés: la nature réduit à néant toute tendance humaine à vouloir la dominer. Au fond, Moby Dick confronte l’Homme à ses prétentions de grandeurs, de domination et d’immortalité.

Crédit photographique: Yves Renaud
Crédit photographique: Yves Renaud

Sur la scène du TNM, c’est l’ensemble de la mise en scène qui plonge le spectateur dans l’univers du Péquod, le navire d’un équipage téméraire chargé de sillonner le Pacifique pour chasser la baleine blanche, un animal qui, à l’époque, est l’assise de l’industrie très rentable de l’huile. Aux commandes du navire, le capitaine Achab (Normand D’Amour) n’a nulle autre ambition que de retrouver et de tuer la baleine blanche responsable de la perte de sa jambe et de sa blessure au visage. C’est dans cette aventure périlleuse que se lance Ishmael (Steve Gagnon), un jeune marin las des injustices du monde qui l’entoure.

Lentement mais sûrement, le spectateur est happé par la descente aux enfers d’un équipage emporté dans la rage vengeresse du capitaine Achab. La facture visuelle, la participation des artistes de la compagnie Les 7 doigts de la main, la trame sonore conçue par Ludovic Bonnier et la voix de la baleine blanche chantée par Frédérike Bédard, contribuent à façonner l’univers mythique de la pièce.

Les thèmes sont universels: la montée du capitalisme industriel, l’exploitation massive des ressources naturelles, la soif maladive de l’Homme pour la conquête du monde, le désir de vengeance ou la fuite pour donner un sens à sa vie. Il s’agit là d’un éventail de réalités toujours très actuelles qu’Herman Melville a su reconnaître avant l’heure. Lui-même très sensible aux problèmes environnementaux, Dominic Champagne met l’accent sur le discours quasi prophétique de Melville. L’industrie de l’huile de baleine est un tremplin qui engage une série de questionnements chez le metteur en scène: quand l’Homme se rendra-t-il compte des dommages qu’il cause à son environnement? Que faudra-t-il pour qu’il réalise l’ampleur de sa dépendance à l’exploitation de l’or noir?

Moby Dick est une épopée sombre qui se termine sur un constat sans appel: l’Homme est impuissant face aux forces colossales de la nature. Il doit faire acte d’humilité, mettre de côté son orgueil et son besoin insatiable de domination, puis accepter de vivre en harmonie avec son environnement, à défaut de quoi sa défaite est inévitable.

Moby Dick, une adaptation théâtrale de Bryan Perro et de Dominic Champagne de l’oeuvre d’Herman Melville, est présentée du 22 septembre au 17 octobre 2015 (Supplémentaires les 20+21+22+23 octobre) au Théâtre du Nouveau Monde, dans une mise en scène de Dominic Champagne. Avec Yamoussa Bangoura, Frédérike Bédard, Vincent Bilodeau, Ludovic Bonnier, Jean-François Casabonne, Normand D’Amour, Sylvain Delisle, Steve Gagnon, Tommy Gauthier, Reda Guerinik, Gisle Henriet, Sylvain Marcel, Mathieu Richard, Guillaume Saladin et David Savard.

Article par Matisse Harvey.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM