Et si on éteignait nos téléphones intelligents juste un instant, que nous resterait-il? Cela ne vous donne pas le vertige de penser que nos amours d’aujourd’hui se vivent en majeure partie par le truchement de la technologie? Obnubilés par tous nos gadgets technologiques, nos relations s’effritent à la vitesse du 4G. Et puis que restera-t-il de nous lorsqu’on quittera ce monde, si ce n’est qu’un tas de contacts prisonniers d’un cellulaire enfoui dans notre poche?
Présenté à La Licorne jusqu’au 14 février, Le cellulaire d’un homme mort est le triste récit d’un homme mal-aimé, Gordon (Felix Beaulieu-Duchesneau). Un homme bien entouré, mais qui préfère largement sa vie virtuelle à sa vie réelle. Une vie qui se résume à un travail illégal, une maitresse malmenée, un amour maltraité et une famille oubliée. Un jour, assis à la table d’un restaurant, sa sonnerie de téléphone retentit à de multiples reprises. Non loin de là, une femme (Johanne Haberlin), agacée par le signal, finit par l’interpeller et lui prendre son cellulaire. Elle constate alors le décès de Gordon et se voit dans le besoin d’aider les proches de ce dernier. Pour ce faire, elle se donne comme mission de faire vivre Gordon par l’entremise de son cellulaire jusqu’à la mort de l’objet. En prolongeant la vie physique de Gordon par le biais de sa vie technologique, la femme s’engage au coeur d’un infernal tourbillon de mensonges et de tromperies laissés par l’homme au moment de sa mort. Johanne Haberlin vole la vedette par son jeu. Elle brille aux côtés de la talentueuse mère de Gordon, Christiane Pasquier. Elles sont toutes deux sensibles et éloquentes, leurs interprétations mettent brillamment en lumière les différents enjeux de la pièce.
Le texte de Sarah Ruhl, traduit par Fanny Britt, est riche et sensé. Il permet au spectateur de vivre autant des fous rires, des moments de malaises que des instants de réflexions. Suffit-il de nous rappeler combien nous sommes accrochés à ces technologies futiles au point où nous répondons à leurs alertes peu importe la situation et le moment? Il s’agit pourtant d’une dépendance inutile pour favoriser les vrais contacts humains.
Le texte brillant est malheureusement monté sans éclats. Le décor, simple et peu enchanteur, sert peu la pièce. Quelques murs montés ici et là ainsi qu’une partie surélevée permettent de créer d’autres pièces. Considérant le peu de place que prend la scène dans la salle de spectacle, l’espace aurait pu être mieux investi. La scénographie de Simon Guilbault nous donne à voir un décor peu ergonomique qui semble davantage servir d’obstacle aux acteurs que d’accessoire à leur performance.
C’est le texte, assurément, qui établit le succès de la pièce. Il adresse une puissante critique qui, tout en dénonçant la société contemporaine, tente de redonner sens à nos vies traquées par la technologie. Le cellulaire d’un homme mort est un savoureux mélange qui mérite d’être partagé et vécu.
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Le cellulaire d’un homme mort est présenté à La Licorne, du 20 janvier au 14 février 2014, dans une mise en scène de Geoffrey Gaquère. Tête-à-tête : le jeudi 30 janvier.
Article par Jennifer Pelletier. Étudiante en communication et politique. Amatrice de théâtre.


