Le monde est angoissant pour quiconque prend conscience de sa dégradation. Le monde est angoissant pour quiconque ne sait pas comment le sauver. Parfois l’angoissé a besoin d’une soupape nommée imagination, afin de croire, ne serait-ce qu’un moment, qu’il est possible de réchapper la planète Earth! «Rire pour ne pas défaillir»: voilà ce que nous propose Angoisse cosmique ou le jour où Brad Pitt fut atteint de paranoïa. Dans une mise en scène de Michel Nadeau, Emmanuel Bédard, Claude Breton-Potvin et Hugues Frenette portent le texte de Christian Lollike, un jeune dramaturge contemporain danois, sur la scène de La Licorne jusqu’au 24 mai.

Dehors, les catastrophes, le réchauffement climatique et la surconsommation. À l’intérieur, trois humains qui, comme des milliers, s’inquiètent du sort du monde. Parce que l’homme s’inquiète de la survie de l’humanité. Entre la surconsommation et l’égocentrisme, il trouve encore le temps d’être angoissé par le sort du monde. Mais l’homme n’agit pas. Dehors, la foudre, le déluge et la sècheresse. À l’intérieur, trois individus qui imaginent comment Brad Pitt pourrait changer les choses. La logique est simple, si Brad Pitt est connu, son message sera forcément entendu. Lui seul peut préserver l’environnement et nous protéger du réchauffement climatique et des catastrophes naturelles. Le climat semble être le nouveau gourou des gens riches et célèbres. Honnête constat de notre société moderne. La pièce fait état, une fois de plus, de l’absurdité générale qui habite actuellement le monde. Avec ironie, justesse et ludisme, Christian Lollike traverse le cynisme ambiant et l’inaction tout en se moquant de notre belle volonté idéaliste. L’homme veut sauver le monde, mais le sauveur avec un grand «S» ne viendra pas par miracle. Au final, nous sommes tous une grande pasquinade. Le jeu des acteurs est loin d’être une performance. Les comédiens servent certes le texte, mais les personnages sont sans véritable psychologie. C’est plutôt grâce au sarcasme que la complicité des trois comédiens nous accroche et rythme cette paranoïa collective.

Angoisse cosmique… transporte le spectateur au coeur d’une histoire sans filon temporel. Les comédiens jouent des scénarios que leurs personnages s’imaginent. Les situations sont rocambolesques et discontinues. Seul Brad Pitt persiste, toujours présent, occupé à sauver le monde. Le rythme de la production est parfait et sa mise en scène adroite et astucieuse. Des séries d’images multimédias et d’entrevues sont projetées sur scène. Conçues de belle façon, elles captent l’attention et servent bien le propos du texte. L’idée n’est pas de ressortir de ce «divertissement» transformé, ni de se sentir appelé vers de grands mouvements humanitaires, mais bien de confirmer que la vie en est ainsi, comme le démontre cette conversation d’après pièce: Spectateur A: «C’est tellement vrai, on se désole de la situation mondiale, mais on agit pas pour autant.» Spectateur B : «Oui, mais en même temps, qu’est-ce qu’on peut faire?» …
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Angoisse cosmique ou le où Brad Pitt fut atteint de paranoïa, est présenté au Théâtre La Licorne jusqu’au 24 mai. M.E.S Michel Nadeau
Article par Marie-Michelle Borduas. Animatrice et chroniqueuse radio, amoureuse de théâtre et consommatrice avertie de musique! Je partage mon temps entre tous les théâtres et les salles de spectacles montréalais. 1001 projets parce que la tête bouillonne. Oh et j’ai aussi ce petit papier qui indique: bachelière en journalisme.