Une soupe Lipton sans sel, presque sans goût. Sexe Mania de Guillaume Lapierre-Desnoyers

L’auteur et metteur en scène de Sexe Mania, Guillaume Lapierre-Desnoyers, cherche avec cette oeuvre à livrer quelque chose de nouveau. Il…
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L’auteur et metteur en scène de Sexe Mania, Guillaume Lapierre-Desnoyers, cherche avec cette oeuvre à livrer quelque chose de nouveau. Il nous offre malheureusement tout le contraire, soit un texte dépourvu d’originalité et rempli de clichés: l’histoire d’un gars banal qui tombe en amour avec une danseuse érotique d’un bar de la rue Ontario à Montréal. 

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Crédit photographique: Francis Tousignant

«Lui» est un gars seul qui ne s’est jamais vraiment fait aimer et qui se contente de noyer sa solitude dans des feuilletons télévisés tous les soirs – et ce, dans toute sa profonde nonchalance. Puis, entre en scène «Elle». Cette dernière se retrouve chez son nouveau voisin, «Lui», parce que sa clé s’est brisée dans sa serrure – et ce, dans toute sa profonde détresse. Elle a une robe moulante et des talons hauts roses et elle est profondément dévastée par ses tourments de travailleuse du sexe. Nous sommes dans Pretty Woman! … Mais en moins bon. «Lui» se souvient de cette fille, sa nouvelle voisine, cette danseuse du bar Sexe Mania de la rue Ontario. Il se souvient de son regard, de cette connexion…

Le texte a tout d’ordinaire. On y trouve des petites banalités de la vie, comme ce moment où il lui fait une soupe Lipton poulet et nouilles pour la réconforter. La jeune escorte est contente: elle se souvient du temps où son père lui faisait de la soupe Lipton qu’il cuisinait si bien. On ne comprend pas l’intérêt de ces dialogues qui sont ensuite suivis de répliques crues et révélatrices. L’auteur veut nous faire rire ou nous toucher? Pourtant, les acteurs sont bons. Ils arrivent à créer l’émotion que le texte ne livre pas tout à fait.

Les moments dramatiques sont bien joués. La tristesse et la rage du personnage de Marie-Ève Perron arrivent à nous rejoindre. La vulnérabilité de cet homme sensible qu’interprète Martin Boily est touchante aussi. La mise en scène est correcte. On en déduit que Lapierre-Desnoyers voulait surement nous mettre en scène deux êtres déchirés et seuls qui finissent par se rejoindre dans le même bloc appartement. Un gars plate et une fille qui n’a pas eu de chaleur humaine de sa vie. Le sexe, la solitude, l’amour: voilà les thèmes avec lesquels l’auteur voulait construire un récit nouveau, mais on sort de la pièce déçu.

La scénographie d’Angela Rassenti est réussie. On se retrouve dans l’appartement bordélique de «Lui» avec de la vaisselle un peu partout et un lit empreint de tristesse, de cette solitude de célibataire qui afflige notre héros. Les jeux d’éclairage de Marie-Aube St-Amant-Duplessis et l’environnement sonore d’Alexi Rioux viennent de belle façon appuyer les moments où une ambiance dramatique, ce qui donne, malgré tout, d’intéressantes montées.

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Sexe Mania, texte et mise en scène de Guillaume Lapierre-Desnoyers, avec Marie-Ève Perron et Martin Boily. Présenté à l’Espace 4001 (4001, rue Berri) jusqu’au 26 octobre 2014.

Article par Alexandre Graton – étudiant à l’UQAM, au baccalauréat Communication (journalisme). Alexandre est passionné par la culture, la radio, la philosophie, la psychologie de l’humain et adore le théâtre et le cinéma québécois.

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