Un week-end survolté au OFF Jazz 14

La première fin de semaine de l’OFF Festival de jazz de Montréal a donné la chance à de solides musiciens…
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La première fin de semaine de l’OFF Festival de jazz de Montréal a donné la chance à de solides musiciens d’ici et d’ailleurs de faire valoir leur passion pour le jazz, quel que soit le sous-genre. En tout, huit spectacles ont été donnés (dont deux programmes répétés, ce qui diminue à six spectacles différents) et l’Artichaut a assisté à quatre d’entre eux. De belles découvertes ont été faites lors de cette fin de semaine de l’OFF Jazz 14 chargée en émotions et surtout en jazz de tout acabit.

Crédit photo : Michel Pineault
Crédit photo : Michel Pineault

Cédric Dind-Lavoie Quartet

Le premier spectacle de la fin de semaine était celui de Cédric Dind-Lavoie, contrebassiste expérimenté, et de son quatuor, formé de Rémi Giguère à la guitare, Bertil Schulrabe aux percussions et Annick Beauvais – tenez-vous bien – au hautbois. Cette formation peu conventionnelle pour un ensemble de jazz a offert une prestation appréciée au Résonance Café le samedi 5 octobre, à 17h. Le Cédric Dind-Lavoie Quartet a surpris la centaine de personnes présentes avec un style très proche de la musique du monde. Cela s’explique par le hautbois qui jouait des mélodies rappelant le monde arabe et les percussions légères inspirées d’un style afro-cubain. Le quatuor a joué des styles éclectiques, mais le contrebassiste et compositeur principal gardait efficacement la cohésion dans le groupe. La performance de la jeune formation a été irréprochable : les compositions étaient riches et variées, les solos, bien réalisés et l’ambiance créée était agréable.

Crédit photo : Julie Blanche
Crédit photo : Julie Blanche

Les principaux bémols de l’événement viennent de la salle. Le Résonance Café est trop exigu et la formule «gratuit, contribution volontaire» fait en sorte que tout le monde n’est pas là pour écouter attentivement le spectacle. Beaucoup de personnes parlaient pendant la représentation, ce qui fait en sorte que l’expérience n’a pas été optimale pour les personnes qui n’étaient pas stratégiquement placées devant le groupe. De plus, le volume général de l’ensemble était relativement bas. Cela créait une ambiance plus intime qui aurait ajouté à l’expérience si l’auditoire avait été plus silencieux. Au moins, les spectateurs ont chaleureusement applaudi chaque performance.

Dans un festival comme l’OFF Jazz qui veut se démarquer du Festival international de jazz de Montréal, on a parfois tendance à oublier des petits artistes comme le Cédric Lund-Lavoie Quartet qui font quelque chose de différent. Le comité de sélection a fait ici un choix audacieux d’inviter le quatuor sur scène, puisque celui-ci a exploré une facette méconnue du jazz, avec l’apport efficace des éléments de musique du monde et une instrumentation inhabituelle.

 

Crédit photo : Courtoisie Courtement Communications
Crédit photo : Courtoisie Courtemanche Communications

Chet Doxas Quartet

Plus tard en soirée, l’OFF Festival de jazz s’est poursuivi au Upstairs avec deux performances du Chet Doxas Quartet, à 19h30 et à 21h45. Le saxophoniste montréalais, un habitué de la place, était accompagné de compères new-yorkais soient Matt Stevens (guitare), Eric Doob (batterie) et Zack Lober (contrebasse). Ensemble, ils ont joué des compositions originales. La synergie des musiciens était très bonne et il faut admettre que Chet Doxas a eu de la compétition pour obtenir l’attention du public, puisque son guitariste était d’une intensité impressionnante. Celui-ci, lors de ses solos, fredonnait chacune de ses notes jouées et semblait presque fusionner avec son instrument. Il y avait plus que de la technique dans son jeu… il semblait même émotif à chaque solo. Le leader Chet Doxas a, tout de même, lui aussi su tirer son épingle du jeu lors de ses solos, lui qui avait déjà montré de quoi il était capable avec le Christine Jensen Jazz Orchestra deux jours plus tôt.

Le style du quatuor est un heureux mélange de plusieurs branches du jazz, gardant les meilleurs éléments de chacun. Pare exemple, des mélodies complexes comparables à l’ère bebop, une section rythmique portée vers le fusion et des solos qui semblent à l’occasion inspirés du mouvement free jazz. Dans tous les cas, c’était interprété avec virtuosité et la foule a chaleureusement répondu en applaudissant chaque performance des solistes.

 

Crédit photo : Bud Gaulton
Crédit photo : Bud Gaulton

Jeff Johnston Trio

Le dimanche 6 octobre, c’était au tour du Jeff Johnston Trio de s’approprier le Upstairs pour deux représentations. Le groupe terre-neuvien faisait notamment la promotion de son nouvel album, Returning, et a joué des compositions s’y retrouvant. L’esthétique musicale du trio est simple, mais fort efficace : Jeff Johnston, au piano, joue de belles mélodies, généralement assez apaisantes, alors que le contrebassiste Jim Vivian et le batteur Michael Billard le complimentent de façon discrète. Du moins dans les pièces plus calmes, qui rappellent énormément le smooth jazz. D’autres compositions, plus agitées et plus complexes, ont permis au trio de se dégourdir un peu plus et de montrer sa virtuosité.

Ce qui a manqué ce soir-là, c’est la réponse du public. Même si Jeff Johnston a répété à plusieurs reprises qu’il adorait jouer au Upstairs, la foule présente était lente à applaudir; c’était très différent de l’ambiance de la veille. Peut-être que le trio, qui a opté pour une ambiance bien ficelée plutôt que de la haute voltige musicale, n’a pas impressionné les spectateurs. Tout de même, plusieurs personnes ont remercié personnellement Jeff Johnston et ses musiciens pour leur performance à la fin de la représentation.

 

Crédit photo : Chrissy Cheung
Crédit photo : Chrissy Cheung

Mend Ham

La dernière représentation de la fin de semaine était celle de la formation Mend Ham, composée des free-jazzmen Joshua Zubot au violon, Jason Sharp au saxophone baryton, Isaiah Ceccarelli à la batterie et Nicolas Caloia à la contrebasse. Ce groupe a offert une performance bien sentie et surtout chargée en longues improvisations à partir de 22h30 à la Casa del Popolo.

Les amateurs du style free jazz et de l’avant-garde ont à coup sûr été servis avec la performance de Mend Ham, mais ce style ne s’adresse vraiment pas à tous. Après un thème fixe et relativement mélodique, cela ne prenait pas de temps pour qu’un ou plusieurs musiciens ne tombent dans une improvisation où toutes les sonorités sont exploitées au maximum. Par exemple, le violoniste frappait ses cordes avec son archet, jouait en dessous des cordes, alternait rapidement entre des coups d’archet et des pizzicati (jouer avec les doigts), etc. Chaque musicien a exploité des sonorités inusitées de leur propre instrument, mais c’était rarement très mélodique, surtout lorsque les quatre s’y mettaient en même temps. C’était de loin le spectacle le moins accessible pour le grand public présenté cette fin de semaine, mais le free jazz demeure une facette très présente de cette famille musicale et a bel et bien sa place au OFF Jazz 14.

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L’OFF Festival de jazz de Montréal est en cours depuis le jeudi 3 octobre dernier et se poursuivait jusqu’au samedi 12 octobre. Vous pouvez lire un compte rendu du spectacle d’ouverture pour ne rien manquer de la couverture de du festival par l’Artichaut.

Article par Olivier Dénommée. Ancien étudiant en à peu près n’importe quel programme d’art au cégep, le voilà maintenant étudiant de deuxième année en journalisme à l’UQAM. Considéré par quelques personnes le hippie de sa cohorte, sa passion des arts ne se dément toujours pas.

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