L’héroïne en format générique. Héroïne(s) d’Artiste inconnu à La Chapelle

Artiste Inconnu est une compagnie multidisciplinaire qui s’intéresse aux êtres marginalisés et aux thèmes controversés. Elle s’attaque cette fois à l’histoire de trois femmes qui se revendiquent « héroïnes ». Héroïne(s), une pièce où l’on veut montrer beaucoup, mais d’où l’on ressort avec très peu.
1 Min Read 0 167

Artiste inconnu est une compagnie multidisciplinaire fondée en 2013 qui s’intéresse aux êtres marginalisés et aux thèmes controversés. Elle s’attaque cette fois à l’histoire de trois femmes qui se réclament «héroïnes» (la drogue, et non le superhéros) et qui nous partagent leur réalité. Héroïne(s) est une pièce où l’on veut montrer beaucoup, mais d’où l’on ressort avec très peu.

Crédit photographique: Justine Latour
Crédit photographique: Justine Latour

Nicolas Berzi, qui nous avait donné Peep Show au début de l’année, revient cette fois avec trois voix de femmes qui vivent une dépendance à l’héroïne. Une mère d’un enfant intoxiquée dans la mi-trentaine, une jeune trentenaire sans amie, sans désir de la vie, puis une «trans» que l’on pourrait davantage associer au travestissement ou au cross-dresser qu’à une transfemme. On sent bien la touche de Berzi dans le spectacle, avec des éléments récurrents comme l’utilisation massive du bois en tant que matériel fondateur et la perruque blonde courte. J’en suis même venue à me demander si la perruque courte que Pascal Contamine portait n’était pas la même que celle utilisée pour Peep Show. Je précise «courte» pour ne pas confondre avec le Peep Show de Marie Brassard, où Monia Chokri portait elle aussi une perruque blonde, mais longue. C’était il n’y a pas si longtemps à l’Espace Go.

La mise en scène d’Héroïne(s) est vaste et impressionnante. Un gigantesque mur de bois contre-plaqué, coupé en pente de 45 degrés, se terminant par une section plane aux pieds des spectateurs. Trois boîtes du même matériaux, d’où sortent les personnages comme d’un cercueil. De petites caméras et micros, installés à l’intérieur des cercueils pour tout entendre et vivre ce qui se passe avec les «mortes» en direct. De grandes projections sur les murs et les planchers qui montrent ces visages vides des femmes déchues. On fait partie de ce tunnel multimédia sans fond, qui tourne et tourbillonne jusqu’à donner sérieusement l’impression d’être avec eux, sous les effets de la drogue.

L’utilisation fréquente des chœurs aplatit beaucoup la représentation. Les tons très sobres et calculés deviennent lassants et assez longs. Ils semblent chercher l’unisson plutôt que le senti, mais la superposition des voix est difficile et les jeux de chœur sont peu efficaces pour exposer les relations des personnages. Les monologues, dans lesquels on explique les histoires de chacune, n’attirent pas particulièrement la sympathie puisque l’intérêt de la pièce et du texte réside justement dans les interactions entre ces femmes. Lorsque celles-ci attendent (ce qu’elles attendent est ouvert à interprétation), elles discutent et ce sont ces dialogues-là qui révèlent une autre sensibilité ignorée jusque-là. On a accès à ce moment à l’intimité et à la vulnérabilité des personnages. Un moment où l’attention est dirigée non plus sur les effets visuels, mais tout simplement sur le regard de ces femmes déchues. Elles iront jusqu’à interagir directement avec l’auditoire pour jouer aux devinettes et poser des questions difficiles, voire impossibles à résoudre.

Crédit photographique: Justine Latour
Crédit photographique: Justine Latour

La fin cherche à nous faire réfléchir. Sortant de la peau de leurs personnages, les trois comédiens Livia Sassoli, Marie-Laurence Lévesque et Pascal Contamine parlent de la dépendance, qui habite tout un chacun de façon différente. Déposant leurs costumes, s’habillant en «eux-mêmes», ils deviennent soudainement les porte-paroles de ces dépendances. On termine en se disant que l’héroïne n’est qu’une drogue parmi d’autres et que nous vivons avec elle malgré nous. Le tout s’affaisse tranquillement, par une répétition des chœurs, encore une fois malhabiles.

——
Héroïne(s), d’Artiste inconnu, était présenté du 12 au 21 novembre 2015 au Théâtre La Chapelle dans un test et une mise en scène de Nicolas Berzi. Avec Pascal Contamine, Livia Sassoli et Marie-Laurence Lévesque. Cliquez ici pour lire une critique du spectacle Peep show, autre création de la même compagnie, un article signé Jasmine Legendre.

Article par Marilyne Lamontagne.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM