Affaire méta faite de foam – Le spectacle, au Théâtre La Licorne

La compagnie de théâtre Le Projet Bocal a cette rare qualité d’être là où on ne les attend pas, mais surtout de s’y maintenir. Depuis la création de la compagnie en 2011, à leur sortie du conservatoire d’art dramatique de Montréal, Sonia Cordeau, Simon Lacroix et Raphaëlle Lalande ont écrit trois spectacles qu’ils ont aussi mis en scène et dans lesquels ils jouent. Pour leur troisième œuvre, Le Spectacle, leur complice Yves Morin se joint à la distribution.
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La compagnie de théâtre Le Projet Bocal a cette rare qualité d’être là où on ne les attend pas, mais surtout de s’y maintenir. Depuis la création de la compagnie en 2011, à leur sortie du conservatoire d’art dramatique de Montréal, Sonia Cordeau, Simon Lacroix et Raphaëlle Lalande ont écrit trois spectacles qu’ils ont aussi mis en scène et dans lesquels ils jouent. Pour leur troisième œuvre, Le Spectacle, leur complice Yves Morin se joint à la distribution.

Crédit photographique: Hugo B. Lefort
Crédit photographique: Hugo B. Lefort

J’ai eu la chance d’assister à leur première pièce intitulée Le Projet Bocal, présentée à La Licorne à l’hiver 2013. Déjà, ils se démarquaient de la scène théâtrale montréalaise par leur style unique et leur humour farfelu. Pour Le Spectacle, ils restent dans les mêmes tonalités absurdes. Un décor d’une blancheur absolue nous attend dans la salle et les seuls accessoires sur scène sont trois simples cubes tout aussi blancs. On apprendra d’ailleurs que ce décor à tendance futuriste est en fait composé de foam (polystyrène), grande invention des temps modernes reconnue pour sa légèreté, ses propriétés isolantes et son incapacité à se biodégrader, nous expliquent-ils!

Crédit photographique: Hugo B. Lefort
Crédit photographique: Hugo B. Lefort

Dès leur arrivée en scène, ils donnent le ton. Ils font un aparté où ils commentent, tel un spectateur averti, leur propre entrée dans le noir et la raison du choix artistique de l’étrange position dans laquelle ils sont placés lorsque les lumières s’ouvrent. Décrire la suite ou en faire un résumé serait un exercice plutôt long et incongru. Une liste serait plus simple, mais surtout plus à l’image des rapides changements de scènes qui rythment la pièce et qui nous rappellent notre quotidien rempli de cette multitude d’informations qui sursollicitent notre cerveau et nous étourdit.

Une particularité de leur écriture est le fait qu’on change de scènes en détournant un mot ou une action de son sens initial. La pièce progresse ainsi tel un long cadavre exquis dans lequel nous sommes entraînés. Plusieurs personnages reviennent tout au long du spectacle, ce qui crée une série de gags autoréférentiels qui nous donnent des points de repère dans toute cette folie. Un des personnages redondants est Pierre Lebeau. Il devait ouvrir Le Spectacle avec un monologue d’une profondeur indescriptible, mais on l’a oublié par mégarde. On verra à quelques reprises Marie-Antoinette, curieuse d’en apprendre plus sur le foam, de la bouche de notre Garou national. Aussi, un robot traverse la scène à plusieurs reprises sans dire un mot, brisant l’action tout en créant un moment d’un silence étrange et provoquant les fous rires de l’assemblée.

Crédit photographique: Hugo B. Lefort
Crédit photographique: Hugo B. Lefort

Le Spectacle fait office de mouton noir dans la programmation théâtrale montréalaise et agit comme un vent de fraîcheur. Je repense à mes premières découvertes du théâtre contemporain plusieurs années après avoir expérimenté uniquement des reprises intégrales de Molière, toutes identiques, comme si nous étions encore au XVIIe siècle. Je ne doute pas de la pertinence de ces mises en scène, mais je regrette de ne pas avoir eu droit à un portrait mieux brossé du théâtre actuel plus tôt. Je garde encore aujourd’hui des souvenirs forts et remplis d’émotions de pièces qui sont venues briser les clichés que j’avais de ce qu’était le théâtre. Une des beautés de ce spectacle est qu’il vient à la fois satisfaire et éblouir un public varié : Celui dont le baptême théâtral est déjà fait depuis longtemps, mais aussi les néophytes pour qui le théâtre ne peut pas se permettre de perdre l’intérêt si tôt. Ce soir-là, on pouvait voir une foule très diversifiée, allant des étudiants venus assister à la pièce pour un cours, jusqu’aux têtes blanches. Assise à l’arrière, j’ai pu à la fois voir les épaules frémir de rires plus discrets et entendre les spectateurs rire de bon cœur. La foule semblait avoir bien saisi et apprécié l’humour intelligent des trois créateurs. C’est dire qu’il touche une foule large qui demande à parfois être divertie avec bon goût et qui est prête à recevoir du matériel incongru et inattendu.

Crédit photographique: Hugo B. Lefort
Crédit photographique: Hugo B. Lefort

Le Spectacle vaut définitivement le détour. La pièce maintient bien le rythme, parfois saccadé dans l’enchaînement des courtes scènes, mais s’essouffle vers la fin où, soit la quantité de blagues ralentit, ou la redondance de certains d’entre eux finit par ne plus nous faire autant d’effet. Reste que globalement, Le Spectacle est tout à fait dans la lignée du Projet Bocal qui désire présenter un théâtre accessible à tous par un humour intelligent et déjanté.

Le spectacle avait lieu du 14 au 22 décembre 2016 au Théâtre La Licorne.

Article par Sara Sabourin.

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