Proposition pour un renouveau du Bye Bye, comment je suis mort de rire. L’assassinat du président de Olivier Morin et Guillaume Tremblay

Cette année, je propose que le Théâtre du Futur s’occupe du Bye Bye. Il faut se le dire, depuis quelques…
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Cette année, je propose que le Théâtre du Futur s’occupe du Bye Bye. Il faut se le dire, depuis quelques années, la formule n’est plus aussi relevée, épargne trop facilement ou verse dans le mauvais goût. Maintenant que j’ai vu de quoi Olivier Morin et Guillaume Tremblay sont capables, je propose d’en finir avec nos lamentations et d’opter tout de suite pour cette solution miracle à la pénurie d’humour grinçant qui frappe nos temps des fêtes. Il leur resterait quoi? Quatre mois? C’est bien plus que les dix jours de campagne électorale qu’ils ont laissés à leur personnage, Gilles Duceppe, pour convaincre une fois pour toutes les Québécois de faire un pays. De toute façon, vu leurs ressources, c’est loin d’être impensable. Pétionnons, chers amis, l’humour de bas étage a fait son temps.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

Pour vous convaincre de la valeur de cette idée (qui n’est pas si farfelue), il n’y a qu’à aller voir L’assassinat du président, la plus récente production du Futur. Après Clotaire Rapaille, l’opéra-rock, l’audacieuse compagnie se projette en 2022 pour raconter l’ultime quête de Gilles Duceppe pour mener le Québec à l’indépendance. Retiré en Suisse depuis le massacre du Bloc par le NPD, celui-ci coule des jours heureux jusqu’au moment où une journaliste lui explique qu’il n’a jamais su s’exprimer clairement. Dès lors, le chef déchu se sent investi de sa dernière grande quête.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

Mais le Québec a beaucoup changé depuis le départ de Duceppe. La CAQ, François Legault et son option « Peut-être » remportent plus de 70 % des suffrages aux référendums annuels qu’ils organisent pour ridiculiser les derniers souverainistes. Stéphane Gendron est devenu premier ministre, Serge Postigo est l’un des seuls comédiens à ne pas avoir pris la fuite à l’étranger et Biz est devenu chef du Oui. Autant parler de paysage post-apocalyptique. Avant de se lancer dans la mêlée, Duceppe s’attaque à ses problèmes de diction avec l’aide de Postigo, recyclé dans la comédie musicale. Mais déjà, la menace se fait sentir, de mystérieuses souffleuses commanditées tentent de réduire le chef à l’impuissance.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

Toujours dans cette esthétique de revue de l’année à l’humour décapant, le Théâtre du Futur pousse l’anticipation encore un peu plus vers l’absurde. Personne n’est épargné. Pauline Marois se transforme en mystérieuse informatrice sexy, Roy Dupuis en demi-dieu des rivières, Mario St-Amand en coqueluche du Oui. On ne fait pas dans la demi-mesure, les répliques cinglent et exécutent, rythmée par le riche environnement sonore de Navet Confit. Le délire est complet et parfaitement jouissif. Narration , retours en arrière, scènes d’ambiance, tout s’enchaîne à un rythme irréprochable.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

La distribution, composée de cinq comédiens, se déplace de tout bord tout côté, alternant bruitages évocateurs et interprétations innombrables. C’est le Québec en entier que l’on voit défiler sous nos yeux. Chacun campe en série des tonnes de personnages différents, aisément distinguables l’un de l’autre et si travaillés que l’on a rapidement le vertige pour eux. Catherine Le Gresley impressionne en prenant les traits de Pauline et Yolande (la femme de Gilles). Mathieu Quesnel fascine en Biz autant qu’en Roy Dupuis. Guillaume Tremblay se paie bien la tête de Serge Postigo et Navet Confit quitte à l’occasion son ordinateur pour se joindre à des choeurs ou lancer quelques répliques. Mais le plus étonnant, c’est la facilité avec laquelle Olivier Morin livre son Gilles Duceppe. Son imitation tromperait aisément Yolande tant la voix s’approche de l’identique, les yeux sont toujours pénétrants et les rictus confondants. Une interprétation du plus haut calibre.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

Dans la petite salle Jean-Claude Germain de Théâtre d’Aujourd’hui, la catharsis est complète. Le blender qui trône au centre de la scène ne cesse de se faire joyeusement aller pour offrir la plus drôle des boucheries politiques. À un certain moment, il faut se rappeler à soi-même de respirer tellement on se marre, essuyant les larmes qui coulent au coin de nos yeux. Le rire est général, partagé. C’est pour ne pas trop en pleurer, vu la quantité incroyable d’absurdités dont recèle l’actualité politique québécoise.

L'Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)
L’Assassinat du président (Crédit photo Dominique Bernier)

Et les bémols dans tout ça? Un seul et on le pardonne aisément. On se serait bien passé de l’épilogue canin, sommet de l’absurde flirtant gentiment avec le cabotinage bien intentionné. Vous n’êtes pas certains de comprendre? C’est normal, vous verrez bien ce que je veux dire en allant voir par vous-même. Je ne peux tout de même pas tout vous raconter! Déjà que je viens de vous donner la solution miracle pour sauver le Bye Bye.

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L’assassinat du président d’Olivier Morin et Guillaume Tremblay est présenté du 3 au 21 septembre 2013 à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui. M.E.S. Olivier Morin.

Ce spectacle participe au programme Carte Prem1ères, leurs abonnés bénéficient d’un rabais de 50 % sur le prix de leur billet durant la première semaine de représentations. Abonnez-vous et soutenez le théâtre émergent!

Thomas Dupont-Buist

Jadis sous les projecteurs, il lui aura fallu un certain temps pour se rendre compte que l’on était finalement bien mieux parmi le public, à regarder le talent s’épanouir. Un chantre des arts de la scène qui aime se dire que la vie ne prend tout son sens que lorsqu’elle a été écrite.