Jérôme Minière danse avec les machines

Jérôme Minière était en concert à l’Astral vendredi le 8 novembre pour la première fois depuis que son dernier album Jérôme Minière…
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Jérôme Minière était en concert à l’Astral vendredi le 8 novembre pour la première fois depuis que son dernier album Jérôme Minière danse avec Herri Kopter a été sacré meilleur album électronique de l’année à l’ADISQ. Il a livré une performance énergique en formule combo avec La Bronze dans le cadre de cette 27ème édition de Coup de cœur francophone.

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(c) Mylène Brisson

Une foule trop éparse à assisté à ce spectacle haut en rythme, en projections et en chaleur. La salle de l’Astral fut boudée, mais les quelques courageux ayant bravés le froid sont ressortis heureux, le cœur battant au rythme des batteries et des synthétiseurs. Les années d’études de Minière en cinéma se font sentir dans ce spectacle qui prend les allures d’une œuvre cinématographique. On le sait, l’artiste prise toujours une thématique pour structurer ses albums. Son album précédent portait sur l’économie de marché. Cette fois-ci, il aborde doucement, mais sûrement la technologie. Il constate que le mariage de cette dernière avec notre société moderne mène au meilleur comme au pire… «On parle de notre rapport aux machines. On se transforme à travers elles et elles se transforment à travers nous. Ça pose des questions, mais ça ne donne pas forcément toutes les réponses», lance Jérôme Minière.

CCF 2013
(c) Jean-François Leblanc – Agence Stock

Le musicien débute son spectacle avec un souci de mise en scène. Seul son visage est éclairé par la faible lumière d’une tablette électronique. Il récite alors d’une voix atone un texte contestant la trop grande importance des technologies dans nos vies. Le récit apathique d’un homme qui s’asservit à une machine pour ne plus répondre qu’à des réflexes artificiels et automatiques avec, en arrière-plan, une musique électronique. Ce préambule haut en contraste était une idée brillante et a tout de suite capté l’attention du public. Minière s’est servit d’un extrait d’un article rédigé par Fabien Deglise pour Le Devoir. «Je l’avais épinglé en haut de ma table de travail, mais je ne l’avais jamais utilisé plus que ça. Quand je suis retombé dessus, j’ai trouvé que ça présentait parfaitement mon sujet.»

C’était la première fois que Jérôme Minière tâtait le pouls du public avec les nouvelles chansons de son dernier album, qu’il a réalisé avec les collaborations inusitées de plusieurs artistes. Il se dit chanceux que le Coup de cœur francophone lui ait permis de transposer l’expérience du projet collectif à la scène. À chaque nouvelle composition, la salle retenait son souffle durant quelques secondes d’anticipation et regagnait de l’énergie alors que Minière lui offrait des duos plus exquis les uns que les autres. Les interprètes Fanny Holder (chanteuse et compositrice du groupe Random Recipe), qui a prêté sa voix à «We Machinize»; Ariane Bisson McLernon (Alice & The Intellects), qui est venue ajouter une touche anglophone au spectacle du français d’origine; et Dawn Cumberbatch avec sa voix soul qui a réchauffé la salle quand elle s’est mise à chanter «Music Automatic», ont prouvé que Jérôme Minière était à la hauteur du pari qu’il s’était lancé.

Après cette dernière chanson enlevante, Jérôme Minière, moqueur, s’est à demi offusqué que la foule n’ait daignée danser. «Ce soir c’est quand même une soirée dansante, d’ailleurs la preuve c’est que vous êtes tous assis», a-t-il lancé devant un public charmé. Il réitéra la boutade plus tard. «Vous dansez dans votre tête, c’est ça?» Dira-t-il, complice. Et il avait raison. Si le peu de monde présent au spectacle et le trop grand nombre de chaises disposées sur le parterre ont refroidi les ardeurs des danseurs, Minière a néanmoins su gagner notre sympathie et réchauffer nos neurones.

CCF 2013
(c) Jean-François Leblanc – Agence Stock

Depuis la sortie de son dernier album, Minière a passé beaucoup de temps a concocter des petites vidéos maisons inspirées par certains titres de l’album en se servant d’images d’archives libres de droit ou dont l’usage est autorisé en vertu d’une licence Creative Commons (CC). Sa démarche s’articule notamment autour de notre rapport au droit d’auteur. Ces images ont animées la toile de fond du spectacle, donnant vie à ses chansons, faisant parler sans les entendre des personnes ayant existé, archives d’un autre monde. L’album de Minière se caractérise également par une mise à l’avant-plan du texte. «Je n’ai pas une grande voix. Si je suis monté sur scène, c’est pour raconter des histoires», confie-t-il. On peut donc retrouver dans l’album des pièces entièrement instrumentales comme Pièces jointes et d’autres où la musique et l’ensemble de la composition s’organisent autour du texte. L’artiste pluridisciplinaire dit travailler sur plusieurs projets en même temps. Musique de films, théâtre; rien ne l’arrête! Il compte aussi sortir un album au plus tôt fin 2014, d’ici là, on peut danser avec Herri Kopter.


La Bronze

La Bronze (Nadia Essadiqi, voix et percussions) accompagnée de Jean-François de Bellefeuille (claviers) et de Franklyn  «Funk Lion» (guitare électrique) a entamé avec force la première partie de ce spectacle. Elle nous a fait passer par une intéressante gamme d’émotions grâce à des paroles à la poésie crue et aux histoires criantes de vérité. «J’aurais voulu être celle que tu te shoot dans les veines, qui te fait rugir quand elle te dit des choses, qui portes le nom de ton chat […]», chante-t-elle de sa voix sensuelle et habitée. Avec un charisme évident, elle invite la foule à se laisser aller à vivre un moment de «communion» en reprenant le refrain «Tes cheveux de feu», tiré d’une des chansons de son EP sortit en Février 2012.

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(c) Mylène Brisson

La moitié des chansons de son programme de la soirée se retrouveront également sur un album complet à sortir au printemps 2014. Une musique aux accents trip-hop, des beats de pop et des accents rock, c’est le cocktail original que nous offre la Bronze. Le nom vous étonne? Quand on lui pose la question elle dit qu’elle l’a choisit «pour la poésie que ça évoque, le côté rough et doux à la fois». Cette jeune artiste incarne la femme maître d’elle-même, assumée, complète. On dit d’elle qu’elle est une «panthère urbaine» et on comprend le sens de cette expression lorsqu’on la rencontre en personne. Quand est venu le temps de la dernière chanson, on était surpris, on avait pas vu le temps filer et on en aurait redemandé…

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Lisez également le portrait complet de La Bronze, Nadia Essadiqi, alias La Bronze : «La scène est véritablement mon endroit préféré au monde.», par Isabelle Langlois.

Article par Ariane Brien-Legault – Passionnée d’art, de culture et de l’être humain dans toute sa complexité, Ariane Brien-Legault est rédactrice en chef du pupitre cinéma pour l’Artichaut, journaliste-pigiste à NIGHTLIFE.CA, chroniqueuse à CIBL et l’auteure du blogue EXO. Elle étudie actuellement en Communications journalisme à l’UQÀM.

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