Bien que sa tournée avec Dumas ait été dramatiquement écourtée par des péripéties dignes d’un film américain, Nadia Essadiqi du groupe électrorock La Bronze ne sombre pas pour autant dans la morosité. Voyage dans l’univers texturé, métallique et onirique d’une artiste complète et complexe.
Pour Nadia Essadiqi, créer est sa routine au quotidien. Touche à tout, elle ne s’arrête pas à la musique, mais accumule les disciplines: comédienne, percussionniste, compositrice, poète, danseuse, dramaturge, chanteuse, tout y passe! «Pour moi, la complémentarité est essentielle», dévoile la Québécoise.
Les rythmes de la Bronze ont été entendus partout cet été que cela soit au festival OFF, aux Francofolies, au festival Franco-Fête de Toronto ou dans le fond du bois. Faisant de la première partie de Dumas dans le cadre du RIME (Réseau Indépendant de la Musique Émergente), Nadia Essadiqi a parcouru les régions de la province. Son épopée québécoise s’est toutefois interrompue à la moitié. Difficile à croire, mais le président du RIME s’est sauvé au bout du monde avec les dépôts de garanties faits par les municipalités pour des spectacles à venir.

Ce n’est pas le raccourcissement de la tournée qui a inquiété le plus Nadia, mais bien l’avenir du prochain disque de La Bronze. «C’est plus dur de travailler sur le projet puisqu’il y a tout un remaniement à faire et beaucoup de démarches à reprendre. Au moins, le matériel est là pour produire un album, rassure-t-elle. Il ne reste qu’à s’occuper du reste.» Prévue au départ au printemps 2014, aucune date n’est maintenant fixée. «Nous avons déjà de nouvelles chansons et on en jouera quelques-unes pour la première fois sur scène le 8 novembre à l’Astral dans le cadre du Coup de cœur francophone.»
Le prochain album sera une continuité du second en plus électro. «On reste dans le même univers onirique, mais je peux dire qu’il sera humblement plus mature, concède Nadia. Les textes vont droit au but.» Pour elle, cette maturité suit la courbe naturelle du développement artistique. «On évolue vers mieux et c’est ce que devrait aspirer tout artiste», ajoute-t-elle.
D’ailleurs, les mots de Nadia Essadiqi ne se retrouvent pas seulement dans les textes poétiques de ses chansons. Ayant écrit jadis pour le magazine Urbania, elle fait également dans la dramaturgie. «En décembre dernier j’ai présenté dans le cadre du spectacle Les Laissés Pour Contes au Théâtre de l’Esquisse ma première courte pièce du nom de C’est pas triste. J’écris toujours un peu, que cela soit des poèmes, des paroles de chansons ou des pièces de théâtre. Je compte bien me concentrer sur un autre projet du genre bientôt», annonce-t-elle, enjouée.

Toujours accompagnée de deux danseuses, l’énergie véhiculée sur scène est d’une grande importance pour Nadia. Ayant fait quelques cours de danse, lors d’un spectacle elle quitte souvent les percussions et le micro pour se mêler à la chorégraphie. «La scène est véritablement mon endroit préféré au monde. Je m’y sens libre et privilégié. Ce que j’aime le plus c’est ce sentiment de partage unique. Je fusionne avec la musique et je me lâche!»
Pour se lâcher, il n’y a rien de mieux que de bien se défouler. À cet égard, les membres du groupe ont un rituel avant chaque spectacle. «C’est un gros réchauffement ludique où l’on invente chacun un mouvement. Ça devient souvent très cardio et ça permet de décompresser. Bref, c’est notre petit rite païen», s’exclame Nadia en riant. Son ton laisse deviner l’importance qu’a sa troupe pour elle.

Ayant fait des apparitions dans 30 vies, Virginie ou le film Incendies de Denis Villeneuve, Nadia joue dans la cour des grands cet automne. Elle incarne le rôle d’une astronaute dans Projet M, une web-série de science-fiction québécoise. On pourra la voir dès novembre à Ztélé aux côtés de Julie Perreault, Jean-Nicolas Verreault et Pierre Verville. «Le jeu ne demande pas le même travail créatif que la musique. Cependant, c’est tout de même une autre manière de satisfaire mon besoin de créer. Je ne me sens pas coincé dans un rôle et au contraire j’aime y donner ma couleur. Je tente d’y mettre une part de moi-même puisqu’un personnage n’est jamais unidimensionnel», explique-t-elle. Nadia a également participé à Quart de vie, une web-série qui sera en ligne au début de mars 2014 sur Tou.tv.
La Bronze a été en tournée en Gaspésie pour deux années consécutives et a fait beaucoup de spectacles en régions cet été. «La nature est à la base de tout pour moi. Les paysages nourrissent mes plus grandes inspirations, donc j’adore pouvoir mélanger musique et nature», évoque-t-elle. Pour le moment, les œuvres du photographe Théo Gosselin inspirent le plus la chanteuse qui se gave d’arts visuels, de peintures et de clichés. «Je mets souvent des mots ou des sons sur une image, admet-elle. L’inverse est tout aussi vrai.»
Sans aucun doute, Nadia Essadiqi porte un grand soin à l’esthétisme de ses créations. «Avec ma musique, mes mots, mes mouvements de danse, je veux créer des univers. Je veux rejoindre tous les sens», conclut-elle.
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La Bronze, qui sortira un nouvel album au printemps 2014, sera en spectacle le 8 novembre à l’Astral dans le cadre de Coup de coeur francophone.
Article par Isabelle Langlois. Isabelle est étudiante en journalisme à l’UQAM et collabore par conséquent dans quelques médias de l’université comme le Montréal Campus et l’Artichaut.