La danse urbaine de la rue à la scène. Critique de la soirée 100LUX

Dans la visée éditoriale de l’Artichaut qui est de promouvoir les arts et spectacles les plus méconnus, voici un aperçu…
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Dans la visée éditoriale de l’Artichaut qui est de promouvoir les arts et spectacles les plus méconnus, voici un aperçu de la soirée de 100Lux, La danse urbaine; de la rue à la scène. Regard sur une relève de la danse urbaine à Montréal sous l’inspiration de la dualité.

100Lux est un organisme à but non lucratif, dirigé par Axelle Munzero et Martine Bruneau, qui désirent, pour la deuxième année, créer un pont entre le public et les danseurs de rue. L’événement de samedi soir dernier, au théâtre rouge du conservatoire de musique et d’art dramatique de Montréal, consiste à donner la chance aux jeunes artistes de danse urbaine de pousser la réflexion sur leur pratique artistique à un niveau où ce style peut rarement le faire.

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Une soirée urbaine

La soirée fût divisée en sept courtes chorégraphies différentes. Chacune d’entre elle était le fruit du travail de divers artistes choisis par un comité de sélection lors de la déposition de candidature, un an auparavant. Malgré les nuances et les approches diverses, un thème récurent pu être souligné : un intérêt pour la dualité. Celui-ci fût visité et revisité de plusieurs façons au courant de la soirée. Tout d’abord, le public eut droit à une dualité envers l’individu et ses démons intérieurs de la part de Kate Alsterlund, ainsi qu’un dualisme et une fusion entre deux univers artistique : la danse de rue et la musique métal, de Kevin Tremblay. Sous l’atmosphère d’un spectacle de marionnette, la dualité entre le besoin de danser et les barrières du domaine de la danse poursuivirent le spectacle avec le duo Ja Britton Johnson/Caroline Fraser. Le numéro suivant eu comme ligne directrice un affrontement entre l’instinct et le contrôle part l’artiste et professeure Axelle Munezero. La rencontre entre la simplicité et la complexité autour du «black and white cookie» de New York a apporté le duo Mecdy Jean-Pierre et Céline Richard-Robichon a permis de repenser la sur-analyse dans le monde de la danse. Le dernier numéro, d’Étienne Lou, pourrait être caractérisé comme un mélange entre la danse, la poésie et le théâtre avec une pointe de nationalisme.

crédits: 100LUX.ca
crédits: 100LUX.ca

La dualité a flirté avec une multidisciplinarité intéressante. On amène la danse urbaine sur scène et on s’inspire des autres arts qui y sont habituellement présentés. L’utilisation de la musique rock était un risque dont la réussite est dû à l’équilibre des atmosphères du locking[1] et de la musique rock. Le récit, le poème et le jeu théâtral furent aussi de la partie. Quelques fois, le jeu était plus faible et venait détériorer l’ensemble d’un numéro.

La musique et la danse

Le public eut aussi droit à une illustration du fait que la danse n’est pas toujours interdépendante de la musique ni, surtout, d’un style musical en particulier. Malgré la prédominance du style hip-hop, il y eut tout de même plusieurs contrastes intéressants, ce qui a eu pour effet de démontrer un certain rejet des conventions établies du milieu, du mouvement et du style. Le public eu droit à du hip-hop, évidemment, mais aussi à du métal, un peu de jazz et même des bruits de la nature ainsi que de la poésie. Le silence fit également une brève apparition. Pourtant, il aurait été digne d’intérêt de pousser le travail plus loin pour ne rythmer les mouvements qu’à l’aide de la respiration des danseurs.

Mention d’honneur

crédits: 100LUX.ca
crédits: 100LUX.ca

Évidemment, certains numéros furent plus intéressants, plus captivants que d’autres. La surinterpétation de certains pouvait déplaire, la justesse du jeu, de d’autres, était touchante. Le manque d’humilité qui se fait ressentir dans l’énergie du danseur fut aussi un tue-l’amour, par moments. Il est tout de même à noter le travail de deux jeunes diplômées en danse de l’UQAM, Christina Paquette et Marie-Reine Kabasha. Leur numéro provoqua un silence entrecoupé d’exclamations d’éblouissement. Il fut question d’une dualité entre deux styles de danses urbaines dans l’espoir d’en former un nouveau. Il s’agissait d’un embryon de recherche d’un style unique et multidisciplinaire. Le waacking[2] sans fin presque hypnotisant de la part de Marie-Reine Kabasha et une complexité rythmée du travail au sol de Christina Paquette se lièrent à une écoute entre les deux danseuses pour former un numéro prenant. L’écoute du corps de l’autre danseur prend tout son sens lorsqu’il est question de la justesse et l’exactitude de ce numéro. Elle le rend organique. L’interprétation des pas et l’émotion des danseuses ne viennent pas du jeu de personnages. L’émotion de TNM (inspiré de Tina n’ Marie) venait de l’exécution des mouvements eux-mêmes.

Grâce à la période de questions et de réponses qui suit le spectacle, qui cette fois tourna plutôt au partage d’émotions des spectateurs et aux récits de la journée de ceux-ci, l’événement offre la chance au public de s’ouvrir et de partager au sujet de la danse de rue. Il permet aussi aux danseurs urbains de pousser leur réflexion sur la danse urbaine et de présenter leur travail en salle. Si les artistes se battent pour démocratiser la danse et l’apporter dans les rues, pourquoi ne pourrions-nous pas entamer le mouvement inverse pour les danses de rue? Ainsi, y aurait-il, peut-être, un questionnement encore plus profond concernant cette démocratisation?

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La danse urbaine de la rue à la scène
était présenté le 16 novembre 2013 au 
Théâtre rouge du Conservatoire d’art dramatique de Montréal.

100Lux est un organisme à but non lucratif. Organisatrices : Axelle Munzero et Martine Bruneau


[1] Le locking est très expressif. Il se danse principalement avec le bassin, les pointes et les expressions du visage. Un des mouvements de base est le « pointage », de l’anglais pointing. Il consiste au fait de pointer. Ce geste provient de l’affiche de recrutement pour l’armée américaine où l’on voyait l’Oncle Sam pointer le spectateur accompagné du slogan : «I want you for U.S. army».
[2] Le waacking est une forme afro-américaine de la danse de rue qui provient des États-Unis. Apparu dans les années 1970 à Los Angeles, il s’inspire de la musique funk et disco. Le waacking consiste, entre autre, à déplacer les bras au rythme de la musique.

Article par Anne-Marie Santerre.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM