Apprendre à vivre sans: une critique de ‘Deuil et curiosités’ de Geneviève Côté

Deuil et curiosités est le premier ouvrage que l’illustratrice jeunesse Geneviève Côté rédige avec un public adulte en tête. Elle raconte les difficultés vécues par une femme, elle aussi illustratrice jeunesse, depuis la mort de son conjoint.
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Par Audrée Lapointe


Depuis quelques mois, mon attention est principalement attirée par les bandes dessinées qui traitent du deuil. Sans vouloir faire un TED talk, je pense que le septième art est le médium idéal pour exprimer des émotions et des situations plus nuancées grâce à l’équilibre entre l’usage de la prose et du dessin.

C’était une coïncidence quand j’ai vu que Front Froid avait ajouté, dans sa collection « Nouvelle Adresse », deux nouveaux albums qui avaient le deuil comme sujet principal : Au revoir New-York de Paul Bordeleau, dont j’ai déjà parlé, et Deuil et curiosités de Geneviève Côté. Celui-ci semblait promettre une expérience de lecture douce-amère que j’apprécie grandement. Je l’ai donc lu quelques jours après sa publication, le 23 octobre 2025. J’écris ceci à la fin de décembre et j’y pense encore.

Deuil et curiosités est le premier ouvrage que l’illustratrice jeunesse Geneviève Côté rédige avec un public adulte en tête. Elle raconte les difficultés vécues par une femme, elle aussi illustratrice jeunesse, depuis la mort de son conjoint. Alors qu’elle peine à avancer dans son projet d’abécédaire pour enfants, elle est constamment confrontée aux aspects d’une nouvelle réalité qu’elle aurait préféré éviter. Léthargique et détachée de son entourage, elle accepte mal l’absence de son partenaire des quinze dernières années.

Elle critique le fait que le monde entier ne comprend pas sa douleur : on présume qu’elle est passée à autre chose lorsqu’elle suit les conseils de ses proches pour aller mieux. Sa famille doit lui rappeler que d’autres sont aussi touché·e·s par la mort de leur conjoint·e. Elle boit trop de vin, apprend à jouer du ukulele, oublie d’arroser ses plantes et recommence à lire des histoires à ses petit·e·s voisin·e·s. Consciente de ses responsabilités professionnelles, elle tente de reprendre la rédaction de son abécédaire et l’animation d’ateliers dans les écoles avant de réaliser que son deuil a complètement transformé sa manière d’interagir avec son travail.

Ces constantes nuances font de Deuil et curiosités une œuvre à part. Son récit n’est pas celui de l’acceptation de la mort d’un·e proche, mais de l’expérience intime du deuil et de ses leçons. Il rappelle que ce genre d’apprentissage n’offre aucune conclusion, seulement une sorte de résignation qui s’adoucit avec le temps.

En 2019, Geneviève Côté a perdu son conjoint, Claude Léger. L’autrice fait preuve d’une immense vulnérabilité en publiant une partie – certes fictionnalisée – de son expérience dans Deuil et curiosités. Cela m’a permis de réaliser que pour moi aussi, le deuil n’est pas quelque chose qui se termine : une absence née dans de telles circonstances n’est jamais comblée, juste tolérée. J’ai donc eu l’expérience douce-amère que je voulais, en plus d’un changement de perspective envers le deuil et ses conséquences. J’ignore les effets de cet album pour chaque lecteur·rice, mais je peux au moins dire qu’il vaut la peine d’être lu.

Outre le sujet, le style enfantin de Geneviève Côté, que l’on retrouve dans ses livres jeunesses, s’harmonise parfaitement avec la tonalité plus sobre de l’ouvrage. Ce détail fait en sorte que Deuil et Curiosités est assurément l’une de mes meilleures expériences littéraires de 2025.


Bibliographie

Côté, Geneviève, Deuil et curiosités, Montréal, Nouvelle Adresse, coll. « Front Froid », 2025, 190 p.

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