L’Homme et sa peur d’oublier. Tu te souviendras de moi de François Archambault

Tu te souviendras de moi raconte l’histoire d’un homme affligé par la perte lente et progressive de sa mémoire. L’auteur, François Archambault,…
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Tu te souviendras de moi raconte l’histoire d’un homme affligé par la perte lente et progressive de sa mémoire. L’auteur, François Archambault, a écrit un texte sensible, loin des clichés, dans lequel le spectateur est amené à se questionner sur notre mémoire collective en tant que société progressiste et sur les enjeux qui la guettent. Le résultat est une pièce composée de magnifiques scènes qui nous émeuvent et nous font sourire à la fois.

Crédit photo: Suzanne O'Neill
Crédit photo: Suzanne O’Neill

Le personnage d’Édouard, interprété par Guy Nadon, est un ancien professeur d’histoire au niveau universitaire et un intellectuel respecté. On peut dire de lui qu’il a mené une belle vie. Sa popularité médiatique, due à ses réflexions critiques et érudites sur la virtualisation de notre monde par les avancées technologiques, lui a permis d’acquérir une certaine notoriété dans son domaine. Édouard doit aussi sa réputation à son excellente mémoire. Son bassin de connaissances est immense. Il peut aussi bien connaître l’année exacte de la construction d’une grande bibliothèque à Alexandrie que la date de n’importe quelle guerre. Par contre, un certain cynisme l’envahit depuis peu. Le contexte politique le désole, les nouvelles technologies (en particulier les réseaux sociaux) et les jeunes d’aujourd’hui aussi.

Crédit photo: Suzanne O'Neill
Crédit photo: Suzanne O’Neill

Lorsque le diagnostique tombe et qu’Édouard apprend qu’il a l’Alzheimer, un filet de désespoir et de désillusion s’abat sur lui. Il se souvient, oui, des grandes innovations de ce monde, mais il oublie maintenant le nom de la moindre personne avec laquelle il vient tout juste de discuter. Épuisée, sa femme Madeleine (Johanne-Marie Tremblay, élégante, touchante) décide de l’amener pendant quelques jours chez leur fille Isabelle (Marie-Hélène Thibault, belle prestance et très drôle). Cette dernière, trop occupée par son travail de journaliste, donne à Patrick, son conjoint (Claude Despins, juste et attachant), la tâche de s’occuper de son père.

Finalement, c’est la fille de Patrick, Bérénice, un peu rebelle et obnubilée par son cellulaire, (Emmanuelle Lussier Martinez, personnage coloré, mais peut-être un peu trop stéréotypé) qui se retrouve à garder Édouard. Une touchante relation s’installe entre les deux. Il tente de lui faire son éducation, elle tente de le rendre heureux.

Crédit photo: Suzanne O'Neill
Crédit photo: Suzanne O’Neill

Coup de coeur pour Guy Nadon qui peut autant surprendre avec son personnage comique d’Arnolphe dans L’École des Femmes (présenté au TNM en 2011) qu’avec celui d’Édouard où on apprend à connaître un personnage brillant et attendrissant. Les relations intergénérationnelles, l’amour inconditionnel et la mémoire individuelle et collective sont tous des thèmes qui ont été rendus avec brio. L’auteur a voulu nous montrer l’importance de conserver une mémoire de dinosaure comme Édouard, tout en illustrant la beauté d’entretenir la mémoire affective de chacun pour ne pas qu’elle s’effrite, pour qu’elle fleurisse et pour qu’on la partage.

Tu te souviendras de moi est une pièce qui vaut le détour et qui viendra rejoindre chacun d’entre nous. Dans la pièce, le mot «Alzheimer» n’est jamais mentionné pour décrire la maladie d’Édouard. C’est grâce à la mise en scène brillante de Fernand Rainville et au jeu des acteurs senti qu’on dépeint les facettes de cette maladie ô combien triste et difficile. Les larmes aux yeux nous viennent facilement, mais l’auteur allège habilement le tout en insérant des dialogues humoristiques. La majorité des spectateurs s’est levée à la fin de la représentation pour applaudir, le sourire aux lèvres et le coeur rempli d’émotions.

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Tu te souviendras de moi, de François Archambault, est présenté du 14 janvier au 22 février 2014 à La Licorne dans une mise en scène de Fernand Rainville. 

Article par Alexandre Graton – étudiant à l’UQAM, au baccalauréat Communication (journalisme). Alexandre est passionné par la culture, la radio, la philosophie, la psychologie de l’humain et adore le théâtre et le cinéma québécois.

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