Mardi le 25 avril au La Tulipe, la réputée boutique spécialisée en vinyles Aux 33 tours organisait au profit de l’hôpital Sainte-Justine un grand événement rassemblant 5 groupes aux styles variés pour célébrer ses 10 ans d’existence. Cette soirée soulignait de plus la parution du très attendu 3e album studio du duo montréalais Elsiane intitulé Death of the Artist, lancé près de 10 ans jour pour jour après la parution de leur premier album.

C’est une Elsieanne Caplette visiblement émotive qui a rejoint sur scène Stephane Sotto, la deuxième moitié du duo montréalais aux influences et inspirations multiples telles le trip-hop et les musiques traditionnelles sud-américaines et orientales. Pour son lancement d’album, Elsiane a offert au public du La Tulipe une série de pièces tirées de son nouvel album. Le duo a laissé de côté la quasi-totalité du reste de son répertoire, ne faisant exception à cette règle que deux fois avec ses populaires titres Vaporous et Across the Stream pour souligner le 10e anniversaire de son tout premier album Hybrid. Le public a été charmé par la performance très ressentie et authentique du groupe. Plusieurs morceaux du nouvel album ont suscité des réactions très positives du public, notamment la pièce Unstable durant laquelle Elsieanne a su captiver le public avec toute la puissance et la sensualité de sa voix.
Entre les pièces, Elsieanne Caplette a pris le temps de s’adresser au public en anglais et en français, répétant qu’elle était très heureuse de retrouver son public et réagissant par de grands sourires aux acclamations soutenues de la foule. Devant cet accueil chaleureux de la foule, Elsieanne a parlée du long processus de création et d’enregistrement de l’album Death of the Artist. Elle a affirmé que cet album avait pour thème la quête de soi-même, plus précisément le processus qu’une personne doit suivre pour se retrouver suite à des difficultés.

Plus tôt dans la soirée, un autre duo a fait vibrer le La Tulipe, mais dans un registre musical très différent de celui d’Elsiane. Le duo de musique électronique montréalais Le Matos s’est présenté sur scène, et c’est sans avoir à prononcer un mot qu’il nous a fait plonger dans son univers. Pourvu de synthétiseurs, tables de mixage et surtout d’une énergie positive très communicative, le duo a fait exploser le parterre en faisant danser le public tout au long de sa présence sur scène. Grâce à une composition toute en finesse, ainsi qu’à une série de crescendos enivrants et à sa manière d’exploiter si habilement le son des synthétiseurs des années 80, Le Matos a réussi à faire très bonne impression. Lorsque les lumières se sont rallumées, le public a applaudi chaudement le duo montréalais qui aurait assurément su captiver pour une heure supplémentaire le public.

Le groupe Men I Trust, composé de Dragos Chiriac, Jessy Caron et Emmanuelle Proulx, était en visite à Montréal, et bien que la guitariste et chanteuse Emma ait affirmé sur scène avoir une grippe, la qualité de ses chants n’en a pas du tout été affectée. C’est avec un grand enthousiasme et surtout avec une complicité palpable que le trio Men I Trust a joué plusieurs morceaux de son répertoire, dont son très populaire et groovy single Lauren. Le groupe se définit lui-même comme étant un groupe d’indie dance, mais sa musique est difficile à catégoriser. La combinaison de claviers et synthétiseurs au son très rétro, avec des guitares planantes et une basse très groovy rappelle par moment des groupes comme Pink Floyd et Destroyer, mais avec une sensibilité particulière à la musique dance et trip-hop comme celle de Portishead.
Si la grande qualité de sa musique repose sur son talent pour la composition et les arrangements emplis de subtilités, c’est par sa présence sur scène que Men I Trust a su charmer le public mardi soir dernier. Les échanges entre la guitare et la basse ont donné lieu à d’adorables moments de complicités entre Emmanuelle et Jessy, qui jouaient fréquemment l’un face à l’autre, avec de grands sourires aux lèvres.
Le trio aura bientôt une autre opportunité de courtiser le public montréalais alors qu’il participera au festival Osheaga au tout début du mois d’août.

L’alignement du spectacle-bénéfice était complété par deux autres groupes, soit Tambour et ses musiciens, ainsi que Bet E & Stef. Accompagné d’un second guitariste, Bet E & Stef a joué plusieurs pièces de son répertoire ancré dans le jazz pop et la bossa-nova, et a profité de l’événement pour souligner le lancement de sa première parution en format vinyle.
J’ai été agréablement surpris par Tambour et ses musiciens. Simon Piché-Castonguay, aussi connu sous le pseudonyme Tambour, est pianiste/claviériste, auteur, compositeur, interprète et se fait accompagner sur scène par un petit ensemble de cordes incluant deux violons et un violoncelle en plus d’avoir à ses côtés un quatrième musicien prenant en charge les effets sonores, le xylophone et le second clavier. La musique de Tambour n’est pas sans rappeler celle de Max Richter, qu’il cite comme étant l’une de ses plus grandes influences et qui a composé plusieurs pièces qui ont été utilisées au cinéma. Le style cinématographique de Tambour se prête bien à l’acoustique d’une salle telle celle du La Tulipe. Simon Piché-Castonguay a d’ailleurs remercié le public pour son écoute et attiré l’attention de ce dernier sur la profondeur qu’une grande salle apportait à sa musique.
Aux 33 tours a réussi avec cet événement pour souligner sa 10e année d’existence à ressembler des artistes d’horizons différents en prenant soin d’inviter des groupes moins connus qui tireront fort probablement profit d’un tel spectacle. Les organisateurs ont aussi su attirer un public plus large grâce à des noms très intéressants de la scène émergente québécoise, ainsi qu’à l’aide d’un groupe dont la renommée n’est plus à faire comme Elsiane.
Article par Dominique Fréchette. Codirecteur éditorial, diplômé à la maîtrise et au baccalauréat en science politique à l’Université du Québec à Montréal.