Comme j’aimerais savoir apprécier l’œuvre de Shakespeare à sa juste valeur… Pourtant, dès que je me poste devant une de ses tragédies, mes yeux s’entrecroisent, mes sourcils se froncent, et je tiens un dictionnaire à mes côtés. Le texte est si dense et si laborieusement indéchiffrable que presque tout le plaisir de la lecture disparaît entre ses lignes, pourtant si fines.

Sans oublier que ses propos me semblent si lointains… Des rois, leurs suites, des armures, des châtiments, des banquets, des assassinats, des messagers, des barons. Devant tant d’archaïsmes, on est en droit de se demander: comment rejouer Macbeth sans répéter ce qui a déjà été mille fois fait?

C’est simple : changez-le de continent.
Ancrez-le plutôt dans une réalité géographique complètement différente, où l’histoire politique en soi est empreinte de violence. Un lieu où des génocides inconcevables se sont malheureusement succédés au fil du temps. Un pays où les jeux de pouvoirs sont trop souvent synonymes de joute de machettes. Une culture où la sorcellerie et la magie font partie des croyances populaires.

C’est ce qu’a exécuté Stacey Christodoulou en mettant en scène Macbeth en Haïti. Elle présente Macbeth qui se hisse au rang de souverain à coups de machette. Pourtant, il n’a pas de cape, pas de couronne, bref, pas de signe distinctif. À part peut-être ce regard animal qui lui donne son air clairvoyant, comme s’il voyait l’avenir flotter devant ses yeux.
Ici, l’univers de Shakespeare est campé dans une scénographie d’Amy Keith aux teintes de kaki, de beige, de noir et de marron. Sur cette île mille fois piétinée par les mauvaises humeurs de la mer, les arbres se retrouvent racines vers le ciel et profilent une verticale qui relie les dieux et les humains. Les bougies au sol, le papier kraft aux murs et la rocaille en fond de scène complètent le tableau brut où les assassinats se succèdent. La musique de Serge Geoffroy, les costumes de Marija Djordjevic et les éclairages de David Perreault Ninacs ne font qu’augmenter notre plaisir des sens.

Bien que le récit ait été écourté, les acteurs et actrices ont réussi à incarner les personnages complexes de la pièce. Philippe Racine est fascinant à regarder dans la peau de l’empereur assassin. Il personnifie de manière intense le personnage torturé et en perpétuel questionnement, toujours prêt à repousser les limites que le pouvoir lui confère.
On en sort somme toute avec l’envie que ça dure plus longtemps. Le désir de découvrir plus de facettes de la vie de ces personnages nous pousse à vouloir rester dans la salle, à nous promener dans le décor et même à relire les lignes du classique shakespearien. L’adaptation de Stacey Christodoulou en vaut définitivement le détour.
Macbeth, une production The Other Theatre, était présenté au Centre Segal du 24 novembre au 6 décembre 2016.
Article par Caroline Monast-Landriault.