Une mère qui en attend trop, une fille maladivement introvertie et un fils qui rêve de s’émanciper pour quitter l’étouffant cocon familial. Un petit appartement, un monde d’animaux miniatures faits de verre, mais surtout une Amérique des années 1930 désillusionnée. Telle est la trame autobiographique que met en place, en 1944, l’auteur américain Tennessee Williams avec La ménagerie de verre.
Crédit photo: Julie Artacho
Le poids des rêves inassouvis emplit l’air de la salle intime du Théâtre Prospero. Par nécessité ou par nostalgie du passé, Amanda Wingfield (Dorothée Berryman) tente de survivre à l’abandon de son mari survenu il y a 16 ans. Entre sa fille Laura (Enrica Boucher), l’infirme à charge qui ne vit que pour sa ménagerie de verre, et son fils Tom (Philippe Cousineau), l’égoïste volage sur qui revient le fardeau de subvenir aux besoins de la cellule familiale, Amanda survit comme elle le peut, à coups de vœux de bonheur.
Conventionnelle mais efficace, la scénographie de Geneviève Lizotte dépeint la simplicité dans laquelle vivent les protagonistes du Missouri de l’après-guerre. L’esthétique navigue joliment entre réalisme, avec le grand tapis et la photo de l’époux expatrié, et symbolisme, avec une table et un gramophone au format réduit. Les personnages nous apparaissent disproportionnés dans ce petit appartement.
Yan Rompré (Jim) et Enrica Boucher (Laura) seuls après le souper. Crédit photo: Julie Artacho
Bien que satisfaisante, la production demeure inachevée. Peut-être est-ce le manque de précision dans les choix esthétiques qui fait défaut. Ou encore, de trop grandes ambitions pour la jeune compagnie TG_2 dont le mandat est de «sonder l’âme humaine et parler à ses contemporains à travers des œuvres vibrantes tout en creusant davantage le langage du corps». Le fondateur de la compagnie, Yan Rompré, en est également à ses premiers pas comme metteur en scène. Au final, l’objet qu’il propose s’avère quelque peu naïf. Des déplacements inutiles et des gestes plaqués embrassent par moment certaines répliques et perturbent le rythme de la pièce. Le niveau de langue manque aussi de précision. Tantôt récités dans la langue de Molière, tantôt avec le verbe familier de Tremblay, les dialogues semblent provenir de deux univers opposés. Le choix esthétique n’est pas clair, le passage d’une langue à l’autre, agaçant. Yan Rompré, en plus de signer la mise en scène, interprète le rôle de Jim. Ce dernier ne semble pas être allé au bout de son personnage. Son jeu reste en surface, effleurant parfois ce que le rôle exige.
Crédit photo: Julie Artacho
Au sortir de la représentation, c’est donc un sentiment indéfini qui risque d’habiter le spectateur. Le manque de relief ne nous laisse ni chaud ni froid. Quelques scènes d’une rare intensité transcendent par moment la pièce et dépeignent dignement l’univers de l’auteur. Il nous est alors possible, l’espace d’un instant, de se laisser emporter par la pièce. C’est tout particulièrement vrai lorsque la flamboyante Dorothée Berryman entre en scène. Pour cette dernière, il s’agit d’un retour aux sources. C’était au commencement de sa carrière, en 1973, qu’on lui confia le rôle de Laura Wingfield, l’introvertie. Passant d’un extrême à l’autre, elle revient dans cette présente production avec une réputation qui n’est plus à faire et campe d’une main de maître la colorée Amanda. Amoureuse de l’œuvre, elle règne sur la représentation en matrone dont la grâce et le courage forment une carapace illusoire sur une tristesse infinie.
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La ménagerie de verre, une mise en scène de Yan Rompré avec Dorothée Berryman, Philippe Cousineau, Enrica Boucher et Yan Rompré, est présentée à la salle intime du Théâtre Prospero jusqu’au 1er février 2014.
Article par Marie-Michelle Borduas. Animatrice et chroniqueuse radio, amoureuse de théâtre et consommatrice avertie de musique! Je partage mon temps entre tous les théâtres et les salles de spectacles montréalais. 1001 projets parce que la tête bouillonne. Oh et j’ai aussi ce petit papier qui indique: bachelière en journalisme.