Ta Douleur et ses cris du corps. Entretien avec Francis Ducharme

Ils sont deux, ils ont chaud et ils se livrent corps et âme sur scène pour interpréter et ressentir la…
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Ils sont deux, ils ont chaud et ils se livrent corps et âme sur scène pour interpréter et ressentir la douleur de l’autre. Présenté du 11 au 14 décembre 2013 au Théâtre de Quat’SousTa douleur est une création de Brigitte Haentjens en collaboration avec les interprètes Francis Ducharme et Anne Le Beau. «C’est une pièce assez noire, mais comique et assez ironique», soulève d’entrée de jeu Francis Ducharme lors d’un entretien obtenu en décembre dernier. 

Ta Douleur est composée de multiples tableaux. De la danse, du sexe, des prises de distance, des chicanes: on se fait mal sur la scène. Anne Le Beau frappe Francis Ducharme, ils essayent d’enlever leurs vêtements, ils tombent par terre et la lumière s’éteint. Lorsqu’elle se rallume, ils sont à l’écart, tête penchée, songeurs. Parfois ils rampent sur le plancher, parfois ils sont debout à l’avant-scène et pleurent. Chacun est indifférent au chagrin de l’autre tout en s’échangeant les rôles de victime et de bourreau. On assiste donc à la douleur physique que s’infligent les interprètes, mais aussi à la douleur psychologique, comme le désir d’être avec l’autre sans qu’il ne le veuille. En explorant la douleur sous toutes ses coutures, la pièce laisse libre cours à l’interprétation de son sens.

Ta douleur (Crédit photo: Nicolas Ruel)
Ta douleur (Crédit photo: Nicolas Ruel)

Dans un tableau, Le Beau et Ducharme regardent le public, souriants, et se mettent à danser sur une musique classique. D’abord on a l’impression qu’ils vont nous livrer des mouvements de ballet s’apparentant à l’adage (une série de grands mouvements vastes sur une musique lente), mais leurs mouvements deviennent brusques et le rythme s’intensifie. Le personnage de Le Beau finit par avoir mal et est surpris par la douleur des mouvements qu’il exécute. Les deux interprètes s’arrêtent, puis recommencent comme si de rien n’était en gardant toujours un sourire figé. Quelques instants plus tard, le personnage de Ducharme s’en va, indifférent. Seule sur scène, Le Beau continue à danser malgré les blessures qu’elle s’inflige. Elle recommence à chaque fois, sans craquer, et se force de garder le sourire. Le public rit. Si la pièce est en effet noire, les interprètes y rajoutent par leur performance une touche d’humour.

Les personnages sont incapables de composer avec la souffrance de l’autre ou avec la leur. Comment gérer la douleur d’autrui? Comment réagir face à celle-ci? Devons-nous consoler la personne affligée? La pièce d’Haentjens ne répondra pas à ces questions, elle ne fera que les exposer. «Dans la pièce, il n’y a pas de message. On y retrouve les thèmes de la souffrance et de la douleur. La pièce s’appelait au départ La Douleur, mais cela a été changé pour Ta Douleur, afin de bien cibler comment la douleur de l’autre est perçue. L’intensité du sentiment de douleur qu’a une personne ne sera jamais ressentie de la même façon pour l’autre personne», raconte Francis Ducharme en entretien.

Ta douleur (crédit photo: Nicolas Ruel)
Ta douleur (crédit photo: Nicolas Ruel)

Anne Le Beau est une figure importante de la danse contemporaine au Québec avec trente ans de carrière et une formation aux Grands Ballets Canadiens. «Anne avait le désir de travailler dans d’autres zones avec Ta Douleur; un travail plus théâtral, plus dans l’état. Maintenant, on peut se demander si Ta Douleur c’est plus de la danse, plus du théâtre… Brigitte Haentjens dit que c’est du théâtre physique. Aussi, Ta Douleur ce n’est pas narratif. C’est au spectateur d’interpréter. Il n’y a pas de début, pas de fin. C’est comme des flashbacks. La forme de la pièce est libre, c’est ça qui me plaît.»

L’incroyable énergie déployée par les comédiens réussit à maintenir le spectateur captivé du début à la fin. On sent le travail derrière la pièce et cette volonté de donner à la danse une puissance qui nous montre la douleur, sans toutefois empêcher le public de rire à plusieurs reprises. Qu’est-ce que la danse peut apporter que le théâtre n’apporte pas? «La danse, c’est le corps qui parle. Avec le théâtre, les mots définissent tellement », soutient l’acteur et chorégraphe.

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Ta Douleur était présenté au Théâtre de Quat’Sous du 11 au 14 décembre 2013. Une création de Brigitte Haentjens en collaboration avec Anne Le Beau et Francis Ducharme.
Nous pourrons retrouver Francis Ducharme sur la scène dans la pièce de théâtre Cinq visages pour Camille Brunelle de Guillaume Corbeil qui
 sera présentée pour une deuxième année consécutive à l’Espace Go du 26 mars au 5 avril 2014. Notre critique ici, notre entrevue avec l’auteur Guillaume Corbeil, .

Article par Alexandre Graton – étudiant à l’UQAM, au baccalauréat Communication (journalisme). Alexandre est passionné par la culture, la radio, la philosophie, la psychologie de l’humain et adore le théâtre et le cinéma québécois.

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