Sans tourner en rond. Ronds-Points de Canailles

De retour de leur tournée dans la francophonie européenne, la formation canadienne Canailles offre un nouvel album à son public.…
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De retour de leur tournée dans la francophonie européenne, la formation canadienne Canailles offre un nouvel album à son public. Entre l’épice sonore et les accents de la Louisiane, le groupe folk-cajun frappe dans le mille.

Crédit photo : Mathieu Dionne
Crédit photographique : Mathieu Dionne

C’est le soleil haïtien qui accueille l’auditoire de Ronds-Points dès les premières notes de l’album. Propulsé dans un monde chaleureux par la voix de Daphné Brissette, qui n’est pas sans rappeler celle de Lisa Leblanc, le public se laisse prendre par le charmant mélange de banjo, de mandoline et des paroles singulières, parfois comiques.

Titanic noie l’oreille dans une virtuosité musicale, où le ton cynique, voire mélancolique, tranche avec la simplicité de la trame sonore, toute en joie. Un début surprenant, loin de la pop qui joue le plus souvent dans les stations de radio québécoises, mais la joie de vivre transmise par le banjo reste plus qu’appréciable. Le décor est projeté sur le reste de l’album: si les mélodies sont diverses, elles ont toutes en commun l’ambiance sympathique des bayous.

Aller-simple vers la ruralité offert par Cœur de Gawa. Le titre laissait présager une ode à l’amour le plus doux. On se retrouve plutôt sur un tracteur haut de trois mètres, à chercher la campagnarde plutôt que la princesse vantée dans les chansons d’amour. Le morceau est différent, charmeur, comique: c’est l’histoire d’un grand-père, peut-être, qui voulait une femme forte pour travailler à la ferme. La trace de souvenirs, du patrimoine québécois.

Chose certaine, les nombreux musiciens de Canailles réussissent à faire voyager l’auditeur d’un bout à l’autre du monde. Les origines cajuns se sentent immédiatement, mais d’autres pièces viennent compléter l’expérience sensorielle. Ronds-Points a une sensualité à l’italienne qui coupe abruptement avec la certaine violence des paroles. Détour par Hawaii le temps d’un court intermède musical;  Awaye Hawaii brille par sa manière unique de raconter une histoire sans paroles. L’auditeur se sent transporté sur une plage, à l’ombre des palmiers. Les Grands Élans est une pièce à ne pas manquer. Le morceau ramène directement à l’hiver sibérien. D’une profondeur touchante, entre la dépression cruelle, l’anxiété perfide et l’abandon total, la piste numéro sept est le juste milieu entre le macabre et le joyeux.

Seul bémol: la longueur interminable de certains morceaux. Fromage, avec sa durée de dix minutes, ou Ronds-Points, avec ses quatre minutes, auraient pu être écourtées, puisqu’elles offrent, au total, beaucoup plus de musique linéaire que le reste. Un silence vocal de quatre minutes est peut-être signe qu’il faut raccourcir le tout, sans compter que les musiciens n’offrent pas, durant ces longs moments, de réels changements dans la trame. Procédure artistique ou remplissage de l’album? Peu importe la volonté des artistes, il s’agit d’un aspect à revoir pour un prochain opus.

Le groupe a cependant pris une belle maturité depuis la sortie de son premier album Manger du Bois en 2010, où la sonorité était encore un peu hésitante: l’humour subtil, les inspirations créoles et le plaisir évident qu’ont les musiciens donnent naissance à une œuvre plus assumée. Un album audacieux, qui cherche l’équilibre entre Zachary Richard et Lisa Leblanc.

Campagnard et mélancolique, Ronds-Points touche ce petit quelque chose dans l’âme. On pourrait croire à du non sérieux, avec des noms de pistes souvent ridicules et une musique qui donne quasiment dans le cartoon. Pourtant, avec les différentes voix de Daphné Brissette, Annie Carpentier, Erik Evans, Benjamin Proulx-Matthers et quelques autres artistes, on obtient un mélange suave et entraînant qui laisse un refrain en tête et un sourire aux lèvres.

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Le deuxième opus de la formation Canailles, Ronds-Points, est disponible en version intégrale sur le site BandCamp depuis le 15 avril 2014.

Article par Marie-Audrey Perron. Amoureuse du théâtre et amie fidèle de la musique tous styles confondus, Marie-Audrey Perron étudie présentement à l’UQÀM en Communications profil journalisme.

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