Après trois ans d’absence, la formation canadienne Timber Timbre nous offre enfin un nouvel album. Ce dernier baigne encore une fois dans un univers musical tout à fait unique et très inspiré du monde cinématographique.

Un motel sombre, des rideaux rouges, une vieille odeur de cigarette, de la musique langoureuse: c’est là que nous amène la vieille Cadillac encore ruisselante de Hot Dreams, conduite par le chanteur Taylor Kirk et son collaborateur Simon Trottier. Ce troisième album de Timber Timbre chez Arts & Crafts évoque un rêve étrange, mais aussi lugubrement romantique, qui porte les marques indélébiles d’un univers lynchien.
Avec Creep on Creepin’ On, leur précédent album sélectionné pour le Prix de musique Polaris, il était déjà possible de découvrir la signature musicale très imagée du groupe, où les rythmes se confondaient parfois dans une valse presque carnavalesque. Timber Timbre ouvre cette fois une brèche bien réelle vers une Amérique encore sous les influences des années 1970, où les mélodies sont teintées de blues et d’accords country qui font rêver. Le premier vidéo mis en ligne de Hot Dreams de la pièce du même nom reflète justement cette ambiance sulfureuse et rétro.
Plan-séquence sur un boulevard mal éclairé – celui de Mulholland Drive peut-être? La lumière des néons est reflétée sur un pare-brise. Un homme conduit et une femme dort sur le banc passager, tous deux écrasés sous la chaleur étouffante de la Californie. Une musique grave et solennelle alimente l’intrigue. On s’imagine les partitions des compositions originales de Timber Timbre griffonnées à la manière d’un scénario hollywoodien sombre et intrigant, où les héros ne sont jamais totalement bons ni mauvais.
Un son plus rock que sur les albums précédents, des accords folk, une voix fiévreuse et des riffs de guitares qui se contorsionnent: tout est réuni pour nous envoûter dans un scénario délicieusement nostalgique. Même le rythme lent de la batterie nous donne l’impression d’une scène tournée en slow-motion.
La pochette de l’album présente une photographie en noir et blanc contrastée sur laquelle apparaissent une voiture décapotable, des palmiers et une côte sinueuse. Sans même avoir entendu les sons qui en émanent, on a une bonne idée de l’atmosphère seventies, chaude et mystérieuse, dans laquelle nous transportera Hot Dreams.

Run From Me et The Three Sisters, les dernières pistes de l’album, nous laissent finalement planer avec des mélodies totalement exaltantes, aux accords grinçants, mais qui bouclent parfaitement ce rêve étrangement poétique et sensuel. Une mélodie au piano soutient les paroles lancinantes « run from me my darling », puis se transforme dans un battement plus rythmé. La tension monte et s’évanouit vers une finale toute en nuances, triste et belle à la fois.
Timber Timbre nous plonge, dans Hot Dreams, comme dans un bon classique du cinéma américain: parfaitement structuré, agréable à écouter et aux paysages magnifiques que l’on souhaiterait éternels. L’envie nous vient alors de louer une décapotable et de s’évader complètement dans les plaines arides de l’ouest où résonne l’écho languissant de Taylor Kirk et de son complice Simon Trottier.
Le cinquième album de Timber Timbre, Hot Dreams, est disponible en magasin depuis le 1er avril 2014. Il sera présenté le 19 septembre au Métropolis, à Montréal, et le 20 septembre chez Le Cercle, à Québec.
Article par Raphaelle Forgues.