Les émotions ne passent pas. Raphaël à Ti-Jean de Cédric Landry

Le théâtre du Bic débarque à Montréal avec la pièce Raphaël à Ti-Jean, une création du Théâtre des Gens d’en…
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Le théâtre du Bic débarque à Montréal avec la pièce Raphaël à Ti-Jean, une création du Théâtre des Gens d’en basdirigée par le metteur en scène Eudore Belzile. Ce mois-ci, l’homme de Rimouski présente à La Licorne sa lecture du texte de Cédric Landry qui aborde des thèmes importants tels que la famille, la mort d’un proche, la solidarité et les dépendances. Des thèmes intemporels et riches, mais mis en scène de manière boiteuse avec une distribution faible qui peine à nous livrer une interprétation juste.

Un drame familial survient sur une île perdue au milieu de l’océan Atlantique. Raphaël, Isabelle et Sylvain se retrouvent après le décès de leur mère. Raphaël est l’aîné qui veille à l’harmonie de sa famille. Isabelle, quant à elle, est revenue pour les funérailles de sa mère après avoir fui à Bali pendant quelques temps. Sylvain, le benjamin de la famille, a de sérieux problèmes de drogue. Écorché et sans repères, ce dernier est fauché. Il emprunte donc toujours de l’argent à son frère Raphaël. Sylvain doit aussi des comptes à Galette, ancien amant d’Isabelle et vendeur de drogue.

Crédits photographiques: Bruno Roy
Crédits photographiques: Bruno Roy

Cédric Landry a été finaliste en 2009 pour le prix Michel-Tremblay. En effet, l’intrigue de Raphaël à Ti-Jean est habillement ficelée. Landry nous raconte une histoire où les propos sont d’actualité et reposent sur les non dits au sein d’une famille, la gestion d’un héritage après la mort d’un proche et la difficulté d’aider un des nôtres (ici Sylvain) à sortir d’une crise. Toutefois, les personnages manquent de teneur et s’avèrent clichés.

Malheureusement, ce que l’on retiendra de la pièce Raphaël à Ti-Jean, c’est une mise en scène bancale. Les comédiens, mal dirigés, ne semblent pas circuler aisément dans l’espace. Les élans de colère trop fréquents du personnage de Raphaël font basculer l’interprétation d’Yves Bélanger dans la caricature. De plus, les différences entre les niveaux de langues, notamment avec l’utilisation du joual pour le personnage de Raphaël, nuisent à l’harmonie sur scène. Isabelle (Catherine Allard) peut parfois nous surprendre, mais sans plus. De plus, l’essentiel du drame ne passe pas. On ne se sent pas concerné par la tristesse et la confusion de Sylvain tout comme par la furie constante de Raphaël qui tente de secouer son frère pour sauver l’avenir de sa famille.

Crédits photographiques: Bruno Roy
Crédits photographiques: Bruno Roy

Coup de coeur pour Hubert Proulx (Sylvain) qu’on a pu voir dernièrement sur les planches de La Licorne dans les Contes Urbains et Comment s’occuper de bébé. Dans Raphaël à Ti-Jean, Proulx nous livre un personnage stéréotypé de drogué: manque d’ambition, toujours en lendemain de veille, s’ouvrant une bière à chaque seconde, etc. Avec une mise en scène plus soutenue et plus forte, nous aurions fort probablement pu percevoir en Sylvain un personnage plus riche. Le spectateur ce serait peut-être alors senti plus concerné par son histoire. Par exemple, dans Comment s’occuper de bébé, Hubert Proulx jouait un père endeuillé par la mort de ses deux enfants de manière extrêmement touchante. Proulx nous mettait alors les larmes aux yeux et rendait, avec grâce et assurance, la fragilité d’un père détruit par les événements.

Bref, pour l’ensemble de la pièce, le trop grand nombre de maladresses, autant au niveau du jeu que de la mise en scène, a empêché les émotions de se rendre jusqu’au spectateur.

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Raphaël à Ti-Jean de Cédric Landry, est présenté à La Licorne jusqu’au 19 avril 2014. M.E.S Eudore Belzile. 

Article par Alexandre Graton – étudiant à l’UQAM, au baccalauréat Communication (journalisme). Alexandre est passionné par la culture, la radio, la philosophie, la psychologie de l’humain et adore le théâtre et le cinéma québécois.

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