Le choc culturel de velours. Tokyo Fiancée de Stefan Liberski

Si Amélie Poulin déménageait au Japon, tombait amoureuse de son étudiant de français, puis revenait au bercail, elle serait la…
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Si Amélie Poulin déménageait au Japon, tombait amoureuse de son étudiant de français, puis revenait au bercail, elle serait la Fiancée de Tokyo. À l’affiche depuis le 27 février, Tokyo Fiancée, une adaptation du roman d’Amélie Nothomb Ni d’Ève ni d’Adam signée Stefan Liberski nous convie à une comédie dramatique à mi-chemin entre la culture nipponne et la langue de Molière. La Amelie-san de Liberski (Pauline Étienne) nous entraîne au coeur d’un univers cinématographique poétique à la découverte d’un Japon exotique.

Crédits photographiques: O'Brother Distribution
Crédits photographiques: O’Brother Distribution

Amélie (Pauline Étienne), une jeune belge de 20 ans, rêve de devenir japonaise et écrivaine. Née au Japon, y ayant vécu jusqu’à l’âge de cinq ans, elle y retourne avec l’intention de retrouver la magie nippone. Elle y rencontre Rinri (Taichi Inoue), son seul étudiant de français, un jeune homme friand de tout ce qui se rattache à la langue de Molière. En tombant amoureux, ils cristallisent l’un chez l’autre leur idéalisation de la culture étrangère.

Le film est une adaptation du livre d’Amélie Nothomb, Ni d’Ève ni d’Adam. Stefan Liberski réussit à transposer en image la simplicité du livre, partageant avec l’auteure le même amour pour le Japon. Il crée un univers visuel enveloppant et ludique, avec Amélie en son centre absolu. La caméra est espiègle, absorbant tout de la culture japonaise avec le même appétit curieux de la protagoniste. On s’attarde aux détails des rues, aux habitants de la ville. Amélie est rarement cadrée ailleurs qu’au centre de l’image, et on va même jusqu’à nous présenter son intériorité par de délicieux apartés issus de son imaginaire délicieusement éclaté.

Crédits photographiques: Tiff Next Wave Commitee
Crédits photographiques: Tiff Next Wave Commitee

Les plus puristes amoureux de Nothomb seront satisfaits de la fidélité de la trame narrative filmique par rapport à celle du livre, à l’exception faite de l’inclusion des évènements de Fukushima de 2011. Toutefois, cette fidélité au monde littéraire va parfois jusqu’à devenir une distraction pour le spectateur de cinéma, même pour celui qui n’aura pas lu le roman. Il n’est pas rare que la voix omniprésente de l’actrice Pauline Etienne à la narration reprenne mot pour mot des passages du roman. Il en va de même pour une grande partie des dialogues. En somme, l’oralité du film reste littéraire au point d’en perdre une part de naturel.

Crédits photographiques: O'Brother Distribution
Crédits photographiques: O’Brother Distribution

Ainsi, les scènes les plus réussies sont celles où on tait la narration au profit de la poésie de l’image. En ces occasions, on voit apparaitre de véritables bijoux cinématographiques. Notamment, la scène où Amélie se voit confrontée à l’une des facettes les plus déconcertantes de la culture japonaise pendant un souper.  Seule à la table avec les amis de Rinri, elle est contrainte de remplir le poste de «conversationnaliste», se voyant entretenir un monologue ininterrompu à propos des bières belges devant l’écoute attentive de huit jeunes hommes silencieux. Sans oublier la séquence où Amélie se perd en montagne, un point tournant narratif magnifiquement mis en image par la cinématographie d’Hichame Alaouié.

De ces moments se dégage une interprétation du choc culturel telle qu’il est rare d’en voir dans le cinéma occidental, loin du sentiment d’aliénation auquel Lost in Translation nous aura préparé. Certes, la langue est souvent une barrière et, de fait, on n’accompagne jamais les dialogues japonais de sous-titres. Pourtant, par moment, l’interprétation d’Étienne convie à une telle ouverture qu’on est tenté, à notre tour, de délaisser notre égocentrisme culturel. Tokyo Fiancée présente un Japon accueillant, chaleureux et un tant soit peu surnaturel. Un spectateur qui se prête au jeu y retrouvera une interprétation tendre et honnête de la jeunesse. Tokyo Fiancée est une comédie dramatique et poétique qui ne demande qu’à charmer.

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En salle depuis le 27 février, Tokyo Fiancée est une comédie romantique adaptée du roman d’Amélie Nothomb Ni d’Ève ni d’Adam et réalisée par Stefan Liberski.

Article par Brigitte Voisard.

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