Envoûtante Amina. Le profil Amina de Sophie Deraspe

Présenté en première canadienne lors des Rendez-vous du cinéma québécois 2015, Le profil Amina de Sophie Deraspe était fort attendu.…
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Présenté en première canadienne lors des Rendez-vous du cinéma québécois 2015, Le profil Amina de Sophie Deraspe était fort attendu. Si en surface, Le profil Amina, apparaît comme une histoire d’amour virtuelle, il s’impose rapidement comme une preuve du pouvoir tordu des réseaux sociaux et un témoignage d’un dérapage médiatique hors du commun. Au final, le premier documentaire de la cinéaste Sophie Deraspe s’avère troublant, dérangeant et surtout fascinant.

Crédits photographiques: Esperamos Films
Crédits photographiques: Les Films du 3 mars

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p align= »justify »>Présenté au festival de Sundance, le long métrage dévoile l’histoire de Sandra, une jeune montréalaise dont la vie bascule en 2011, lorsqu’elle entame une relation amoureuse virtuelle avec Amina, une militante syrienne. Ouvertement homosexuelle, opposée au régime de Bachar el-Assad, Amina témoigne de la guerre civile qui déchire son pays sur son blogue, A Gay girl in Damascus. Rapidement, ses écrits provocants parviennent aux oreilles des autorités syriennes et attirent l’attention des médias internationaux. Lorsque Amina est kidnappée, les médias et la communauté internationale LGBT s’enflamment. Paniquée, Sandra remue ciel et terre pour retracer sa petite amie. Or, au fil de ses recherches, un doute apparaît: qui est donc réellement Amina?

Sophie Deraspe signe ici un documentaire captivant, qui prend à la fois des airs de drame romantique et d’enquête journalistique étalée aux quatre coins du globe. Reléguée au second plan, la réalisatrice fait de Sandra le personnage central de son film. Des bribes de l’histoire se mettent en place alors qu’on suit la jeune femme d’Istanbul à Tel-Aviv, en passant par San Francisco, où elle rencontre journalistes et militants, plusieurs mois après la disparition d’Amina. À ces entrevues s’ajoutent une reconstitution sobre et toute en finesse ainsi que plusieurs archives visuelles de la révolution syrienne. Sortes de fils conducteurs, des textos échangés entre Sandra et Amina viennent compléter la composition du film.

Crédits photographiques: Esperamos Films
Crédits photographiques: Les Films du 3 mars

L’expérience de Sophie Deraspe pour le cinéma de fiction transparaît d’emblée. Dans Le Profil Amina plane un climat de suspens constant. Le film est pratiquement construit comme un roman policier, qui tient en haleine dès le départ. On reconnaît la maîtrise dont fait preuve Sophie Deraspe à travers plusieurs autres éléments du documentaire, tels des entrevues percutantes et concises, des images magnifiques et un rythme qui ne laisse place à aucune longueur.

Le pari était pourtant risqué. Le Profil Amina combine plusieurs thèmes très différents: émancipation sexuelle, pouvoir médiatique, conflit syrien et relations virtuelles. Le résultat final n’a toutefois rien d’un film confus et éparpillé. Deraspe présente au contraire un documentaire solide, où reconstitution et entrevues journalistiques sont juste assez bien dosées.

Crédits photographiques: Esperamos Films
Crédits photographiques: Les Films du 3 mars

Unique bémol, on devine assez rapidement la vérité au sujet de l’histoire d’Amina. Toutefois, le film a la force d’être pertinent même une fois le mystère résolu. Force est d’admettre que Deraspe a réussi son pari avec ce premier documentaire qui lève le voile sur le côté sombre des réseaux sociaux, à l’ère d’un conflit politique encore à vif.

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Le Profil Amina de Sophie Deraspe prendra l’affiche au Québec le 10 avril. À Montréal, il sera présenté en version française au Cinéma Excentris et en version anglaise au Cinéma du Parc.

Article par Catherine Lamothe – Étudiante en journalisme à l’UQAM. Fan de cinéma et de fromage.

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