Se perdre dans l’art (ou l’art de se perdre). Rufus Reid au Festival Jazz en Rafale

Le contrebassiste jazz de renom Rufus Reid était de passage à Montréal le 21 mars dernier dans le cadre de…
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Le contrebassiste jazz de renom Rufus Reid était de passage à Montréal le 21 mars dernier dans le cadre de la 15e édition du festival Jazz en Rafale. Accompagné d’un grand ensemble de 18 musiciens montréalais, le Jazzlab Orchestra, Reid a présenté un projet ambitieux. En s’inspirant de cinq sculptures de l’artiste américaine Elizabeth Catlett, il a composé cinq pièces qui complètent les œuvres visuelles.

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Léger malaise, au début du spectacle, alors que tous les musiciens sont déjà sur scène: on nous présente une vidéo promotionnelle du spectacle que nous nous apprêtons à voir. L’idée de montrer au public les sculptures à l’origine des pièces de Rufus Reid est intéressante, certes, mais la vidéo d’une douzaine de minutes présente aussi les musiciens américains qui ne se produisent pas en spectacle pour le public montréalais et est entrecoupée d’extraits musicaux enregistrés et d’entrevues complaisantes. À quoi bon une telle promotion si les spectateurs ont déjà acheté leur billet?

Le spectacle débute. Le jazz pour grand ensemble de Reid est très riche. À la fois aérien et swing, à la fois écrit et improvisé, nous y retrouvons une musique qui s’apparente plus au contemporain tout en conservant le style big band typique des ensembles jazz. Les arrangements sont bien faits et l’orchestration est utilisée de façon intelligente, laissant assez de place aux solistes, car si plusieurs parties sont écrites, le cœur de sa musique repose sur l’improvisation. Les musiciens du Jazzlab Orchestra ont prouvé leur grand talent avec des solos souvent acrobatiques, mais toujours réussis.

Si la musique de Rufus Reid fait voyager, nous ne savons pas où elle nous mène. Le rapport entre les sculptures et la musique est franchement bien mince, voire inexistant. La plupart des cinq pièces partent dans tous les sens, sans réel fil conducteur, laissant l’impression que la musique a été construite à partir d’une interprétation complexe qui nous échappe.

Crédit photographique: courtoisie Rufus Reid
Crédit photographique: courtoisie Rufus Reid

Cela dit, l’avant-dernière pièce du spectacle, Singing Head, est excellente. Avec ce morceau, Reid va droit au but avec un swing rapide et des improvisations de grande qualité de la part de l’orchestre, sans trop s’égarer dans des ambiances spatiales. Pour une raison obscure, la chanteuse entame la pièce a cappella, la tête dans le piano. La proposition parait quelque peu ridicule, puisque la voix de la femme est captée par des microphones ce qui diminue l’effet de résonance créé sous le couvercle du piano.

La musique de Rufus Reid était agréable à l’écoute et a impressionné par moments, mais l’ensemble manquait de cohésion. Le public, conquis d’avance par la venue du célèbre musicien, a tout de même grandement apprécié le voyage musical qu’a offert le bassiste et compositeur de 71 ans qui a visiblement expérimenté au-delà de sa zone de confort.

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La 15e édition du festival Jazz en Rafale se terminait le 28 mars dernier.

Article par Philippe Lemelin. Étudiant en journalisme et musicien, passionné de cinéma et d’art en général, curieux de nature et friand de nouvelles découvertes.

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