Dans son récent roman Les États-Unis du vent publié aux éditions La Peuplade en avril 2014, Daniel Canty — auteur de Wigrum, disponible dans les librairies depuis 2011 — nous propose une ballade dans le pays de l’oncle Sam, au gré du vent. Un voyage qui se révélera sans queue ni tête.
Sur invitation de son ami Patrick Beaulieu, Daniel participe au projet Ventury, une odyssée transfrontière en poursuite des vents d’Amérique. Il s’envole vers Cincinnati où il s’embarque à bord de la Blue Rider, une vieille Ford Ranger 87 munie d’une girouette sur le toit. Une girouette, oui. Un outil qui leur permet de retracer la direction du vent et de le suivre ainsi tout au long d’un voyage qui paraît plus long qu’il ne l’est réellement; un voyage qui le mène à travers Philadelphie, Harrisburg, Chicago, Indianapolis, Elkhart, Warren, voguant sur les vents tantôt du Nord-Ouest, de l’Est, tantôt de l’Est-Nord-Est, ou encore du Sud.

Crédit photographique : Sophie G-Bergeron
On serait tenté de faire une comparaison louable avec Walt Whitman, Jack Kerouac et les membres de la Beat Generation, mais elle n’a pas lieu d’être. Si Daniel Canty nous fait voir le paysage à travers les deux fenêtres de subjectivité que constituent ses yeux, ce n’est guère reluisant. Cette déambulation à travers les rues américaines ne présente aucun sens. On ne fait qu’y parcourir des kilomètres en posant le pied ici et là. Ainsi, l’auteur fait bien l’éloge des monuments qu’ils visitent, nous peint avec beaucoup de détails les villes qu’ils chevauchent. Seulement, il est loin d’y mettre autant de musicalité, de groove, de charme que ces pairs – si tant est qu’il les ait pris comme modèles.
Il nous étale ses expériences comme s’il était un guide posté sur un de ces fameux autobus rouges touristiques, recrachant un discours formaté et impersonnel. Il use de banalités d’usages, d’informations de surface et va très peu en profondeur: «Cincinnati a un nom de statue romaine» (p.37), «La découpe illuminée de Chicago semble une version plus aérée de New York» (p.130), «Au sud du centre-ville, quelques tours de verre, hotels and convention centres, s’alignent près de la rivière. Deux ou trois restaurants à l’atmosphère feutrée laissent promettre un peu d’urbanité au voyageur fatigué» (p.153). Même ses notes de bas de page viennent alourdir le texte dont le but premier est d’ajouter un caractère historique aux lieux qu’ils visitent. Tantôt il explique en détail la provenance de l’expression «cup o’ joe»; tantôt il nous fait un résumé d’un film qu’il vient de citer ou l’éloge d’une actrice qu’il vient de nommer. Bien des détails qui nous gardent éloignés du véritable plaisir de voyager par les mots, détails peu essentiels au texte et que l’on pourrait possiblement supprimer.
Ce voyage, en fin de compte, ne tient que sur un rien. La seule véritable péripétie du roman est la poursuite du vent par Daniel et son ami. Ce vent joue un rôle bien secondaire, car tout ce qui nous est décrit sont les escales qu’ils font pour se nourrir, dormir et parfois, boire dans une taverne des plus communes. L’envie de poursuivre sa lecture ne tient qu’à l’espérance d’y trouver un dénouement philosophique qui pointerait le bout de son nez ou encore une autre histoire qui émergerait. À notre grand désespoir, on ne fait que rouler à travers les États-Unis comme si l’on posait un doigt sur une carte géographique.
En somme, les plus téméraires auront envie de poursuivre leur lecture jusqu’à la fin, mais seront vraiment déçus. Le roman Les États-Unis du vent est comme son personnage principal, le vent : incolore, sans saveur et sans but précis. Mais peut-être est-ce le résultat souhaité par l’auteur?
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Daniel Canty, Les États-Unis du vent, Montréal: La Peuplade, 2014, 288 p.
Article par Rémi Chiasson-Villeneuve. Membre associé de l’Union des écrivains et des écrivaines du Québec, auteur de La trilogie des Lumios: les anges de la mort publié aux éditions Bénévent en 2010, membre du groupe d’écriture Imagine Nation et nouvellement étudiant à l’UQAM, Rémi Chiasson-Villeneuve est un véritable mordu de littérature.
