Bienvenue nulle part. Normal de Jean-Philippe Lehoux

Jean-Philippe Lehoux multiplie les créations qui ont pour thèmes l’exploration, la découverte et l’exil. Alors que sa pièce Napoléon voyage sillonne les salles du Québec, l’auteur effectue un retour en force avec Normal, une comédie à la fois intelligente et désopilante qui tranche avec le récit typique des vacanciers du dimanche.
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Jean-Philippe Lehoux multiplie les créations qui ont pour thèmes l’exploration, la découverte et l’exil. Alors que sa pièce Napoléon voyage sillonne les salles du Québec, l’auteur effectue un retour en force avec Normal, une comédie à la fois intelligente et désopilante qui tranche avec le récit typique des vacanciers du dimanche.

Crédit photographique: David Ospina
Crédit photographique: David Ospina

Pour sa plus récente création, Jean-Philippe Lehoux fait dans l’autofiction. Globetrotteur assumé, il a déserté la Belle Province à l’automne 2013 pour gagner la tranquillité étouffante de Normal, une municipalité étasunienne sise au sud-ouest de Chicago. Dans cette petite communauté qui frôle les 55 000 âmes, les attraits touristiques sont rares et les voyageurs, guère légion. Outre ses bagages, le comédien a transporté avec lui une question toute simple: est-il possible de voyager là où il n’y a, d’emblée, rien à voir? Ainsi, la pièce évolue avec cette interrogation en toile de fond où le protagoniste revêt le rôle du touriste des interstices, épousant les traits d’un personnage calqué sur sa propre expérience. En substance, il analyse le voyage à travers le prisme du goût prononcé des Occidentaux pour le dépaysement et l’exil. Lehoux nous livre donc un récit de voyage singulier, où s’enchaînent une kyrielle de péripéties rocambolesques, tantôt insolites, tantôt touchantes, mais assurément hilarantes.

Pendant près d’un mois, le comédien a parcouru à vélo les rues banales de cette petite communauté américaine. Sa nature non touristique évacue en vitesse l’exotisme souvent associé au voyage et confère au périple du protagoniste un caractère fort original. Dans les faits, la pièce dépeint le paradoxe le plus total: Lehoux effectue un séjour à l’étranger, mais arpente une ville de banlieue qui ne lui est, par sa forme, guère étrangère. S’il veut éviter de narrer au public de La Licorne un périple circulaire, il n’a d’autre choix que de provoquer les rencontres. Il doit faire preuve d’abnégation; faire fi de la timidité qui le paralyse et aborder les citoyens de Normal.

Fidèle à lui-même, le comédien trentenaire se tourne fréquemment en dérision alors qu’il simule sans prétention ses multiples mésaventures. L’auteur fait donc rire, mais il fait aussi réfléchir. La trame narrative de la pièce est ponctuée de brèves accalmies qui invitent le spectateur à la réflexion entre deux tapes bien senties sur la cuisse. Lehoux brosse le portrait de ses angoisses et malaises des premiers jours, la difficulté qu’il a éprouvée à engager un dialogue avec des inconnus et les rencontres surprenantes qu’il a faites au terme de son périple.

Crédit photographique: David Ospina
Crédit photographique: David Ospina

Un processus créatif original

L’idée d’effectuer un tel voyage est née en marge de son premier spectacle en résidence à La Licorne, intitulé Comment je suis devenue touriste. À la sortie de la pièce, Lehoux invitait les spectateurs à lui suggérer sa prochaine destination de voyage non touristique. Forte de ses qualités de ville «contournable» et de son nom évocateur, Normal s’est vite imposée d’elle-même. L’auteur a donc plié bagage l’année suivante en quête d’une nouvelle expérience à partir de laquelle concevoir sa prochaine création théâtrale.

Jusqu’au 25 septembre, Normal foule les planches de la Petite Licorne, une salle intimiste où les spectateurs prennent place dans les deux gradins disposés de part et d’autre de la scène bifrontale. Le plateau où prend racine le récit inusité de Lehoux est maigrement meublé. Le comédien se meut essentiellement entre un lit et un vélo stationnaire. Seulement, le minimalisme apparent de la scénographie imaginée par Philippe Lambert (Napoléon voyage, Cuisiner avec Elvis) ne dilue en aucun cas les hardiesses du protagoniste de la pièce. L’expérience du spectateur est, d’ailleurs, fortement enrichie par l’atmosphère sonore que crée la comédienne et DJ Sarah Laurendeau, qui narre également une poignée des péripéties en plus d’ajouter à l’effet comique du récit.

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Normal est présentée du 31 août au 25 septembre 2015 au Théâtre La Licorne.

Cliquez ici pour lire la critique écrite par Thomas Dupont-Buist du spectacle Comment je suis devenue touriste, autre pièce de Jean-Philippe Lehoux couverte par l’Artichaut.

Article par Guillaume Lepage.

Artichaut magazine

— LE MAGAZINE DES ÉTUDIANT·E·S EN ART DE L'UQAM