Créé en 2003 par des étudiants de l’UQAM, Complot consistait en un projet indépendant du circuit scolaire où, chaque année, auteurs et artistes étaient jumelés afin de réaliser une exposition et un catalogue. Mis à mort par la cohorte 2012-2013 à la suite du constat d’une formule devenue stagnante, le projet Complot renaît cette année sous l’identité de Complot 11, après maintes interrogations. Réfléchissant sur sa propre structure, la cohorte 2013-2014 a présenté, le 12 avril 2014, le résultat actuel et ouvert de ses réflexions. Le 6 mai dernier, à Sainte-Thérèse, un second événement a eu lieu: Complot 11 + Praxis = Rencontres prenant la forme d’un speed dating où les membres du collectif et différents publics se rencontraient. Lors de l’événement, trois participantes de Complot 11, les commissaires Lisa Tronca et Juliette Roiné, ainsi que l’artiste Laurence N. Béland, nous ont accordé une entrevue afin de discuter de la reconceptualisation du projet.
Artichaut Magazine : À ses débuts, Complot s’articulait autour du jumelage d’artistes et d’auteurs afin de créer une exposition ainsi qu’un catalogue. Après dix ans d’existence, le constat que fait la cohorte 2012-2013 est que cette formule, qui se voulait différente et innovatrice, est devenue stagnante et répétitive. Qu’est-ce qui a précipité la mise à mort de Complot?
Laurence : Ce n’est pas nous qui l’avons tué, donc les raisons [de la mise à mort], c’est plutôt eux qui les sauraient, mais [pour] nous, ça crée des problèmes, parce que l’identité, on l’a reprise. On se rembarque dans la même game, sauf qu’on a changé un peu les rôles. On n’a pas juste des auteurs et des artistes, mais aussi des commissaires, coordonnateurs, médiateurs, etc.
Lisa : Je pense que ce qui change de notre cohorte, c’est que nous étions conscients que c’était un projet collectif, puis que nous voulions créer autre chose que notre propre projet à l’intérieur d’un projet collectif peut-être.
Juliette : On ne sait pas précisément ce qui a bloqué dans l’autre cohorte, et c’est ça aussi qui a posé des difficultés au début, parce que ça mettait une espèce de pression. Du coup, on reprend ça avec toute la charge historique.
Lisa : En même temps, ça nous a aidés à avoir un œil critique sur le projet, et ça a fait en sorte qu’on n’a rien pris pour acquis de sa structure, mais en même temps, ça a été plus difficile parce qu’on ne voulait pas faire comme ce qui avait été fait parce qu’apparemment, ce n’était pas bon.

A.M. : Est-ce que Complot 11 annonce l’affirmation d’une nouvelle formule plus stable ou bien le changement perpétuel de ses fondements?
Lisa : Si on n’impose rien, c’est clair qu’il va y avoir des choses qui vont être reprises, recyclées un peu, parce que nous, on s’est fiés quand même sur les années antérieures de Complot, juste pour savoir ce qui n’a pas marché. Surtout que tu t’inscris dans un projet qui a onze ans. Il faut tenir compte de cela, de ce qui a déjà été fait, inévitablement. Je ne pense pas qu’on va imposer quelque chose, mais peut-être que ça va venir par soi-même.
Juliette : Peut-être que notre cohorte est plus un trait d’union. On a beaucoup parlé, puis réfléchi, puis été bloqués là-dedans, même dans ces nouvelles interrogations et réflexions.
Laurence : On n’est pas une cassure totale, mais une réflexion; et une réflexion, ça peut aussi être interminable. Peut-être qu’on n’aura rien trouvé ou que l’on va rester dans les suppositions, ce qui est correct aussi. C’est juste qu’eux, qu’est-ce qu’ils vont faire après avec ça? Parce que les réflexions, pour les gens, ce n’est pas assez concret. C’est plate qu’une réflexion, aujourd’hui, en art, ce ne soit pas assez. Il faut que tu aies une finalité.
A.M. : Est-ce que ça vous plairait que ça reste plutôt au niveau des idées ou, dans le futur de Complot, vous voudriez que ça prenne une autre forme?
Lisa : Le fait que Complot était une exposition d’œuvres, puis qu’après, des théoriciens sont venus pour penser, théoriser, mettre des idées sur ces œuvres-là, on trouvait ça un peu rebutant, dans le sens que ton travail d’historien-ne de l’art ou de théoricien-ne vient toujours après. Ce que ça vient faire avec Complot cette année, avec la 11e édition, c’est que tout ça devient mixé en même temps. On réfléchit. On crée.
Peut-être que, ce qui n’était pas pris en compte, c’était justement qu’il y avait une structure, et quand ils l’ont mis à mort, ils ont dit: il y a une structure, rendez vous-en compte. Vous avez fait toujours la même expo, [le même] catalogue, avec artistes et historiens de l’art. On est encore un peu dans le même processus de dévoiler le système.
Laurence : Ce n’est pas de le renverser, mais de le montrer. Je trouve que de l’avoir mis à mort, ça a l’air bien tragique et méchant, mais que c’est parfait, parce que, enfin, on questionne.
A.M. : Est-ce qu’il y a quelque chose de plus complexe dans un contexte de travail d’équipe et de projet collectif?
Laurence : Ça questionne un peu les rôles que nous, en tant que personnes qui venons presque de finir les études et proches du professionnalisme, questionnons, parce que les professionnels ont ces rôles et ces titres-là. Ça fonctionne d’une telle manière, mais en le faisant nous-mêmes, on voit que le rôle du commissaire [par exemple] est plus vague et plus flexible. C’est beaucoup une question de discussion, je trouve.

A.M. : En lisant le manifeste, on constate que Complot se repositionne complètement, mais laisse surtout une nouvelle place aux publics. Qu’est-ce qui est proposé et quelle «place» les publics doivent-ils prendre?
Juliette : On parle de manifeste, mais à la base, on n’était pas vraiment d’accord. C’est un peu un raccourci quand on dit manifeste. C’est plutôt un énoncé d’intention. Vraiment, on arrive en toute modestie en proposant quelque chose. C’est pour ça, aussi, qu’on le laisse ouvert.
Lisa : Je crois qu’on peut tous avoir une opinion différente là-dessus dans Complot 11, mais pour moi, ce que ça veut dire d’ouvrir Complot, c’est qu’avant, on proposait une expo et un catalogue, et ça parlait aux gens qui connaissent Complot, aux gens qui connaissent l’art. Dans l’esprit d’ouvrir la réflexion, c’est d’ouvrir le monde de Complot et le monde de l’art à des gens qui ne connaissent pas ça. Ce sont des réflexions que l’on a aussi en tant qu’acteur du monde de l’art. Ça teinte un peu notre projet.
Juliette : Quand on parle «des publics», ce n’est pas le public, ce sont des publics. Il y a tellement de publics différents; c’est difficile d’ouvrir ça à une généralité absolue.

A.M. : Pouvez-vous-vous décrire un peu la soirée Complot 11 + Praxis = Rencontres?
Lisa : Ça a vraiment été axé sur l’échange avec des gens. Les gens présents sont en soi le projet de ce soir.
Laurence : C’est une expérimentation.
A.M. : Est-ce que Complot doit être une constante expérimentation?
Lisa : À chaque projet, on rebondit, puis on refait à partir du feedback qu’on a eu. C’est une construction, et c’est ça, un projet collectif.
Laurence : C’est de toujours construire, et c’est sûr qu’on va refaire des erreurs, et c’est normal. Je ne pense pas qu’il y ait du nouveau à faire, mais plutôt [qu’il faille] essayer de ramener [le projet] vers la réflexion.
A.M. : Maintenant que Complot renaît, qu’est-ce que ces nouvelles problématiques annoncent?
Lisa : Un retour sur le lancement du texte d’intention, et il y aura des suites à cela. Les gens sont intervenus sur les textes et ce n’était pas pour rien.
Juliette : Sinon, on aimerait faire des projets, de petites collaborations dans le groupe. On n’a pas encore réfléchi vraiment aux autres choses.
Lisa : Prendre à profit l’été et le contexte qui continue avec des réflexions, des rencontres; des échanges naturels dans un parc au lieu d’une galerie.
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Exposition finale à venir en octobre 2014 au Nomad Nation. Plus de détails à venir.
Article par Sophie Daviault. Étudiante au baccalauréat en histoire de l’art.