C’est jeudi soir dernier, à la salle BWR du Musée d’art contemporain, que se tenait la soirée PLAY 1 – AVANTAGE ÉLECTRONIQUE, dans le cadre du festival EM15. Né de la convergence des festivals Elektra et MUTEK, EM15 rassemble des artistes de la création numérique, de la musique électronique et des nouveaux médias. La soirée PLAY 1 représentait la première occurrence d’une série de trois, et présentait le travail de cinq artistes ou collectifs: France Jobin, Annuaire, Jean-Sébastien Truchy & Charles Barabé, Automatisme et PEA: Projet Électro-Acrylique.

L’expérience se veut immersive; dès notre arrivée sur les lieux, on constate qu’il ne s’agit pas du spectacle typique. Complètement exempte de sièges, la salle compte plutôt un immense tapis, sur lequel les spectateurs sont invités à s’asseoir ou s’étendre. L’air enfumé permet d’attirer l’attention sur les faisceaux de lumière, ajoutant une touche de spectaculaire. Un grand écran trône sur l’un des murs, et plusieurs éléments d’équipement sont disposés sur la scène tout au long de la soirée.
http://vimeo.com/91996379
Le duo Annuaire, constitué du musicien Alain Lefebvre et de l’artiste et danseuse Sonya Stefan, présente un spectacle qui rappelle l’ère analogique. Les sons, créés à partir de machines et d’instruments analogiques, se rapprochent par moments du bruitage. Ironiquement, il résulte de ce travail nostalgique avec les instruments d’une époque révolue une ambiance futuriste évoquant le règne de la machine. Cette trame sonore est accompagnée, sur le grand écran, d’images aux couleurs tapageuses, souvent superposées et indistinctes. Effets de pixellisation, parasites, et autres glitchs analogiques esthétisés répondent aux crépitements de la bande sonore. Sur un plus petit moniteur – un écran de télévision aux dimensions très modestes – sont diffusées d’autres images, celles-ci tirées de la culture populaire. Des extraits d’émissions et de publicités télévisées s’y succèdent très rapidement, constituant un segment diffusé en boucle. L’imprécision des projections sur grand écran se couple à la petitesse des images plus claires sur le moniteur dans un jeu sur la lisibilité visuelle que le spectateur ne peut pas gagner.
http://vimeo.com/90516564
La performance du musicien Jean-Sébastien Truchy et du cinéaste Charles Barabé se révèle encore plus immersive. Intitulé Its Blazing Light Invokes The Wisdom Elixir (And They Merge Inseparably), le spectacle offre une musique aux accents parfois chaotiques, parfois paisibles, mais toujours envoûtants. Les textures musicales créées par les mélodies et les drones de la trame sonore sont à plusieurs reprises accompagnés d’effets vocaux troublants réalisés sur scène par Truchy. La portion visuelle de la performance s’avère non moins intéressante: tout d’abord limitée au grand écran, elle présente des images floues et déformées, parfois en surimpression, au cadrage tantôt rond et tantôt rectangulaire. À d’autres moments, jusqu’à trois images sont présentées côte à côte sur l’écran principal, montrant le plus souvent une forêt. Éventuellement, trois moniteurs disposés sur la scène sont allumés, et diffusent la même scène inquiétante: deux personnages féminins, portant d’étranges coiffes, allument une à une les bougies qui se trouvent sur leur tête en se regardant dans un miroir. Une autre portion du spectacle comporte des images abstraites aux couleurs néon, inspirées elles aussi de glitchs analogiques. Le tout est synchronisé de manière cohésive à la trame sonore, créant un ensemble aussi fascinant que menaçant.
La soirée dans son ensemble constitue une expérience immersive qui offre la chance de vivre une certaine forme de synesthésie, ou du moins, de confondre les sens de l’ouïe, de la vue et du toucher – le volume des basses permet à plusieurs reprises de les ressentir physiquement. La représentation s’avérera sans doute captivante pour quiconque s’intéresse à la musique électronique, ambiante et drone, ainsi qu’au cinéma expérimental.
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Le festival EM15 se poursuit jusqu’au 1er juin. Les autres occurrences des soirées PLAY se tiennent aussi à la salle BWR du Musée d’art contemporain jusqu’au samedi 31 mai, dès 22h. Entrée gratuite.
Article par Marie-Philippe Mercier Lambert. Étudiante à la maîtrise en histoire de l’art et fervente amatrice de toutes choses qui stimulent son cerveau, Marie-Philippe a l’habitude de se subdiviser pour participer à plusieurs projets simultanément. En attendant de se voir octroyer le don d’ubiquité, elle milite ardemment en faveur de l’allongement des journées.