Le Theatre Junction sera à l’affiche du Théâtre Aux Écuries du 3 au 7 novembre pour présenter sa pièce Everybody knows this is nowhere pour la première fois au Québec. Raphaële Thiriet, qui cosigne textes et participe à l’interprétation, nous parle du désenchantement du monde occidental et de la déconnexion avec notre moi intérieur, deux thèmes importants de la pièce.

Le projet écrit à 4 mains par Mark Lawes, fondateur et directeur artistique du Theatre Junction et Raphaële Thiriet remonte au désenchantement du monde occidental. Plus précisément, c’est le fait d’être nulle part qui est représenté par l’opposition entre l’utopie et la dystopie. L’utopie représente un monde idéal et sans défaut. Dans ce monde, la société est parfaite, les individus vivent dans le bonheur et l’harmonie et le système politique est idéal. La dystopie est plutôt une société imaginaire où l’utopie devient un cauchemar et où les membres de la société ne peuvent tout simplement pas atteindre le bonheur. «L’opposition entre utopie et dystopie est quelque chose qui est très présent en Amérique du Nord, mais surtout dans l’ouest. Il y a là une sorte d’utopie qui a mal tourné. C’est une culture qui est très jeune, mais qui est aussi complètement manipulée par le capitalisme, par un besoin frénétique de production et de consommation. Et je pense que ce n’est qu’un échantillon de ce qui se passe dans le monde», explique Raphaële Thiriet.
Everybody knows this is nowhere est aussi une chanson composée par le chanteur canadien Neil Young. Cette chanson raconte comment il a vécu le moment où il a commencé à être célèbre et ce qui l’a poussé à descendre dans l’ouest des États-Unis pour poursuivre sa carrière. «C’est à la fois un monde d’identité certaine et une industrie des célébrités où leur image est manipulée dans un but commercial. Nous avons donc nommé la pièce par rapport à cette utopie qui crash», rajoute Raphaële.
Les rêves sont également un sujet bien présent dans la pièce. Il s’agit de montrer comment la société d’aujourd’hui fait en sorte que les gens abandonnent leurs propres rêves et s’oublient eux-mêmes pour devenir ce que la société veut qu’ils soient. «C’est une question de séparation. Le corps est séparé de l’esprit comme l’être humain est séparé de la nature. En voulant être au-dessus, on s’est séparé du monde et de soi.»
Dans cette pièce multidisciplinaire où la danse contemporaine, la musique, le théâtre et les arts visuels se croisent, Raphaële Thiriet a non seulement participé à la composition des textes, mais elle est également présente sur scène. Qu’est-ce que ça fait d’avoir ces deux rôles à la fois? «C’est un peu obsessionnel parce que, du coup, j’ai tendance à vouloir tout le temps tout changer. C’est bien parce qu’en même temps je peux toujours retravailler le texte au fil que le travail avance, ce que je ne peux pas faire lorsque c’est le texte de quelqu’un d’autre.» Ce côté multidisciplinaire amène aussi quelque chose d’intéressant pour les comédiens. Raphaële, qui est diplômée du Conservatoire à rayonnement régional de Toulouse, et en ayant une licence en théâtre de l’Université d’Aix-en-Provence, connaît bien les rouages du théâtre, mais elle s’y connaît moins en danse contemporaine. Qu’est-ce que la multidisciplinarité apporte à son métier de comédienne? «Ça m’apporte l’écart qui me permet de voir mon travail avec plus de distance et, en quelque part, ça me permet d’être plus créative. La danse ce n’est pas ma spécialité et, du coup, j’arrive dans cette discipline de façon authentique et sans contrôle. Tandis que le théâtre, c’est plus un outil de travail que je connais bien donc où je suis en contrôle.»
En lisant la description de la pièce, il est possible de constater que deux personnages auront servi d’inspiration. Il s’agit de Friedrich Nietzsche et de Lana Del Rey, deux personnes que tout semble opposer. Les deux ont pourtant grandement contribué à l’esprit d’Everybody knows this is nowhere. «Nietzsche a été abordé pour la question structurelle de la pièce. Surtout son expression «le dernier homme», qui représente l’homme qui n’a finalement plus de désir, qui se contente d’être dans la masse et de suivre le troupeau. Lana Del Rey, c’est plutôt l’idée du désenchantement. C’est une chanteuse qui a l’image hollywoodienne, mais qui parle de la destruction de ce rêve hollywoodien.»
Bien que les 17-40 ans se sentiront peut-être plus naturellement interpellés par les questions et les thématiques abordées dans le spectacle, Everybody knows this is nowhere est une pièce qui s’adresse à toutes les générations. Selon Raphaële, «il faut aller voir cette pièce parce qu’elle est surprenante et qu’elle n’est jamais là où on l’attendait!»
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Everybody knows this is nowhere est présenté du 3 au 7 novembre aux Théâtre Aux Écuries.
Article par Émilie Lavallée.