Après un jeu de mot plutôt douteux, passons aux choses sérieuses. Goodnight Nobody, qui était présenté dans le cadre du FNC les 14 et 15 octobre derniers, est un documentaire suisse-allemand portant sur quatre insomniaques provenant d’un peu partout à travers le monde. Ce sont quatre cas lourds, très lourds. Un d’eux dit même n’avoir pas dormi depuis plus de 20 ans! Ça semble invraisemblable, impossible, et pourtant, ces quatre personnes vivent depuis plusieurs années avec ce grand mal souvent sous-estimé et surtout mal compris.
La réalisatrice et scénariste, Jacqueline Zünd, nous présente ces quatre insomniaques qui tentent de vivre leurs vies du mieux qu’ils peuvent… L’un d’eux attend toute la nuit en silence que sa famille se réveille, une autre conduit sans arrêt. Jamais totalement éveillés, toujours fatigués, ces quatre personnages vivent un quotidien qui nous semble impossible.
Goodnight Nobody a de particulier de ne pas être un documentaire dans sa forme la plus conventionnelle. La mise en scène est soignée et l’image est énormément travaillée. Le film n’a pas ce caractère informatif que l’on attribue très souvent au documentaire. Il s’agit d’un portrait, non pas sur l’insomnie, mais sur des insomniaques qui ont chacun leurs visions de la nuit et de leur propre maladie.
On pourrait d’ailleurs reprocher au film la trop grande importance accordée à son aspect formel. Constamment ponctué de longs plans de ville, noire et vide, ou de ces personnages nous regardant en silence, il nous semble au final que le documentaire reste en surface de son sujet. Cependant, on ne peut pas reprocher à Jacqueline Zünd de ne pas avoir assez expliqué la problématique de l’insomnie, encore une fois, il ne s’agit pas d’une approche informative du sujet. Il reste que les personnages auraient gagné à être plus développés de manière à pouvoir mieux les comprendre.
La répétition des plans de rues désertes, de magasins fermés, ou d’éclairages aux néons rend très bien le quotidien de la vie nocturne. Ironiquement, le film nous pousse même à combattre le sommeil tellement les longues séquences silencieuses et noires sont lourdes. J’ai d’ailleurs surpris mon voisin en train de dormir vers la fin de la projection. N’y voyez pas là un défaut, au contraire, Jacqueline Zünd réussit très bien à représenter l’atmosphère de la vie sans sommeil dans tout ce qu’elle a de vide et nous fait réaliser à quel point nous avons de la chance de pouvoir dormir.
Jacqueline Zünd / Suisse/Allemagne / 2010 / 77 min. / couleur / version originale anglaise/ukrainienne/française/mandarin (s.t. anglais)
Article par Mathieu Rolland. Centipède urbain qui se questionne actuellement sur l’aspect inéluctable de l’échec à travers l’archétype du voyou.
