Le chien, la nuit et le couteau, un lundi treize

Les lumières s’éteignent. Le sable cesse de couler. Le public applaudit. Et hop! Un rappel. C’est dans cette froide soirée…
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Les lumières s’éteignent. Le sable cesse de couler. Le public applaudit. Et hop! Un rappel.

C’est dans cette froide soirée du treize février que la première de la pièce mise en scène par Mireille Camier, Le chien, la nuit et le couteau, est présentée au Centre Segal. Il faut le dire, quand on s’attend à aller voir du théâtre classique où l’on demeure assis bien sagement à notre place, on reste surpris. Lorsque le spectateur entre dans la salle, il se retrouve plongé dans un décor noir illuminé d’un lampadaire à la lumière orangée, dans lequel l’absolument excellente Amélie Langlais vient tracer à la craie un cercle au sol. Scène par scène, le décor se modifie et le public est invité à s’y intégrer. Ce procédé crée-t-il un paradoxe avec la leçon sur l’individualisme croissant de notre société? Quoi qu’il en soit, cela provoque forcément un rapport spectateur-acteur hors du commun.

crédit photo: Annie Zielinsky
crédit photo: Annie Zielinsky

M est catapulté dans un monde où tous les gens qu’il rencontre veulent sa peau et où les chiens hurlent à s’en fendre l’âme. Aucune nourriture, seulement un couteau pour tuer le prochain repas. Mangé ou être mangé, telle est la question que doit se poser M. Si l’histoire de Marius Von Mayenburg, par son côté froid et mystérieux, apporte peu de sensibilité à la pièce, la mise en scène, les effets visuels et les deux musiciens silencieux en fond de scène ont su lui fournir la chaleur nécessaire à sa qualité. L’ambiance créée par la sombre musique de contrebasse et de piano donne le ton juste. La mise en scène réalisée par Mireille Camier demeure l’un des points forts de la pièce. Des décors simples mais fonctionnels, une utilisation complète de l’espace de jeu et des effets visuels ahurissants : c’est ce qu’offre la jeune metteure en scène. Il faut souligner une scène où le personnage principal M., joliment joué par Gabriel Coutu, se retrouve en prison. Il s’écoule alors de la poutre au plafond des coulées de sable que l’on se surprend à imaginer comme les barreaux isolant sa cellule. Un bravo tout particulier aux deux musiciens qui proposent une musique que l’on dirait fraîchement sortie d’un film d’Alfred Hitchcock, qui alimente copieusement une pièce aux accents anarchiques et dans laquelle il gicle beaucoup de sang.

En rétrospective, la production du théâtre Quitte ou Double est une pièce déroutante qui suscite beaucoup de réflexions sur la vraie nature de l’homme, lorsqu’abandonné dans une situation de survie. Une pièce d’où l’on sort perplexe en se demandant : Sommes-nous vraiment à l’ère quasi cannibale du chacun pour soi? Une pièce aux traits macabres née un lundi treize à défaut d’un vendredi du même chiffre maudit et qui sera présentée au centre Ségal jusqu’au 25 février. Quand on y pense bien, les lundis sont, de toute manière, plus effrayants que les vendredis, non?
Petite question à Mireille Camier

Lorsqu’on demande à Mireille Camier si elle a d’autres projets sur la table, elle nous répond fièrement : « tout plein! » Et si son métier dans le domaine des arts peut paraître précaire, elle n’a pas peur de l’avenir : « Dans la vie, il faut prendre des risques. Je sais bien que le domaine artistique est incertain et que d’en faire partie n’est pas se placer dans une zone de confort, mais le théâtre fait partie de moi et c’est le seul emploi que je m’imagine faire. »

Le chien, la nuit et le couteau des productions Quitte ou Double, au centre Segal, du 13 au 25 février 2012.

Article par Gabrielle Lauzier-Hudon.

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