Ils étaient soixante-dix dans le microscopique Cagibi à s’entasser pour entendre la jeune artiste Lydia Képinski chanter ses compositions aux textes remplis de métaphores le jeudi 7 novembre dernier.
La salle n’est pas plus grande qu’un fond de tiroir, mais bondée de monde. Des jeunes surtout, une faune curieuse et stylée. La scène est encadrée de rideaux de velours rouges et d’une toile de plastique recouverte de peinture industrielle. La création visuelle de Lydia, intitulée Toile lumineuse, suspendue au plafond est éclairée d’un faisceau bleu.
Émile Poulin (première partie) et Lydia Képinski, qui se décrivent comme des «chanteurs de chansons à plumes et gargarisateurs professionnels», se sont produits en parallèle, mais comme le dira d’un ton complice Lydia Képinski avant de débuter sa partie: «Émile et moi on est les amis les plus coquins du monde!» C’est qu’ils se connaissent depuis quelques années déjà. Ils ont tous deux été révélés en 2012 lors de la finale régionale montréalaise du concours Cégep en spectacle.
La musicienne a toujours eu une passion pour la musique, mais avant Cégep en Spectacle, elle ne faisait que gratter quelques notes à la guitare pour s’amuser. «Je jouais beaucoup les tounes des autres. Jétais dans un band [Le grand désordre] et je faisais des covers avec mes amis musiciens, mais comme Cégep en Spectacle encourage beaucoup la composition, je me suis donné un coup de pied au cul pour monter et améliorer des tounes que j’avais écrites.»

Lydia Képinski entame la deuxième partie du spectacle sans se laisser intimider par la proximité des spectateurs… et des toilettes! Elle n’a pas l’attitude de quelqu’un qui se laisse marcher sur les pieds, elle prend sa place malgré son jeune âge. Képinski est installée au piano. Elle est accompagnée du contrebassiste Sam Beaulé. La voix étonne par ses accents quasi falsetto, mais on se laisse charmer par la sincérité et l’émotion véhiculée par l’interprète. L’âge ne transparaît point dans l’écriture de ses textes qui sont réfléchis et empreints d’une grande maturité.
Quand elle chante Sur la grève plus personne dans l’assistance ne bouge. Tout le monde retient son souffle et se concentre pour ne pas perdre un mot. Des mots, il y en a un flot. Képinski s’excusera entre deux morceaux! «Ça fait beaucoup de mots je suis consciente. Il faut rester attentif.» Mais quelqu’un dans la salle lui répond en écho «on te suit!» Et on a envie de la suivre, elle nous fait voyager au son de son piano mélancolique et avec ses histoires enlevantes, truffées de métaphores lyriques, où elle se décrit tantôt comme un brise-glace, tantôt comme un enfant roi.
Sa dernière chanson, Sur la mélamine, se démarque des autres. On sent l’influence du slam. C’est d’ailleurs lors d’une soirée de slam au Théâtre des Écuries que Lydia Képinski a présenté cette composition pour la première fois. Elle a par la suite composé les arrangements pour la guitare avec son copain Nino Ménard et c’est lui qui l’accompagnait pour ce morceau lors du spectacle. Plus rythmée, plus «groovy» et sensuelle, les paroles sont d’une grande intensité et on finit par se perdre dans la chanson, dans son délire, dans sa musique. C’est pas l’opium, c’est pas le rhum, non c’est l’homme / J’colmate ton col et colle ma langue sur ton cou exsangue, j’goûte ton goût pour que revienne le sens de l’existence.
Ses compositions sont originales et complexes, mais ce sont surtout les textes qui produisent le plus d’émoi. Poétiques, touchants et sentis, ils m’ont fait vibrer le temps d’une soirée. Difficile de décrire son style, l’artiste le confesse elle-même avec humour : «Je fais de la chanson française un peu pop quand je m’amuse, un peu progressif quand j’ai des sautes d’humeur, un peu jazz quand je me force, un peu rap quand je bois.»
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Le brise-glace, chanson de Lydia Képinski, est disponible sur Bandcamp. La musicienne est également artiste visuelle.
Article par Ariane Brien-Legault – Passionnée d’art, de culture et de l’être humain dans toute sa complexité, Ariane Brien-Legault est rédactrice en chef du pupitre cinéma pour l’Artichaut, journaliste-pigiste à NIGHTLIFE.CA, chroniqueuse à CIBL et l’auteure du blogue EXO. Elle étudie actuellement en Communications journalisme à l’UQÀM.
