Cinéma au féminin: Dans le cadre d’Anne Émond et de Chloé Robichaud

Ce second article du dossier sur le cinéma au féminin expose la vision du métier de réalisatrice et du processus…
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Ce second article du dossier sur le cinéma au féminin expose la vision du métier de réalisatrice et du processus de création par deux femmes du domaine. La première n’a presque plus besoin de présentation. Auteure et réalisatrice du long-métrage Nuit #1, elle a aussi remporté le prestigieux prix Claude-Jutra en 2012 qui récompense une première œuvre. Il s’agit d’Anne Émond. La seconde se fraye peu à peu un chemin vers le monde du long-métrage de fiction également. Son dernier film a été en nomination dans la catégorie « Meilleur court-métrage » au dernier gala des prix Jutra et a aussi été présenté en compétition officielle à Cannes pour Chef de meute. L’année 2012 fut celle de Chloé Robichaud. Collage de la rencontre avec deux créatrices.

Anne Émond m’avait donné rendez-vous dans un petit café dans Villeray. Un allongé plus tard, elle se livrait sans pareil avec une délicieuse candeur. Elle a tenu à m’accorder une entrevue avant de plonger tête première dans le projet de monter à l’écran la vie de feu Nelly Arcan, l’écrivaine québécoise, et ainsi se cloîtrer des médias par la suite. Un projet d’envergure pour une réalisatrice qui a fait ses preuves. « Le cinéma a été inventé il y a 115 ans maintenant. À cette époque, ce sont les hommes qui travaillaient, qui faisaient tout. L’histoire change, mais les transformations de mentalités prennent du temps aussi », explique la jeune réalisatrice. Lorsque les femmes ont voulu s’émanciper dans le domaine du cinéma, elles étaient plutôt acculées au documentaire, héritage inévitable du cinéma direct. « Faire un documentaire requiert un plus petit budget et une plus petite équipe, mais les choses sont appelées à changer et de plus en plus de femmes s’attaquent à la fiction, ajoute la cinéaste, optimiste. J’ai une grande confiance en l’avenir! »

Quand la réalisatrice pense à l’avenir, le nom de Chloé Robichaud fait surface. Les deux femmes partagent d’ailleurs une pensée créatrice assez similaire. Parties d’un désir brûlant de raconter des histoires, elles ont vu en l’univers cinématographique le médium idéal. « On veut faire de la place aux femmes au cinéma », affirme Chloé Robichaud, aussi rejointe dans un café. La jeune fille de 24 ans à l’allure réservée ne tient néanmoins pas la bataille gagnée du féminisme pour acquise. « Il ne faut pas s’asseoir non plus sur nos lauriers. Sans ressentir d’intimidation de la part de mes collègues, il existe néanmoins une certaine pression qui pèse sur moi, décrit-elle. Je suis féministe, mais je ne veux pas de l’étiquette. Avant toute chose, je prône l’égalité et l’équité »

Alors que certains groupes féministes préconisent un quota de films réalisés par des femmes à l’étape du financement, Émond et Robichaud s’accordent pour dire que la solution à une meilleure représentation de la femme au cinéma ne se trouve pas là. « Un film qui sera fait par un réalisateur ou une réalisatrice n’a pas autant d’importance que le projet en lui-même », s’exclame Chloé. Anne Émond considère aussi ce moyen comme drastique : « Sans égard au sexe, si un projet est meilleur, c’est ce dernier qui devrait recevoir la subvention »

Crédit photo: Ariane Thibault-Vanasse
Anne Émond. Crédit photo: Ariane Thibault-Vanasse

Le manque de réalisatrices proviendrait d’un malaise de la société en réaction à la vision des femmes sur le monde. « Je ne sais pas vraiment en quoi consiste précisément ce regard féminin, mais on dirait que les gens ne sont pas tout à fait à l’aise avec un film fait par une femme puisque cela implique une œuvre différente de ce qu’on voit traditionnellement », explique Anne Émond. Pour cette dernière, c’est entre autres la marque de la femme dans les personnages de sexe masculin qui semble déranger. « Dans Nuit #1, les gens ont critiqué la manière dont agissait mon personnage masculin! s’insurge-t-elle pour une rare fois. Ils ne se seraient certainement pas questionnés de la sorte avec un réalisateur. Je mets de moi-même dans le personnage, c’est donc normal qu’il ait une certaine touche féminine! »

« Les personnages féminins à l’écran sont des rôles typiques, ajoute Chloé Robichaud, j’aime la diversité! » La créatrice travaille d’ailleurs sur un projet de long-métrage où son personnage principal est une politicienne. Celle qui traite des petites problématiques du quotidien abonde dans une psychologie des personnages dans le genre de l’hyperréalisme. « Il faut sortir des stéréotypes, évoque Chloé. C’est davantage intéressant de voir des personnages féminins ou masculins qui soient différents de ce dont on est habitué. »

Crédit photo: Ariane Thibault-Vanasse
Chloé Robichaud. Crédit photo: Ariane Thibault-Vanasse

Même si un changement de mentalité se fait sentir dans l’industrie, il est notable qu’un manque de femmes au cinéma québécois provienne d’un manque de modèles. Comme Audrey Chevrier l’a rappelé, il n’est pas évident pour les nouvelles réalisatrices de fiction de s’identifier à une artiste avec plus de millages en cinéma. Pour Anne, Chloé et plusieurs autres voulant œuvrer dans la fiction, il y a les Paule Baillargeon (Le Sexe des étoiles),  Anaïs Barbeau-Lavalette (Inch’alla), Léa Pool (Maman est chez le coiffeur) qui gardent le fort et qui rendent compte de la possibilité pour une femme de réaliser des films de grande ampleur.

Article par Ariane Thibault-Vanasse – L’hiver est sa page blanche / L’encre sèche, repaire tranquille / Ne tuera pas l’écrivaine.

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