On se suicidera sur la terre promise. Eden Motel de Philippe Ducros

Un motel au bord de la mer devient une île où viennent s’échouer des êtres pour qui plus rien ne…
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Un motel au bord de la mer devient une île où viennent s’échouer des êtres pour qui plus rien ne différencie la vie de la mort. Un homme gangréné pas sa dépendance aux médicaments débarque à son tour au Eden MotelIl cherche quelque chose, un sens, une nouvelle direction à la vie qu’il tente de fuir. Peut-être finira-t-il par trouver son salut ou par sombrer pour de bon.

Eden Motel (Crédit OFFTA 2013)
Eden Motel (Crédit OFFTA 2013)

« Entre 1300 et 2000 personnes mettent fin à leurs jours chaque année au Québec. » Des citations comme celles-là, il y en aura tout au long de la représentation. La seconde toujours plus incisive que la précédente. Parfois, elles font écho directement à l’action présente sur scène, d’autres fois elles font sens à rebours, nous reviennent en tête plus loin, jusqu’à la sortie du théâtre . La vision du théâtre de Ducros me rappelle que le théâtre engagé n’est pas nécessairement associé au « documentaire ». Il peut être autre chose. Son théâtre est certes politisé, très érudit et recèle une critique acérée de notre société. «Formé sur les routes», lors d’errances de par le monde qui se sont transformées en pèlerinage, Ducros est aussi poète. Il écrit magnifiquement bien une langue où s’entremêlent critique acerbe, fiction et détours poétiques imagés.

À travers les portraits des naufragés qui séjournent à l’Eden Motel, Ducros dessine l’opulence dégénérative de l’Amérique. Un motel au bord de la mer où les gens viennent parce qu’ils n’ont pas encore le courage de se tuer. Un séjour à l’Eden Motel c’est comme une petite mort. Les yeux rivés sur le large, ils regardent les cargos traverser l’horizon. Un contraste se crée entre eux, malheureux sur la terre du « bonheur » et les clandestins qui débarquent en Amérique, terre promise, Eldorado des rêves de leur enfance.

La première partie de sa pièce, adaptée de son roman éponyme, vient tout juste d’être présentée sous forme de laboratoire lors du OFFTA 2013. Cette représentation d’un soir n’était qu’un bref aperçu de l’œuvre finale. En effet, nous n’avons assisté qu’à une représentation d’environ 90 minutes, mais une fois l’adaptation complétée, la pièce devrait s’étendre sur plus de quatre heures.

À l’image de Ducros, Eden Motel porte notre regard au-delà des frontières, le déplace dans celui des clandestins et nous fait regarder l’Amérique à l’envers.

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Eden Motel, théâtre-laboratoire de Philippe Ducros a été présenté dans le cadre du OFFTA 2013, dans une mise en scène de l’auteur. Sa version définitive reste à venir. 

Article par Myriam Stéphanie Perraton-Lambert. Elle est de celles qui croient que le théâtre est un corps de résistance. Elle aime quand il nous met à l’épreuve et quand il dispose d’«explosifs insondables». Elle vous parlera trop souvent de Jon Fosse et de ses poètes scandinaves, mais c’est ce qui fait son charme.

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