Rendre la honte à ceux qui l’ont engendrée

Pendant que le Conseil des arts de Montréal appelle à toujours plus de partenariat entre le milieu des affaires et…
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Pendant que le Conseil des arts de Montréal appelle à toujours plus de partenariat entre le milieu des affaires et celui des arts, Pol Pelletier présente sa dernière création, La robe blanche, qui ne remercie aucune commanditaire, «sans subventions et de manière complètement indépendante». En pénétrant dans l’Église Sainte-Brigide-de Kildare, où sont entassés une horde d’étudiants, une poignée d’aînés, une chèvre et quelques oies, force est de constater que l’écart s’est encore un peu creusé entre le milieu théâtral montréalais et cette créatrice-féministe reconnue. Pol Pelletier n’attire pas la faune théâtrale habituelle, elle a son propre public. Comment fait-elle? En faisant tout, un peu autrement.

Crédit : Simon St-Laurent

Avant de débuter son monologue, Pol Pelletier a tenu à parler à son public. Car l’heure est grave, la révolution entamée au printemps est sur le point de mourir. Et ça, l’artiste devenue héroïne, devenue elle-même révolution, refuse de l’accepter. En occupant cette église en voie de disparition, où les murs sont fissurés, l’autel en ruine et l’orgue prêt à être démantelé pour être revendu, Pol espère qu’un mois de création intensive pourra refaire jaillir l’étincelle de la révolte. Pour se faire, elle nous explique qu’il nous faudra, nous, foule bigarrée, traverser cette église qui fait figure de désert, de montagne et de mer à la fois. De l’autre côté, nous découvrirons la Terre promise. Et de là, il faudra tout recommencer, tout réinventer, car il n’y aura rien. Ça n’aurait pas déplu à Jean Leloup et à son Paradis perdu. Pour se mettre en marche,la foule n’a pas besoin de se le faire dire deux fois, même si c’est par deux fois qu’il nous faudra traverser l’étendue qui nous sépare du choeur. L’une, armés de casseroles et de nos voix, l’autre dans le silence le plus complet. Pour nous donner du cœur au ventre, Jean-Jacques Lemaître fait retentir l’orgue d’une composition à la gloire du mouvement étudiant. Arrivés à destination, on s’entasse dans cette Terre promise, petite, mais chaleureuse. Et là, le spectacle peut commencer.

Dans ce court monologue qui a toute l’apparence de la confidence, Pol Pelletier se livre à son public, à la fois fragile et extrêmement forte. Le récit de l’enfance tragique de la jeune Nicole abusée par un prêtre est entrecoupé de diatribes virulentes à l’endroit de la société québécoise, de l’hypocrisie de son milieu artistique, du clergé et bien sûr, des hommes. Même les homosexuels y passent même si «ça ne se dit pas, ça». Des scènes plus symboliques viennent lentement se greffer au récit, alliant des notions de No (théâtre dramatique traditionnel japonais) et de mime. Tout cela amalgamé de façon à devenir une véritable quête identitaire, mais aussi d’émancipation et de prise de parole. Une catharsis visant finalement à redonner la honte accumulée en chacun de nous à ceux qui nous l’ont communiquée. Pour ne plus jamais se taire.

Mais pour comprendre tout l’intérêt de ce spectacle, il faut avoir vu au moins une fois dans sa vie Pol Pelletier. Le texte à la main, s’y référant à l’occasion sans trop que cela ne paraisse, elle trouve le tour de déployer une énergie assez forte pour nous captiver entièrement. Fasciné, le spectateur n’a aucun mal à s’émouvoir avec elle (et quelle émotion!), encore moins à partager sa colère. Nul doute, Pol Pelletier est au sommet de son art, avec la même jeunesse révolutionnaire qui continue de la porter après toutes ces années. Quant à la critique sociétale, il est parfois assez difficile d’y adhérer. Bien que je partage une bonne partie des points de vue exposés, je ne peux que m’efforcer de tempérer face à une telle virulence. De bon cœur, on salue le coup de pied au derrière du roitelet Gilbert Rozon et à son bonhomme vert. Toutefois, quand on en vient à fournir le même traitement à Wajdi Mouawad ou en l’entièreté de la communauté théâtrale, il devient difficile de souscrire à ces critiques sans une plus grande réflexion pour l’étayer. Et c’est le cas également quand on en vient à mettre tous les hommes dans le même sac, qu’ils soient cultivés, ouverts d’esprit ou machistes. Pol Pelletier fait de l’excellent théâtre, La robe blanche n’y déroge certainement pas. Cependant, elle n’est pas la seule à en faire à Montréal. Non seulement, il s’y fait encore du bon théâtre, mais du théâtre subversif, original, de création, expérimental, féministe et révolutionnaire. Alors avant de mettre tous les théâtres et les hommes au pilori, il faudrait peut-être penser à séparer le bon grain de l’ivraie. Il me semble, en effet, que dans ce Nouveau Monde auquel Pol Pelletier rêve, il faudrait effectivement une plus grande place pour les femmes et le théâtre féminin. Mais en restera-t-il une petite, également, pour les hommes et leur théâtre qui veulent les y accompagner?

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La robe blanche de Pol Pelletier du 21 au 30 novembre (supplémentaires ajoutées), à l’Église Sainte-Brigide-de-Kildare (1155, Alexandre-de-Sève). M.E.S. de Pol Pelletier.

Dans le cadre des évènements Je suis une révolution du 14 novembre au 10 décembre, au même endroit. Pour plus d’information, consultez : http://www.polpelletier.com/fr/index.php

Thomas Dupont-Buist

Jadis sous les projecteurs, il lui aura fallu un certain temps pour se rendre compte que l’on était finalement bien mieux parmi le public, à regarder le talent s’épanouir. Un chantre des arts de la scène qui aime se dire que la vie ne prend tout son sens que lorsqu’elle a été écrite.